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Des parents ne veulent pas des 100$ du gouvernement Couillard

Ils préféreraient que le système d’école publique soit mieux financé

Catherine Lavarenne
Photo courtoisie Catherine Lavarenne (gauche) avec sa fille Elizabeth Seliger, 15 ans. «Je le vois, que l’école publique a besoin d’amour», dit Mme Lavarenne, qui a vu des élèves issus du secondaire en arracher quand elle était enseignante au cégep il y a quelques années.

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Des parents qui recevront 100 $ du gouvernement pour l’achat de matériel scolaire ont l’intention de mettre en commun cet argent pour qu’il puisse profiter au plus grand nombre d’enfants plutôt que de rester dans leurs poches.

« On ne va pas se laisser acheter comme ça par “un cent dollars”. C’est vraiment nous prendre pour des imbéciles », s’exclame Catherine Lavarenne, 41 ans, mère de trois enfants habitant à Montréal.

Elle est l’instigatrice de la page Facebook « Plein de 100 $ pour l’école publique », créée mardi après la mise à jour économique du gouvernement Couillard.

Le ministre des Finances Carlos Leitão avait alors annoncé que les familles québécoises recevraient 100 $ par enfant en âge d’aller à l’école pour contribuer à l’achat de matériel scolaire.

Environ 150 personnes suivaient la page en date du jeudi, selon l’instigatrice, qui dit avoir reçu une « avalanche de réponses ».

Claudia Citta, 39 ans, fait partie des parents qui ont adhéré à la page. Mère de jumeaux de deux ans, elle aurait droit à 200 $ dans quelques années si le même gouvernement et la même mesure sont en place.

« Mais je préférerais que ce soit réinvesti dans le système, dit-elle. À ce jour, mes enfants n’ont pas de besoins particuliers, mais ça pourrait arriver. »

C’est d’ailleurs le cas de Mme Lavarenne. Elle raconte qu’en 2015 son fils autiste de 10 ans a failli perdre les services qui lui permettent d’être intégré en classe normale.

« Les dictionnaires, dans sa classe, sont cassés en deux et ils datent de l’époque où j’étais au secondaire », illustre-t-elle.

Manque de bureaux

« Ma fille de 15 ans, il n’y avait pas assez de bureaux pour tout le monde dans sa classe à la rentrée », ajoute-t-elle.

Le message qu’elle souhaite envoyer : que beaucoup de parents veulent que l’école publique soit mieux financée.

« Ce n’est pas avec 100 $ que mon fils va pouvoir développer ses habiletés sociales. Mais avec tous nos 100 $ mis ensemble, on peut embaucher des professionnels qui feront la différence. »

Mme Lavarenne envisage d’ailleurs de réunir les parents intéressés afin de mettre tous leurs 100 $ en commun. « Ce que nous ferons avec ? Ce n’est pas une décision que je vais prendre seule », dit-elle.

Par ailleurs, 100 $ est une petite somme dans le budget annuel d’une famille, rappelle cette doctorante en littérature qui vit actuellement d’une bourse de recherche.

Conscients de la pauvreté

Reste qu’elle se dit consciente que certaines familles vivent dans la précarité et ne peuvent pas cracher sur 100 $.

« C’est certain qu’il y en a pour qui ça peut faire une différence. Mais est-ce vraiment la bonne façon d’aider les gens ? » s’interroge-t-elle.

D’autant plus que les frais de garde ont augmenté, tout comme le transport scolaire, rappelle Pascale Grignon, porte-parole du mouvement Je protège mon école publique.

« On n’est pas dupes. Les parents ne vont pas oublier les coupes des dernières années [dans le système scolaire]. On sait que ce sont nos enfants qui paient pour ça en ce moment », dit Mme Grignon.

La page « Plein de 100 $ » n’est pas la seule à avoir été créée dans les derniers jours. Outré par l’annonce du gouvernement, Jérémie McEwen a crée l’événement « Ta baisse d’impôt, non merci », invitant les gens à faire un don d’au moins 100 $ à un organisme de leur choix.