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Une bombe puante de Radio-Canada!

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Je ne décolère pas depuis mercredi. Se peut-il que Radio-Canada, notre société d’État, soit descendue si bas ? Se peut-il que, pour ranimer l’auditoire défaillant de ses téléjournaux, la société consacre huit minutes d’antenne à un faux scandale ? Qu’elle le fasse en sachant très bien que son auditoire ne pourra éviter les amalgames entre la pédagogie démodée d’un professeur bien intentionné et les agressions sexuelles qui font la manchette depuis des semaines ?

La « job de bras » du Téléjournal de Radio-Canada était surréaliste. Plus pernicieuse encore que celles auxquelles nous avait habitués la clique de Tout le monde en parle. La caméra dévisageant le dangereux suspect qu’est le professeur Gilbert Sicotte, un triste enquêteur à la mine patibulaire l’interroge sans pitié, comme s’il s’agissait d’un serial killer. Louis-Philippe Ouimet, l’œil accusateur, drapé dans l’arrogante toge radio-canadienne­­­, lui fait avouer qu’il a crié après ses étudiants, puis, crime impardonnable et inusité, qu’il a sacré après eux !

Abasourdi, visiblement surpris par cet interrogatoire, cherchant à comprendre ce qu’il lui arrive, le pauvre Sicotte, accablé, baisse les bras et capitule. Il n’y a pas de défense contre la bêtise.

TEMPS D’EXÉCUTION : 8 MINUTES

Michel Cormier, le directeur de l’information de Radio-Canada­­­, souffle d’aise. Enfin, son équipe a repris la tête sur

La Presse, qui depuis quelques semaines les coiffe au fil d’arrivée dans la course aux dénonciations. On a beau coucher dans le même lit, c’est chacun son tour pour la jouissance.

Que le scandale dénoncé par Radio-Canada soit plus que minable en regard de ceux dont La Presse a fait ses choux gras, l’auditoire n’y verra que du feu. Sans gêne et sans état d’âme, le grand boss a l’impudence de l’avouer publiquement dès le lendemain : « Ces révélations, déclare-t-il, surviennent au moment où la société entière est bouleversée par de nombreux cas d’abus et de harcèlement. Cela amplifie, nous en sommes conscients, l’effet de retentissement du reportage que nous avons diffusé sur Gilbert Sicotte ».

Il n’aura fallu que huit minutes pour assassiner un acteur vedette qui a tourné dans plus de 30 films, dans une vingtaine de téléfilms et de séries, incarné des dizaines de rôles sur scène et créé avec Raymond Cloutier, Paule Baillargeon, Pierre Curzi et quelques autres Le Grand Cirque ordinaire. Les plus jeunes l’ignorent sans doute, mais leur création T’es pas tannée, Jeanne d’Arc ? a fait autant pour l’éclosion du spectacle québécois que Les Belles-sœurs de Michel Tremblay et L’Osstidcho.

TOUTE UNE FEUILLE DE ROUTE

Avec ses trois prix Gémeaux et un prix Jutra comme premier rôle masculin, Gilbert Sicotte a une feuille de route qui se compare, au Canada anglais, à celle de Christopher Plummer, Gordon Pinsent ou Donald Sutherland. En France, elle équivaudrait à celle d’un Jean-Louis Trintignant, d’un Claude Brasseur ou d’un Sami Frey. Vous croyez qu’à Toronto ou à Paris la télévision d’État aurait procédé à pareille exécution sommaire ?

Cette bombe puante lâchée en pleine connaissance de cause, qu’on ose présenter comme une enquête objective alors qu’on n’a interrogé aucun des 32 étudiants actuels du Conservatoire, restera longtemps une tache odieuse au dossier du service d’information et d’enquête de Radio-Canada.

C’est l’exemple parfait d’une enquête bâclée et tendancieuse, qui est tout à fait indigne d’un diffuseur qui se respecte et respecte son auditoire.

TÉLÉPENSÉE DU JOUR

Tony Tomassi voulait seulement aider une pauvre fille. Après tout, c’est notre ancien ministre de la Famille.