/misc
Navigation

Si l'ALÉNA tombe, les États pro-Trump seront les grands perdants

President Trump Speaks At American Center For Mobility In Ypsilanti, Michigan
AFP

Coup d'oeil sur cet article

Si Donald Trump mettait à exécution sa menace de retirer les États-Unis de l’ALÉNA, tous les États américains perdraient des emplois, mais ceux qui perdraient le plus sont ceux qui lui ont donné la victoire en 2016.

Une étude rendue publique hier par le Peterson Institute for International Economics fait le compte des emplois qui seraient le plus vraisemblablement perdus à relativement court terme dans chaque État américain si l’administration Trump mettait sa menace de se retirer de l’ALÉNA à exécution. L’intérêt de l’étude est qu’elle permet de situer les pertes d’emplois en fonction de la localisation géographique des entreprises exportatrices. Les nouvelles ne sont pas très bonnes pour l’électorat de Donald Trump.

Le nombre total en cause, 187 000 emplois, représente une petite fraction de l’emploi total aux États-Unis (0,16%). Cela paraît peu, mais il importe de souligner qu’il s’agit d’une analyse minimaliste, qui ne tient compte que des emplois directement liés aux exportations au Canada et au Mexique qui seraient perdus si tous les éléments du commerce trilatéral restaient les mêmes à l’exception des nouveaux tarifs imposés sur les biens échangés. Si on tient compte de la substitution possible des sources d’approvisionnement pour les clients canadiens et mexicains, et de l’impact de la fin de l’ALÉNA sur les chaînes de production, l’impact sur l’emploi risque dans les faits d’être beaucoup plus important. La distribution géographique des pertes d’emplois totales ressemblerait toutefois vraisemblablement à celle qui est identifiée dans l’étude et c'est ce qui lui donne son intérêt.

Comme on peut le constater sur la carte interactive ci-dessous, les pertes d’emplois seraient les plus marquées dans le cœur du pays. Les dix États les plus touchés en termes relatifs seraient, dans l’ordre: l’Arkansas, le Mississippi, le Kentucky, l’Indiana, l’Alabama, l’Iowa, le Michigan, le Nebraska, le Wisconsin et la Caroline du Nord. Tous ces États, sans exception, ont donné leur appui à Trump en novembre 2016.

L'impact direct sur l'emploi dans les États d'un retrait de l'ALÉNA

Source: Peterson Institute for International Economics.

En fait, comme le montre le graphique ci-dessous, la majorité des États où les pertes d’emplois directement attribuables à un retrait de l’ALÉNA seraient proportionnellement plus importantes que la moyenne nationale (ligne verticale) sont des États qui ont voté pour Donald Trump. Il est aussi intéressant de constater que parmi les États qui perdent le plus, il s’en trouve plusieurs qui avaient voté pour Obama en 2012 et ont pivoté vers Trump en 2016. Les pertes d’emplois dans ces États clés se chiffreraient comme suit: 9,856 emplois en Ohio; 7,965 en Caroline du Nord, 6,316 au Wisconsin; 3,828 en Iowa et 10,138 au Michigan. Au Michigan, la marge de victoire de Trump avait été de 10,704 votes.

L'impact d'un retrait de l'ALÉNA sur l'emploi dans les États et le vote à l'élection présidentielle de 2016

Blogue 2017 11 20 No 1

Si le président Trump met sa menace de sortir de l’ALÉNA à exécution, les pertes d’emplois anticipées toucheraient de façon disproportionnée les États dont il a absolument besoin pour assurer sa réélection. Il est vrai que beaucoup d’électeurs de ces États blâment l’ALÉNA pour des pertes d’emplois au cours des années passées, mais rien n’indique que ces emplois y reviendraient pour compenser les pertes d’emplois liés aux exportations.

Sa menace est-elle sérieuse ou est-ce un bluff? C’est ce qu’on verra dans les prochains mois, mais si le président Trump croit pouvoir faire de grands gains politiques en mettant fin à l’ALÉNA, il risque d’avoir de petites surprises en 2020.

* * *

Pierre Martin est professeur de science politique à l’Université de Montréal et directeur de la Chaire d’études politiques et économiques américaines au CÉRIUM. On peut le suivre sur Twitter: @PMartin_UdeM