/news/currentevents
Navigation

Les ex-patrons de Dessau risquent des amendes record

Les frères Sauriol ont plaidé coupables devant l’Ordre des ingénieurs

Coup d'oeil sur cet article

Les frères Rosaire et Jean-Pierre Sauriol qui ont dirigé pendant plus de 20 ans la firme Dessau risquent des amendes record de 100 000 $ et 50 000 $ après avoir plaidé coupables devant l’Ordre des ingénieurs pour avoir participé à la collusion dans plusieurs villes de la région de Montréal.

Ces « amendes substantielles » sont les plus fortes sommes réclamées par l’OIQ, de l’aveu de l’avocate du syndic de l’Ordre, Me Marie-France Perras.

Rosaire Sauriol
Photo d'archives
Rosaire Sauriol

Il faut dire que les deux frères Sauriol sont les seuls hauts dirigeants d’entreprise de génie à faire face à leur ordre dans le cadre des allégations de collusion dans le milieu de la construction.

Me Perras rappelle également que jusqu’en juin dernier les amendes données par les ordres professionnels étaient plafonnées à 12 500 $ par chef d’accusation. Cette limite est désormais de 62 500 $.

Jean-Pierre Sauriol
Photo d'archives
Jean-Pierre Sauriol

Selon une recommandation conjointe des parties, l’ex-patron de Dessau Jean-Pierre Sauriol pourrait donc écoper de 50 000 $ d’amende pour deux chefs d’accusation, soit d’avoir versé ou de s’être engagé à verser, directement ou indirectement, un avantage, ristourne ou commission en vue d’obtenir un contrat et de ne pas s’être acquitté de ses obligations professionnelles avec intégrité.

Quant à Rosaire Sauriol, ex-numéro 2 de la firme, il a plaidé coupable à un troisième chef d’avoir eu recours ou de s’être prêté à des procédés malhonnêtes ou douteux et risque un total de 100 000 $ d’amende.

Rôle prépondérant

Selon le syndic de l’Ordre, Réal Giroux, les deux hommes auraient « joué un rôle prépondérant dans des systèmes de partage des contrats implantés dans les années 2000 à Montréal, Laval et Longueuil ».

M. Giroux précise qu’à Montréal, 13 firmes étaient impliquées et qu’elles versaient des contributions au parti du maire Gérald Tremblay variant entre 100 000 et 200 000 $ afin d’obtenir des contrats.

À Laval, ce sont 9 firmes qui se partageaient les contrats en versant au maire Vaillancourt des sommes allant de 30 000 à 50 000 $. M. Giroux ajoute que dans le cas de Laval, ces sommes ont été versées à plusieurs reprises par les firmes.

« Ce sont des accusations sérieuses de contrôle de marchés visant à assurer des contrats à Dessau, affirme Me Perras. Les actions des frères Sauriol ont entaché l’image de la profession. »

Par ailleurs, le syndic a renoncé à demander une radiation à vie des deux frères en échange d’un engagement à ne pas demander à nouveau un permis d’ingénieur « de façon permanente et irrévocable ».

Pour Me Perras, cet engagement est suffisant pour garantir la protection du public.

Absents à l’audience hier, Jean-Pierre Sauriol, désormais retraité, et son frère Rosaire, qui travaille comme conseiller technique, ne sont plus membres de l’Ordre des ingénieurs.

Le conseil de discipline, présidé par Me Daniel Lord, a 90 jours pour rendre sa décision.

 

La chute d’un fleuron québécois

  • Dessau a été fondée en 1957 par Paul-Aimé Sauriol et Jean-Claude Desjardins.
  • L’entreprise est connue pour avoir contribué au projet hydroélectrique de la Baie-James, à la construction de l’aéroport de Québec ou encore à la réalisation du palais des congrès de Montréal.
  • En 1992, les fils de Paul-Aimé Sauriol, Jean-Pierre et Rosaire, deviennent respectivement numéro 1 et numéro 2 de l’entreprise.
  • Dessau comptait jusqu’à 5000 employés partout dans le monde, dont 1300 au Québec, ce qui en faisait la 5e firme de génie-conseil au Canada.
  • Après les témoignages incriminants de Rosaire Sauriol à la commission Charbonneau, l’entreprise est mise de juin à novembre 2013 sur la liste noire des entreprises qui ne peuvent plus soumissionner sur des contrats publics.
  • En 2014, la compagnie albertaine Stantec fait l'acquisition des opérations canadiennes de Dessau.
  • En 2015, l’UPAC perquisitionne les bureaux de Dessau relativement au scandale des compteurs d’eau à Montréal.

 

Quatre ans de déboire

  • Mars 2013 : Rosaire Sauriol, vice-président Amérique latine de la compagnie, avoue que Dessau a participé à la fin des années 90 et dans les années 2000 à des systèmes de partage des contrats à Montréal, Longueuil, Laval et Saint-Jérôme notamment. Rosaire Sauriol reconnaît également que l’entreprise a fait de la fausse facturation à hauteur de 2 millions $ pour verser des sommes en argent comptant à plusieurs partis, dont le Parti libéral du Québec et le Parti québécois.
  • 25 mars 2013 : Rosaire Sauriol démissionne.
  • 9 mai 2013 : Arrestation de 37 personnes, dont Rosaire Sauriol, par l’UPAC dans le cadre de l’opération Honorer contre la corruption à Laval.
  • 12 juin 2013 : Jean-Pierre Sauriol démissionne.
  • 20 septembre 2017 : Rosaire Sauriol écope d’une amende de 200 000 $ dans le cadre de l’enquête liée au système de collusion et de corruption à Laval. Il est le seul des 24 accusés ayant plaidé coupables à échapper à la prison.
  • 14 novembre 2017 : l’Ordre des ingénieurs impose une amende de 1000 $ minimum à 29 ingénieurs de Dessau pour avoir servi de prête-noms afin de financer illégalement des partis politiques.