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Le juge qui a commenté le poids d’une fille se désiste

Une victime d’agression sexuelle a également dû subir les propos du magistrat

Jean-Paul Braun
Photo courtoisie Le juge Jean-Paul Braun s’est retiré d’un dossier d’agression sexuelle où il avait tenu des propos « inacceptables », selon la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée.

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Le juge qui avait soulevé un tollé en commentant le surpoids d’une victime d’agression sexuelle et qui affirmait aussi qu’il existe plusieurs types de consentement sexuel s’est retiré du dossier.
 
Le tribunal se dessaisit de la cause », a simplement écrit le juge Jean-Paul Braun, dans un document déposé au dossier.

Le mois dernier, le magistrat avait créé une onde de choc lorsque ses propos, prononcés alors qu’il siégeait en mai, avaient été révélés par Le Journal.

« On peut le dire qu’elle a un peu de surpoids, mais elle a un joli visage hein ? », avait-il lancé lors du procès d’un chauffeur de taxi accusé d’avoir agressé sexuellement une ado de 17 ans dans son véhicule.

Pour le juge, la jeune femme était « un peu flattée », car « c’est peut-être la première fois qu’un homme s’intéresse à elle ».

« Ce n’est pas le même consentement pour embrasser quelqu’un et le consentement pour lui mettre, comme on dit, la main au panier », avait ensuite dit le juge.

La médiatisation de l’affaire avait grandement affecté la victime, a déclaré Me Amélie Rivard de la Couronne.

« Elle est au courant du processus, mais elle préfère rester à l’écart, a-t-elle dit. On va respecter sa décision. Elle a été très ébranlée. »

Nouvelle juge

À la suite du désistement du juge Braun, c’est la juge Lori Renée Weitzman qui a pris le relais.

« Je suis maintenant la juge au dossier, ça doit continuer avec célérité », a-t-elle dit, sans commenter le désistement de son collègue.

Carlo Figaro devait revenir à la cour lundi pour les plaidoiries sur la peine. Mais Me Julie Anne Marinier, de la défense, a annoncé qu’elle n’était pas prête à procéder. Depuis le jugement en mai dernier, l’avocat initial s’est lui aussi retiré du cas.

La prochaine audience devait avoir lieu en février, mais la juge a ordonné de tout devancer au mois prochain.

« Les délais m’importent beaucoup, pour la victime, mais aussi pour l’accusé », a-t-elle dit.

Dénonciations

Rappelons que des organismes de lutte contre les agressions sexuelles avaient dénoncé les propos du juge, de même que la classe politique. La ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, avait qualifié les propos du juge « d’inacceptables », et avait porté plainte au Conseil de la magistrature.

On ignore où en est rendu le traitement de la plainte. Contacté par Le Journal, le Conseil a fait savoir que si une audience se tient, la date, le lieu et l’heure devraient être rendus publics juste avant, possiblement le matin même de l’audition.

Ce qu’ils ont dit

« [Le désistement] était la seule décision à prendre » -Nicole Gibeault, juge retraitée

« Le dossier doit continuer avec célérité » -La juge Lori Renée Weitzman

« Avec ce changement, la victime pourra être traitée avec dignité et respect » -Sophie Charpentier, intervenante sociale pour le CALACS Trêve pour Elles