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Corées : encore une niaiserie de Trump

Corées : encore une niaiserie de Trump
Photo AFP

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Décidément, hormis la vente d’armes et l’amour des flonflons, Donald Trump ne vaut vraiment pas grand-chose en politique internationale. Voilà maintenant qu’il annonce que la Corée du Nord sera à nouveau placée sur la liste des États terroristes.

Il s’agit encore d’un coup de marketing politique dont Trump a le secret. Mais cette fois-ci, il est permis de se demander à quoi rime cette nouvelle accusation de terrorisme. Quels sont donc les  nouveaux actes terroristes de la Corée du nord ? Avoir fait assassiner le demi-frère de Kim Jung-Un à l’aéroport de Kuala-Lumpur ? D’accord. Mais c’est bien mince pour être placé sur une telle liste noire.

Une bévue diplomatique

La véritable raison pour laquelle la Corée du Nord a été placée à nouveau sur cette liste est que l’administration ne parvient pas à résoudre le problème nord-coréen. Sauf qu’en plaçant la Corée du Nord sur cette liste, Washington renforce les arguments des dirigeants nord-coréens qui prétendent que leur armement nucléaire les protège contre les menaces américaines. La sanctuarisation de son territoire constitue indéniablement une forme de protection. Cette sanctuarisation vient de trouver une nouvelle justification. Mais en réalité, c’est la Chine qui ultimement protège la Corée du Nord contre les États-Unis.  

Non-fondé

Il n’est pas question ici d’excuser de quelque façon que ce soit le terrifiant régime nord-coréen. Ni non plus de minimiser le problème auquel les États-Unis font face. Mais il faut employer les bons termes. Le régime nord-coréen  ne subventionne pas les jihadistes. Il n’a pas non plus fait exploser de bombes autour du monde ces récentes années. On peut bien-sûr étirer la définition du terrorisme et y faire entrer les actions du régime de Kim Jung-Un. Mais on est très loin des actions terroristes comme celles de l’État islamique, des Brigades rouges ou de la Bande à Baader. Kim Jung-Un  est le dictateur d’un pays totalitaire. Mais il ne commet pas d’actions terroristes comme telles. Il n’en soutient pas non plus à travers le monde, selon les informations qui sont disponibles.

Trump désinforme la population

Ce qu’il y a de plus choquant dans les paroles et les gestes de Trump est qu’à force de dire et de faire n’importe quoi, selon les besoins du marketing politique du moment, il désinforme la population. Dans ce cas précis en tordant la définition du mot terrorisme.

Tant qu’à tordre les mots, pourquoi ne pas dire aussi que les États-Unis sont des terroristes, puisqu’ils vendent des armes à l’Arabie saoudite, qui elle-même terrorise les pauvres Yéménites, avec sa guerre contre les Houtis ? Encore une fois, il n’est pas question d’excuser l’horrible guerre d’asservissement  que mène la Arabie saoudite au Yémen, ni d’excuser les dégoûtantes ventes d’armes américaines à l’Arabie saoudite. Il s’agit simplement d’utiliser les bons termes.

L’importance des mots

Les mots ont un  sens. Mais quand on les emploie à tord et à travers, comme le fait Trump, on ne peut plus décrire convenablement ce que l’on observe. Quand on ne parvient pas à décrire convenablement ce qu’on observe, on ne comprend plus ce qui arrive. Quand on ne comprend plus ce qui arrive, on prend de mauvaises décisions.

Or, dans nos démocraties, il est essentiel que les élus et les électeurs possèdent à des degrés différents une compréhension minimale des événements. Parce qu’a des degrés différents, les élus et les électeurs décident de la politique.