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Une nouvelle approche pour combattre les tumeurs du cerveau

Brain cancer, 3D illustration showing presence of tumor inside brain
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Les gliomes malins sont la principale cause de mortalité due aux cancers du cerveau, autant chez les enfants que chez les adultes. Selon une étude récemment parue dans le prestigieux Nature, la croissance de ces cancers agressifs pourrait être abolie en leur coupant l’accès à une molécule produite par les neurones adjacents.

Une découverte majeure en ce sens vient d’être publiée dans la revue Nature par un groupe de savants de l’Université Stanford en Californie.(1) Les travaux précédents de ce groupe avaient montré que certaines molécules relâchées par les neurones lors de la transmission de l’influx nerveux (une protéine appelée neuroligine-3, notamment) stimulaient la croissance des gliomes, suggérant que ces tumeurs ont besoin de leur environnement immédiat pour progresser. Cette dépendance des tumeurs face à leur environnement est très intéressante, car elle suggère qu’il pourrait être possible de neutraliser la croissance des gliomes en modifiant cet environnement, par exemple en empêchant la production des molécules procancéreuses par les neurones.

Cibler l’environnement tumoral

Le groupe du Dr Monje a exploré cette possibilité en greffant des gliomes malins humains chez deux souches de souris, une normale et une autre chez qui le gène codant pour la neuroligine-3 avait été éliminé. Les résultats sont spectaculaires : alors que les tumeurs ont progressé rapidement chez les souris normales, elles se sont avérées incapables de se développer pendant plusieurs mois chez les souris mutantes. La production de neuroligine-3 par les neurones semble donc jouer un rôle absolument essentiel pour la croissance des gliomes, ce qui suggère que des thérapies ciblant spécifiquement cette protéine pourraient représenter une nouvelle façon de combattre ces tumeurs.

Et il semble que cela soit une chose possible : les scientifiques ont découvert que la sécrétion de neuroligine-3 était causée par une protéine appelée ADAM-10, une sorte de « ciseau moléculaire » qui détache la neuroligine-3 de la surface des neurones et lui permet d’atteindre les cellules cancéreuses. Ils ont observé que des médicaments qui bloquent l’activité de cette ADAM-10 réduisent drastiquement la production de neuroligine-3 et le développement des gliomes. Des essais cliniques chez des humains seront bientôt en cours, car des inhibiteurs de ADAM-10 ont été développés pour le traitement d’autres types de cancers et les études de Phase 2 n’indiquent pas d’effets secondaires majeurs.

Cette étude est importante, car elle montre pour la première fois que les tumeurs du cerveau ne sont pas aussi invulnérables qu’on pouvait le penser. En dépit de leur versatilité et de leur grande résistance aux divers traitements actuels, la croissance de ces cancers est extrêmement dépendante de leur environnement, une faille dans leur armure qu’il est possible d’exploiter. En plus des mécanismes décrits plus tôt, on peut penser que d’autres facteurs environnementaux comme l’inflammation, l’immunité ou encore la formation de nouveaux vaisseaux sanguins pourraient également représenter des cibles thérapeutiques intéressantes. Comme c’est généralement le cas dans le traitement du cancer, c’est en combinant plusieurs de ces approches qu’on pourra enfin réaliser des progrès dans notre lutte aux tumeurs cérébrales et améliorer le pronostic des personnes touchées par ces cancers.


(1) Venkatesh HS et coll. Targeting neuronal activity-regulated neuroligin-3 dependency in high-grade glioma. Nature 2017; 549: 533-537.

Comprendre les gliomes

Les quelque 100 milliards de neurones du cerveau humain sont entourés d’un nombre équivalent de cellules gliales (du grec gloios, qui signifie gluant ) dont le rôle est de contribuer au bon fonctionnement des neurones. Il existe 3 principaux types de cellules gliales, soit les astrocytes, les oligodendrocytes et la microglie qui, collectivement, participent à la transmission de l’influx nerveux en apportant les nutriments essentiels aux neurones, en formant une couche isolante de myéline et en assurant une défense immunitaire contre les pathogènes.

Cellules de soutien

Il arrive cependant que certaines de ces cellules gliales deviennent cancéreuses et les tumeurs qui en résultent (les gliomes) peuvent grandement affecter le fonctionnement du cerveau et, selon le type de tumeur, son agressivité et sa localisation, menacer la vie de la personne atteinte.

Ceci est particulièrement vrai dans le cas des glioblastomes, le gliome le plus fréquent (54 % des gliomes) et aussi le plus dangereux, avec une survie moyenne des patients de seulement 12 à 15 mois et un taux de rémission à 5 ans de 5 %.

Ce mauvais pronostic illustre à quel point ces glioblastomes sont difficiles à traiter efficacement.

Cancers dévastateurs

Brain cancer, 3D illustration showing presence of tumor inside brain
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À l’heure actuelle, l’approche thérapeutique utilisée pour traiter les cancers du cerveau consiste en une excision chirurgicale de la tumeur, suivie d’une radiothérapie et chimiothérapie. Malheureusement, les glioblastomes ont un caractère très invasif et s’infiltrent profondément dans le cerveau, ce qui rend leur extraction par chirurgie très difficile. Ces cellules cancéreuses possèdent également une forte résistance intrinsèque à la radiothérapie et aux médicaments de chimiothérapie, sans compter que la présence de la barrière sang-cerveau empêche la plupart des agents thérapeutiques d’atteindre le cerveau et contribue donc à protéger la tumeur. Tous ces facteurs contribuent à limiter le succès des approches actuelles et font en sorte que le développement de nouvelles thérapies est absolument essentiel si on espère diminuer le fort taux de mortalité lié à ces cancers.