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Happé deux fois en 14 mois par des conducteurs impatients

Un signaleur routier est décédé au début de la semaine après avoir été heurté

Lyne Lemay
Photo Collaboration spéciale, Caroline Lepage Lyne Lemay montre une photo de son conjoint Michel Carmel, un signaleur routier qui a été happé sur un chantier de construction à Bonsecours, en Estrie, la semaine dernière. Il a ensuite succombé à ses blessures après deux opérations au cerveau.

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Heurté par une automobiliste impatiente sur un chantier de construction en Estrie, la semaine dernière, un signaleur routier qui a finalement succombé à ses blessures avait vécu un accident similaire l’année passée, déplore sa conjointe.

« Ça n’aurait jamais dû lui arriver. Qu’est-ce qui est si urgent pour qu’un automobiliste soit prêt à risquer une vie ? Qu’est-ce qui est plus important qu’une vie ? », déplore Lyne Lemay.

Le 7 novembre dernier, Michel Carmel coordonnait des travaux d’asphaltage sur la route 220 à Bonsecours, en Estrie, lorsqu’il a été heurté par une conductrice. L’homme de 60 ans a été maintenu en vie artificiellement pendant plusieurs jours avant de finalement succomber à ses blessures, mardi.

Avant l’impact, la conductrice fautive se serait vu refuser l’accès au chantier par une signaleuse routière, puisqu’elle parlait au cellulaire en conduisant. Elle se serait montrée impatiente, et c’est à ce moment que M. Carmel, coordonnateur à la signalisation, serait alors intervenu, selon des témoins. Il se serait placé devant le véhicule et la dame l’aurait renversé. Il est tombé sur la tête.

Sur le capot

« Je me suis retrouvé sur le capot et je me suis accroché après les essuie-glaces pour ne pas tomber », aurait raconté M. Carmel à sa conjointe, une fois à l’hôpital.

Après l’impact, l’homme ne semblait en effet pas gravement blessé. Il a même téléphoné à sa conjointe de l’ambulance pour l’avertir qu’il venait d’être happé.

« Deux jours après, il n’était plus aux soins intensifs. J’ai quitté en soirée en lui disant que je reviendrais le lendemain. Mais dans la nuit, son état a dégénéré », raconte Mme Lemay.

Michel Carmel a dû être opéré à deux reprises au cerveau. Mais il ne s’est jamais réveillé.

« C’est une vie perdue inutilement. C’est épouvantable de voir comment les gens ne comprennent pas à quel point ces travailleurs font une job éprouvante mais nécessaire. Ils sont là par mesure de sécurité », déplore Mme Lemay.

Pressé

En septembre 2016, M. Carmel a aussi été heurté par un automobiliste trop pressé, à Rougemont, en Montérégie. Fevzi Turk voulait se rendre à sa pizzéria, à quelques mètres d’un chantier.

Malgré l’ordre d’arrêter, le conducteur a contourné M. Carmel, qui s’est fait accrocher par le miroir du Toyota Highlander. Il est ensuite tombé au sol. Il s’en était tiré avec des égratignures légères.

Le chauffard a plaidé coupable il y a deux mois à la Cour municipale de Saint-Césaire. Il a écopé d’une contravention de 200 $ et de trois points d’inaptitude pour avoir désobéi à un signaleur routier.

- Avec la collaboration d’Antoine Lacroix et TVA Nouvelles


La conductrice qui a happé M. Carmel la semaine dernière pourrait faire face à des accusations criminelles pour son décès. Son véhicule a été saisi pour expertise, a précisé la Sûreté du Québec.

Les signaleurs routiers pas assez protégés

Les signaleurs routiers ne sont pas assez protégés contre les automobilistes impatients et imprudents dans les zones de constructions, dénonce l’Association des travailleurs en signalisation routière du Québec (ATSRQ).

« La façon dont la loi est faite, c’est comme si on était considéré comme des panneaux de signalisation », s’indigne le représentant des signaleurs routiers québécois, Jean-François Dionne.

<b>Jean-François Dionne</b></br>
<i>Président de l’ATSRQ</i>
Photo Chantal Poirier
Jean-François Dionne
Président de l’ATSRQ

Un automobiliste qui désobéit à un signaleur routier peut voir en effet trois points d’inaptitude s’accumuler à son permis. Il s’agit de la même sanction que d’omettre de s’immobiliser à une lumière rouge ou à un arrêt.

« Les signaleurs routiers ne sont pas des pancartes. Il s’agit de gens qui ne font que leur travail et qui ont des familles », plaide M. Dionne.

Il somme d’ailleurs le ministère des Transports de changer rapidement la loi lors de la prochaine réforme du Code de la sécurité routière prévue prochainement.

L’ATSRQ aimerait en effet voir les sanctions en lien avec les signaleurs doubler, passant de trois points d’inaptitude à six.

Injures

Selon lui, ce serait plus équitable, considérant que le fait de ne pas s’immobiliser à l’arrêt d’un bus scolaire vaut neuf points, et que de se faire prendre avec un cellulaire dans les mains en conduisant en coûte quatre.

« Il faut que ça [la sanction] amène l’automobiliste à y penser deux fois avant de désobéir à un signaleur », lance M. Dionne.

Il insiste, la majorité des signaleurs routiers ont déjà été victimes de manœuvres brusques ou d’injures. Plusieurs se sont aussi déjà fait happer par un véhicule.

« Recevoir des cochonneries sur soi comme du café, des bouteilles d’eau, de la nourriture, c’est courant. Le pire que j’ai vu, c’est une signaleuse qui s’est fait lancer une poutine.

Il encourage ses collègues à dénoncer à la police les excès de colère ou les imprudences des automobilistes.