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Éric Lapointe: du football à la finance

L’ancien joueur des Alouettes mène une très belle carrière en gestion de patrimoine

Éric Lapointe, ex-joueur des Alouettes, mène une très belle carrière dans le monde de la finance, soit en gestion de patrimoine.
Photo Pierre Durocher Éric Lapointe, ex-joueur des Alouettes, mène une très belle carrière dans le monde de la finance, soit en gestion de patrimoine.

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La saison dans la LCF se termine ce soir avec la présentation du match de la coupe Grey à Ottawa, et pour souligner l’occasion Le Journal vous présente une entrevue avec un ancien gagnant du gros trophée, Éric Lapointe, qui connaît autant de succès dans le monde des affaires qu’il a pu en avoir sur un terrain de football.

Cet ancien porteur de ballon a été l’un des meilleurs joueurs dans l’histoire du football universitaire canadien et il a ensuite remporté la coupe Grey avec les Tiger-Cats en 1999 et avec les Alouettes en 2002, en plus d’avoir inscrit deux touchés dans une défaite de 38 à 35 des Alouettes en prolongation lors de la finale de 2005 contre les Eskimos.

Lapointe a commencé à travailler dans le monde de la finance lorsqu’il jouait au football et sa seconde passion est devenue sa première. Il est aujourd’hui gestionnaire principal du seul bureau au Québec de Conseil Privé Stonegate, qui offre des services de gestion de patrimoine à des familles et à des clients fortunés.

Il est aussi président fondateur et propriétaire-associé de deux succursales de Gestion de patrimoine Assante, à Brossard et à Saint-Hyacinthe.

Lapointe pose dans son bureau à Brossard.
Photo Pierre Durocher
Lapointe pose dans son bureau à Brossard.

 

Changement d’orientation

« Mon père a travaillé sur le parquet de la Bourse de Montréal et j’ai été élevé dans un milieu où ça parlait de transactions en valeurs mobilières. C’est toutefois mon coach de football à l’Université Mount Allison, Gordon Grace, qui m’a dirigé vers la finance alors que j’étudiais pour obtenir un baccalauréat en littérature française », raconte Lapointe dans son bureau à Brossard.

« Il m’a fait rencontrer des conseillers en services financiers pendant que je soignais une blessure, et j’ai eu la piqûre. Il me disait qu’il y a trois types de personnes : ceux qui n’ont pas de rêve ; ceux qui en ont, mais qui ne savent pas comment les réaliser ; et ceux qui prennent les moyens pour les réaliser. Je me suis dit que j’allais être dans le troisième groupe.

J’adore ce que je fais depuis 20 ans, ajoute Lapointe. J’ai commencé très jeune à préparer mon après-carrière et j’en retire les bénéfices aujourd’hui. J’aime établir des plans de match avec la clientèle. Chez Stonegate, nos clients sont déjà fortunés. L’objectif est de nous assurer qu’ils le demeurent... »

Éric Lapointe a connu de bons moments dans l’uniforme des Alouettes.
Photo d’archives
Éric Lapointe a connu de bons moments dans l’uniforme des Alouettes.

 

Le stress de gérer les placements de ta clientèle est-il bien différent de ce que tu as vécu au football professionnel, où tu as dû te montrer persévérant pour réussir à faire ton chemin ?

« Du stress, tout le monde en vit à sa façon, peu importe le milieu de travail. On se l’impose soi-même. Dans mon boulot, nous sommes davantage des gestionnaires de risque. On travaille surtout avec des entrepreneurs et des entreprises familiales. L’objectif est de parvenir à apporter une tranquillité d’esprit à nos clients. On est heureux de pouvoir faire une différence dans ce milieu très compétitif qu’est la gestion de patrimoine. Il est important d’avoir le souci des détails et d’avoir une bonne vision à long terme. Au football, j’ai vécu un tout autre genre de pression. »

Dirais-tu que tu ne l’as pas eu facile à tes débuts dans la LCF, après avoir été repêché par les Eskimos ?

« Et comment ! J’avais établi des records avec les Mounties et j’avais été choisi deux fois le meilleur joueur universitaire au pays lorsque je me suis retrouvé au camp des Eskimos en juin 1999. J’ai vécu les trois pires semaines de ma vie. Personne ne m’adressait la parole. Je n’étais qu’un numéro. J’ai même songé à abandonner le football. Retranché par les Eskimos, j’ai heureusement reçu un appel de Ron Lancaster et je me suis retrouvé avec les Tiger-Cats. À mon premier match dans la LCF, j’ai enregistré des gains au sol de 195 verges tout en inscrivant deux touchés et j’ai été choisi le joueur par excellence de la semaine. J’ai terminé ma saison recrue avec des gains de 691 verges et cinq touchés. Ça en bouchait un coin aux dirigeants des Eskimos, qui n’ont jamais considéré le fait de m’accorder une chance de faire mes preuves au camp. »

Ta carrière avec les Alouettes a été marquée de hauts et de bas. Peux-tu nous parler de ce que tu as vécu en 2005 ?

