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Sicotte: la chasse aux sorcières

Paul à Québec le film
Photo Pierre-Paul Poulin

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Ça a commencé, avec Weinstein, par une très saine vague de dénonciations.

Mais là, c’est rendu une chasse aux sorcières.

En regardant éclater les affaires Salvail, Rozon, Parent, Brûlé, alouette, je me disais qu’on allait, à un moment donné, assister au « reportage de trop ».

Depuis l’« enquête » de mercredi à Radio-Canada sur Gilbert­­­ Sicotte, on a franchi la ligne.

Comme une auto qui n’a pas ses pneus d’hiver et qui frappe un pan de glace noire, l’affaire Sicotte est le symbole d’un méchant dérapage.

LA VAGUE DE TROP

Entre Gilbert Rozon (contre qui des plaintes ont été déposées à la police) et Gilbert Sicotte (un prof dont les élèves dénoncent l’abus de pouvoir), il y a une méchante marge. La seule chose qu’ils ont en commun, c’est un prénom.

Et pourtant, les deux ont été emportés par le même genre de tsunami !

Même lynchage sur la place publique, même condamnation sans appel, même salissage de réputation.

Mais svp, ne me dites pas que la carrière de Sicotte sera détruite­­­ comme celle de l’autre ! Ne me dites pas que son nom, associé aux plus grands films québécois (Les bons débarras, Le Vendeur, Les Vautours récemment restauré par Éléphant) sera déclaré toxique !

Hier, Michel Cormier, directeur général de l’information de Radio-Canada, a déclaré ce reportage « d’intérêt public ». Et il a ajouté que le récent contexte de dénonciations « d’abus et de harcèlement » a amplifié « l’effet de retentissement » du reportage sur Gilbert Sicotte.

Or, le climat social n’a pas juste « amplifié » l’affaire. Il l’a créée.

Il y a six mois, jamais Rad-Can n’aurait diffusé un reportage aussi long et aussi accusateur (« Avez-vous sacré, monsieur Sicotte ? ») sur un prof suspendu par un établissement d’enseignement.

GÉNÉRATION DE LAPINS DOUILLETS

Le fils d’un de mes amis a eu Sicotte comme prof au Conservatoire et s’est fait allègrement brasser, engueuler. Que pense-t-il de Sicotte ? « Je l’adore ! Il m’a poussé à devenir meilleur ».

Il y a dans cette affaire, une question de générations.

La génération Sicotte, élevée à la dure, poussée dans ses derniers retranchements, condamnée à l’excellence. Et la génération Bisounours 2017.

Quand tu es élevé sans te faire dire « non », que tes parents s’extasient devant le moindre gribouillis, quand tu es élevé dans la ouate, tu es déstabilisé par la moindre réprimande.

Une phrase m’a frappée dans le reportage de mercredi. Une ex-étudiante affirme que Sicotte lui a lancé : « Tu sais que tu as le droit de t’en aller et que personne ne va te retenir ici ». Elle s’est sentie humiliée.

Alors, condamnons tout de suite au bûcher tous les profs et patrons qui ont un jour dit à un élève ou un employé qu’il/elle n’était pas à sa place. Ça ne s’appelle pas de l’humiliation. Ça s’appelle de la lucidité. Et c’est parfois le meilleur conseil à donner : débarrasse, tu n’es pas à ta place !

ICI LE SCANDALE

Mercredi, tous les médias revenaient sur le scandale exposé par le Bureau d’enquête de Québecor sur les partys somptueux de Marc Bibeau, ex-argentier du Parti libéral. Mais le TJ de Radio-Canada préférait parler du scandale d’un prof suspendu pour enquête.

Radio-Canada a une indignation bien sélective...