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Je voudrais te parler de santé mentale

Je voudrais te parler de santé mentale
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Je voudrais te parler de santé mentale. Ben oui, à frette de même, sans préliminaire. Parce que le mois de Novembre tire enfin à sa fin, avec le changement d’heure, la noirceur lourde pis le manque de sommeil.

Me semble que ça tombe comme des mouches, autour de moi. Je vois du monde découragé pis épuisé, avec des cocos qui tirent du jus en fou, parce qu’ils subissent eux aussi les contrecoups du changement de saison. On se sent dépassé, pis on se désorganise.

C’est pas facile, quand l’épuisement dépasse l’entendement. C’est pas évident, quand le rideau de la déprime saisonnière tombe pour faire place à un malaise plus profond. Tu te retrouves pas mal toute seule, avec ton impression que tout est en train de bousculer du coté obscur.

T’arrêtes pas de te dire que tu devrais être capable d’en faire plus. Après tout, t’es à la maison avec ton bébé, t’as juste ça à faire. Mais malgré tout, tu te sens dépassée par la charge de travail qui t’assaille. Tu te répètes sans arrêt que nos grand-mères avaient 15 enfants, pis t’arrives pas à comprendre comment toi, la p’tite, tu t’en sors pas.

Me semble que c’est facile, hein. Quand tu regardes sur les réseaux sociaux, les filles ont une job à temps plein, trois enfants dans trois garderies différentes pis un chum qui travaille à l’extérieur, pis elles arrivent, elles!

Pourquoi, toi, tu y arrives pas?

Tu t’attendais à ressentir une vague d’amour intense, quand ton bébé allait naître. Comme les filles le racontent : une chaleur qui allait te submerger et faire pousser des cœurs dans les yeux. Tu pensais, toi, que ca serait ton instinct qui allait prendre la relève dès que ton coco allait sortir, pis que vous alliez, dès la première seconde, respirer à l’unisson.

Mais finalement, même si tu sais très bien que tu donnerais ta vie pour cet humain-là, l’attachement vient pas. Tu fais ta routine machinalement, il mange, il est propre, tu gaga-gougoutes le bon nombre d’heures à chaque jour, tu oublies pas de le mettre sur le ventre, souvent pis longtemps. Tu le trouves ben beau, pis ben fin.

Mais ses cris t’énervent. Quand il pleure, t’as l’impression qu’il te hurle dessus l’incompétence que tu ressens, par rapport à ta maternité. Pis des fois, t’as juste envie de tout sacrer là, pis de revenir une couple de mois en arrière, avant de prendre cette décision qui allait donc changer tout dans votre vie, à ton chum pis toi.

Pis là, tu regardes tes amies, le gros sourire dans la face, à faire du portage pis du cododo, qui te parlent de leurs plans de grande famille, pis d’allaitement prolongé, pis t’arrives pas à comprendre.

Pourquoi, toi, tu ressens pas ça, aussi?

Pourquoi, quand tu regardes ta réalité, les papillons de ton estomac te coupent le souffle, au lieu de te rendre fébrile? Pourquoi t’as l’impression de te noyer au lieu de t’épanouir? Pourquoi c’est pas facile, pour toi, d’avancer dans ta parentalité?

Tu as tellement honte, quand ton chum arrive le soir, pis qu’il te trouve encore en pyjama, avec un nid d’oiseau gras sur la tête, pis le bébé hurlant dans les bras. Tu te sens mal, quand il prend enfin la relève, parce que t’en es tellement soulagée. Pis t’es jalouse, un peu, parce que ton bébé se calme à son contact.

Pourquoi, avec toi, il se calme pas, hein? Qu’est-ce que tu fais de travers?

Tu voudrais faire comme ils conseillent, les gens qui te disent de te prendre en mains, que ça peut pas continuer comme ça, pis de te maquiller tous les matins et t’habiller. Tu voudrais prendre le temps de passer la balayeuse et de faire le ménage dans ton esprit en même temps que t’aspires les graines de céréales sur le plancher. Mais la vraie réalité, c’est pas ça, hein?

Je voudrais te parler de santé mentale, aujourd’hui, sans préliminaire. Parce que je veux te dire que c’est important d’en parler, de ces sentiments, de ne pas les garder pour toi. C’est important de la crier, de la chuchoter, de l’écrire, ta détresse, parce que c’est comme ça que tu vas voir que tu n’es pas seule, dans ta situation. Ça prend du monde qui en parle, pour que des filles comme toi se sentent moins extraterrestres dans leur découragement.

Parce que de l’aide il y en a, et il faut aller la chercher avant d’avoir trop de difficulté à te relever.

Pis que c’est en s’exprimant qu’on trouve les ressources nécessaires pour nous aider.

La maternité, c’est beau. C’est vraiment beau, c’est loin d’être un fardeau. Mais ça peut souvent être vraiment confrontant. C’est beaucoup de changements, dans une vie, pis c’est un choc à chaque fois que tu rajoutes un humain dans ta gang.

Je voudrais te parler de santé mentale. Parce que c’est important que tu comprennes que tu auras beau réprimer tes émotions, te descendre dans le sous-sol de la liste des priorités familiales, te dire que l’important c’est tout sauf toi; tout le monde bénéficie d’une maman bien dans sa peau.

Tout le monde.

Même toi.