« Ayant été ennuyé par une blessure cette année-là, j’ai perdu mon poste de partant. J’ai alors intercepté, par hasard, une conversation de Doug Berry, notre coordonnateur offensif, qui disait aux quarts que j’étais le maillon faible de l’attaque. Ce fut difficile à digérer. J’ai pensé qu’il était peut-être temps de mettre un terme à ma carrière, mais j’ai choisi de persévérer et de redoubler d’ardeur. Lorsque Robert Edwards s’est blessé au début du match de la finale de l’Est, je l’ai remplacé et j’ai amassé des gains de 112 verges et inscrit trois touchés en route vers une victoire de 33 à 17 sur les Argonauts. À la fin du match, j’ai jeté un coup d’œil en direction de Berry, qui a baissé la tête. J’ai marqué deux touchés la semaine suivante lors de la finale pour la coupe Grey, qu’on a malheureusement perdue en deuxième prolongation face aux Eskimos. »

Que retiens-tu de ces épreuves que tu as eu à surmonter ?

« Je suis fier de dire que j’ai toujours su rebondir après avoir encaissé des coups durs. Mes plus beaux succès ont suivi mes plus grandes déceptions. Ma persévérance m’a toujours bien servi, même dans les rangs mineurs alors qu’on disait que je n’étais pas assez bon pour jouer au niveau collégial AAA. Il fallait que je sois déterminé pour réussir mes études à l’Université Mount Allison, moi qui ne parlais même pas l’anglais à mon arrivée dans cette institution située à Sackville, au Nouveau-Brunswick. »

Te souviens-tu du salaire que tu as encaissé à ta première saison complète dans la LCF en 1999 ?

« J’avais touché la somme de 28 000 $, soit le salaire minimum accordé dans la ligue. Il avait fallu que je loge à Hamilton chez les parents d’anciens coéquipiers des Mounties. Heureusement, on a remporté la coupe Grey et j’ai investi le boni de 10 000 $ dans mes REER, ce qui fut profitable. Après une saison passée avec les Argonauts, où j’ai vu peu d’action, j’ai profité de mon statut de joueur autonome pour signer un contrat avec les Alouettes. Je tenais à revenir à Montréal afin de pouvoir commencer à travailler en finance, en plus de jouer au football. J’ai eu la chance de seconder Lawrence Phillips en 2002, de loin le meilleur porteur de ballon que j’ai connu. »

Que penses-tu des déboires des Alouettes depuis trois ans ?

« C’est très décevant. À mon époque, on avait le sentiment qu’on pouvait gagner chaque match. Don Matthews nous faisait croire que nous étions invincibles. Le public nous appréciait. On représentait l’équipe du peuple, avec plusieurs joueurs québécois dans la formation. C’est dur pour les anciens joueurs de voir la situation dans laquelle les Alouettes se retrouvent aujourd’hui. Ça prendrait un bon ménage. La famille Wetenhall est-elle encore passionnée par l’équipe ? Andrew a-t-il le goût d’investir pour corriger le tir au sein de l’organisation ? J’aurai toujours les Alouettes à cœur et je serais même prêt à investir dans l’équipe avec un groupe de propriétaires d’entreprise, si jamais on me le demandait... »

 

Éric Lapointe

Lapointe a remporté deux fois la coupe Grey au cours de sa carrière, soit en 1999, avec les Tiger-Cats, et en 2002, avec les Alouettes.
Photo d’archives
Lapointe a remporté deux fois la coupe Grey au cours de sa carrière, soit en 1999, avec les Tiger-Cats, et en 2002, avec les Alouettes.

Éric Lapointe est né le 13 septembre 1974, il a passé son enfance à Jonquière avant que la famille déménage à Montréal ; il réside à Candiac, son épouse Nellie et lui sont parents de jumelles âgées de 9 ans, Mia et Victoria.

EMPLOIS : gestionnaire principal pour Stonegate Conseil privé, qui offre des services en gestion de patrimoine à des familles fortunées. Il détient deux succursales de Gestion de patrimoine Assante, à Brossard et à Saint-Hyacinthe.

HONNEURS : membre du Temple de la renommée du football canadien en raison de ses exploits dans les rangs universitaires ; il a été nommé lieutenant-colonel honoraire du 4e bataillon du royal 22e régiment ; il est ambassadeur pour les Alouettes et il a longtemps agi à titre de président de l’Association des anciens. Il est également membre du conseil d’administration de la Source Bleue, maison de soins palliatifs de Boucherville.

CARRIÈRE : Lapointe a porté les couleurs des Tiger-Cats, des Argonauts et des Alouettes de 1999 à 2006. Il a récolté des gains de 2416 verges et inscrit 16 touchés avec des courses au sol et il a aussi capté 56 passes pour des gains de 380 verges et un touché en saison régulière. Il a savouré des conquêtes de la coupe Grey avec les Tiger-Cats en 1999 et avec les Alouettes en 2002.