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Legault n’a pas à charmer les adéquistes

Legault n’a pas à charmer les adéquistes

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Mon collègue Jonathan Trudeau, pour qui j’ai le plus grand des respects, signait un texte qui s’intitule «Legault veut charmer... les adéquistes!». Je suis certain que tout ce qui est écrit dans le texte est vrai et que certains membres de la défunte Action démocratique du Québec (ADQ) ne se retrouvent pas dans l’actuelle Coalition avenir Québec (CAQ).

Cependant, ma prétention est que Legault n’a pas à charmer les adéquistes, parce que la très vaste partie des adéquistes sont encore là. Mieux encore, la CAQ a réussi au fil des ans à élargir son bassin d’électeurs qui songe à l’appuyer.

Bref, mon expérience personnelle d’ex-militant, député et organisateur en chef de ce parti est tout autre. Comme je l’ai écrit, il y a déjà presque un an, l’ADN de l’ADQ est encore bien présent à la CAQ.

Sur le plan des idées

Revenons sur les critiques formulées par d’anciens adéquistes, selon le texte de Jonathan Trudeau.

CRITIQUE # 1 : L’ADQ prônait une mixité entre le public et le privé dans notre système de santé. Pas la CAQ, qui se colle davantage aux positions traditionnelles des autres partis.

Ma lecture : Il est vrai de dire que la CAQ n’a pas la mixité comme position, mais Gérard Deltell lui-même a fait inclure l’idée de tester un projet pilote sur la mixité en santé, dans la région de Québec, et ce projet pilote fait toujours partie du programme de la CAQ.

CRITIQUE # 2 : L’ADQ insistait sur la réduction du fardeau de la dette, par souci d’équité intergénérationnelle. La CAQ souhaitait que le gouvernement pige dans le Fond des générations pour octroyer davantage de baisses d’impôts.

Ma lecture : Legault avait effectivement proposé cela temporairement, pendant quelques mois, jugeant qu’il fallait donner un souffle à l’économie en redonnant de l’argent dans les poches des contribuables. Cependant, il a retiré cette proposition maintenant que les surplus budgétaires sont suffisants pour baisser les impôts.

CRITIQUE # 3 : L’ADQ prônait un conservatisme économique. Moins d’État, moins d’interventionnisme, moins de subventions aux entreprises.

Ma lecture sur le conservatisme économique, moins d’interventionnisme, moins de subventions aux entreprises : Mario Dumont allait exactement dans le même sens que François Legault, à preuve voici un texte qui date de 2007, où l’ADQ s’attend à ce que la Caisse de dépôt et placement du Québec intervienne davantage dans l’économie.

Ma lecture sur le moins d’État : Legault proposait dans son dernier cadre financier de couper 22 000 postes dans la bureaucratie.

CRITIQUE # 4 : L’ADQ voulait abolir les commissions scolaires et donner davantage d’autonomie aux écoles. La CAQ veut transformer les CS en centres de service.

Ma lecture : On laisse entendre ici que les centres de services ne seraient qu’une simple copie des commissions scolaires. C’est inexact. La CAQ prévoit économiser 300 M$, soit environ le même montant que Dumont prévoyait économiser. Exit les élections et commissions scolaires et on passe à une trentaine de centres de service en appui aux écoles plutôt que 70 commissions scolaires qui donnent des ordres aux écoles.

CRITIQUE # 5 : L’ADQ voulait donner aux parents 100 $ par semaine par enfant afin de les aider et de leur offrir l’autonomie et la liberté de choix. La CAQ semble plutôt vouloir adhérer au bon vieux modèle actuel.

Ma lecture : Il est vrai que la formule du 100 $ par semaine par enfant n’existe plus dans le programme de la CAQ et que cette proposition avait été fort populaire en 2007. Cependant, à l’époque de Dumont, les frais de garde n’étaient pas modulés. On compare des pommes et des oranges.

Mentionnons aussi les ressemblances de programme dont les anciens ne parlent pas, notamment dans la protection des victimes de crimes sexuelles, la refonte du système électoral, la péréquation, les accommodements raisonnables, sans oublier la lutte contre les clauses orphelins.

Sur le plan des élus

De l’ère adéquiste, il reste quatre députés qui furent élus au côté de Mario Dumont. Pas si mal quand on considère qu’en 2008, seulement 7 avaient survécu aux « deux mains sur le volant » de Jean Charest. En effet, les Marc Picard (élu en 2003), Éric Caire, François Bonnardel et Sébastien Schneeberger (élus en 2007), sont toujours au côté de François Legault.

Je m’en voudrais de passer sous silence l’actuel président du parti Stéphane LeBouyonnec, ancien député de La Prairie qui fut, au côté de Mario Dumont, président de la commission politique de l’ADQ ainsi qu’un de ses membres fondateurs.

Sur le plan des employés

Parmi les principaux collaborateurs de François Legault, nombreux sont ceux qui nous viennent de l’ère adéquiste. Le directeur des relations médias (Guillaume Simard-Leduc), le directeur de cabinet du leader François Bonnardel (Pierre Tremblay), le directeur de la recherche (Martin Plante) et le conseiller principal en santé du chef (Jean-François Landry).

Les électeurs adéquistes sont au rendez-vous... et même plus

Mario Dumont et son équipe ont pavé la route pour une troisième voie au Québec. Cependant, l’histoire de l’ADQ fut difficile sur le plan électoral et dans les sondages. Dumont avait réussi une superbe performance en 2007, faisant élire 41 députés, mais outre ce moment de gloire, les adéquistes avaient des sondages qui oscillaient davantage autour de 15 %. Depuis sa création, la Coalition avenir Québec a fait 27 % en 2012, 23 % en 2014 et réussit à se maintenir entre 25 et 34 % depuis un an.

Il va sans dire qu’à l’intérieur de ce pourcentage d’appui à la CAQ, il y a la très vaste majorité d’électeurs qui jadis votaient pour l’ADQ. Legault a aussi réussi à grappiller des votes au PQ et au PLQ au fil des ans. Vous trouverez toujours un ancien adéquiste nostalgique du bon vieux temps, mais la réalité c’est que l’ADN de l’ADQ est bien présent à la CAQ.