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Une grande soeur qui parle de masturbation

Une grande soeur qui parle de masturbation
Photo Jean-François Desgagnés

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Sophia-Rose a levé la main bien haut quand Mariana Mazza a demandé s’il y avait des jeunes de 13 ans et moins dans la salle, au Théâtre Banque Nationale de Saguenay, il y a dix jours. Discuter de sa sexualité naissante avec l’humoriste, devant le public, ne l’incommodait pas du tout.

« Oui, Mme Mazza », répondait-elle avec enthousiasme quand la comique lui posait des questions.

C’est devenu un rituel depuis le début de la tournée Femme ta gueule. Pendant son spectacle, Mazza interpelle des adolescentes dans un segment où elle parle de masturbation et de la découverte de son corps.

Chaque fois, elle les implore de ne pas hésiter à en parler à leurs parents, qui sont évidemment assis à côté de leurs enfants dans la salle.

Mariana Mazza joue le rôle de la grande sœur avec ces jeunes. Et ses interventions ne se sont jamais retournées contre elle, affirme-t-elle.

« 100 % des jeunes ou des parents m’écrivent pour me dire : merci, on a eu une belle conversation dans le char. Au début, je ne voulais pas de ce rôle parce que je me disais : qu’est-ce que les gens vont dire de moi ? Mais je me suis dit que j’allais prendre les responsabilités qui viennent avec. Je ne suis pas en train de leur dire d’aller commettre des crimes, je suis en train de leur dire de s’épanouir dans leur corps et, si vous avez des questions, allez vous confier à des gens de confiance. Ce n’est que du positif. Il n’y a rien de mal à ce que je dis. »

D’ailleurs, Sophia-Rose était la première dans la file d’attente, après le spectacle, pour prendre une photo avec son humoriste favorite.

Les valeurs conservatrices

En incitant les adolescents à dialoguer avec leurs parents, Mariana Mazza souhaite ramener un certain sens des valeurs chez les jeunes, qu’elle trouve plus enclins à se confier à un inconnu sur internet qu’à leurs géniteurs.

« Des fois, je suis déçue, je suis triste de voir à quel point les ­enfants ne disent plus je t’aime à leurs ­parents. Je trouve ça tellement poche parce qu’ils sont valorisés par ­rapport à des gens qu’ils ne connaissent pas sur internet. ­J’essaie de ramener les valeurs conservatrices de la famille. »

Même si elle l’écorche à quelques reprises dans son spectacle, Mariana Mazza dit avoir une relation sans tabou avec sa mère.

« Ma mère, je lui dis tout. Elle vient voir mes shows (elle aurait vu le spectacle plus de cinquante fois, selon Mariana). C’est tout pour moi. C’est une relation que j’aurais aimé avoir à 15 ans. Dès que j’ai atteint 19 ans et que je savais comment lui parler, c’était fini et tout a ­toujours été correct. Encore ­aujourd’hui, on se confie énormément, on se parle de sexualité. »

Mariana Mazza à propos de...

De ses billets à 40 $

« C’est moi qui l’ai demandé. Pour vendre plus de billets, baisse tes prix, estie de nono. Mon but n’est pas de faire de l’argent, c’est que plus de gens me voient. Pour perdurer le plus longtemps possible. Mon équipe ne serait pas contente que je dise ça (elle se penche vers notre enregistreuse)... mais merci de mettre les billets à 42 $. 70 piastres un billet d’humour... hey man, on se calme ! Je ne suis pas le pape. »

Des humoristes qui recyclent leurs gags

« Je pense que [Femme ta gueule] est un solide show de présentation. Et à noter, s’il vous plaît, en astérisques bien gras, que je n’ai pris aucun numéro que j’ai fait à Juste pour rire, ni au ComediHa !, ni à la télévision. Ce n’est que du matériel 100 % nouveau pendant 1 h 45. Je sais que c’est la mode de recycler ses vieux gags, mais moi non. J’aurais pu mettre Sable dans le vagin. Beaucoup de gens me le demandent. Mais si tu connais le numéro, pourquoi je te le referais ? Pourquoi tu vas payer 40 $ pour voir un numéro que tu peux regarder sur YouTube ? Ma fierté, c’est qu’après 1 h 45, les gens ne pourront pas dire : ah, je l’avais entendue celle-là ! »

De la place des femmes en humour

« Ce n’est pas vrai qu’il n’y a pas beaucoup de filles, il y en a beaucoup. Mais après, s’il y a huit numéros sur les g-strings, huit numéros sur l’accouchement ou huit numéros sur les menstruations, ils vont en prendre un des huit. Parce qu’à un moment donné, on sature les sujets. C’est à toi d’être originale et d’aller ailleurs. Mais on est de plus en plus prêtes, les filles, à aller devant un micro, sur scène pis de sacrer, parler de cul, de ci et de ça sans être gênées. Avec les enjeux sociaux qu’on vit actuellement, ça nous donne envie d’aller au front. »

De Gilbert Rozon

« Je n’ai rien à dire de plus que les autres. J’ai trouvé ça poche et c’est bien qu’on ait fait le travail qu’on a fait. »

De son style d’humour

« Je ne vais jamais faire des blagues ­méchantes, pour blesser. J’aime pas varger sur les gens. Je ne fous pas la merde. Je suis une fille qui veut la brasser, mais en souriant. Je flashe déjà assez avec ma personnalité et mon linge. Je veux ­provoquer, mais positivement, pour créer un ­mouvement et que ce soit le fun. Mais pour insulter ou démolir quelqu’un ? J’ai trop d’empathie pour ça. »

Des critiques

« Les gens qui me jugent et ont de mauvaises idées sur moi après avoir vu le show, ils ont le droit. Mais t’as pas le droit de pas m’aimer pis de pas aimer ce que je fais quand t’es même pas venu voir un travail de 1 h 45. Si t’es curieux, viens. Mais si tu ne l’es pas, varge-moi pas sur la place publique. Ça me fait mal pis là, je deviens méchante. »

De son second spectacle

« Il est déjà écrit. Bien, j’ai 35 minutes d’écrites. Que veux-tu que je fasse de mes journées ? Que je me regarde dans le miroir et je me trouve belle ? Il faut bien que je continue à écrire. Il y a des nouvelles affaires qui se passent dans ma vie, il y a des affaires que je n’ai pas dites dans le premier parce que c’était trop tôt. Alors, imagine-toi ce que je vais dire (rires). Mes plans ? En ce moment, j’aimerais finir la tournée, partir en vacances, peaufiner mes affaires et on recommence. J’ai la chance d’avoir des gens qui tripent sur ce que je fais, je veux les garder. »

De la France

« Pas pour l’instant. Ça ne m’intéresse pas. Je suis bien ici. C’est un envol tellement intense que je ne me verrais pas être loin de mes amis et ma famille. J’ai besoin d’eux. Je ne veux pas m’en aller en France. Je ne suis pas prête à ça. »