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Le sans-gêne des spécialistes

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La nouvelle n’a pas fait de bruit, comme si on était anesthésiés par l’insulte. On devrait pourtant s’insurger contre la prochaine augmentation salariale que Québec va consentir aux médecins spécialistes. Le ministre des Finances a déjà mis de côté un petit 3 % de plus pour satisfaire leur appétit insatiable. La pilule est un peu dure à avaler, considérant que le revenu moyen des spécialistes a bondi de 46 % en seulement quatre ans. Forte de son statut particulier, la Fédération des médecins spécialistes du Québec continue d’en réclamer toujours plus pour ses membres. Comment ne pas y voir un sans-gêne disgracieux, à faire rougir de honte tous ceux qui se sont engagés dans la profession avec le véritable désir de soigner ?

Pas plus de services

Un autre 3 %, c’est peu, dites-vous, pour être bien soigné ? Justement, les dernières et généreuses augmentations de salaire octroyées aux médecins spécialistes n’ont pas été garantes d’une productivité accrue. Bien au contraire. Le gouvernement leur a versé près d’un milliard et demi de dollars en primes incitatives entre 2010 et 2015, et l’on est toujours incapable d’en mesurer l’impact sur les services. Ce qu’on sait, toutefois, c’est qu’il faut encore attendre de longs mois, quand ce ne sont pas des années, pour qu’un spécialiste daigne vous recevoir. Dans certaines spécialités, c’est carrément indécent. Et plus d’argent n’y changera rien. Que fait Québec, pourtant ? Il allonge un autre 105 millions en hausses salariales aux spécialistes. C’est trois fois plus que les 36 millions qu’on a fini par débloquer pour engager des préposés aux bénéficiaires qui donneront un deuxième bain par semaine en CHSLD.

Alors que 70 % des travailleurs québécois gagnent moins de 50 000 dollars par an, comment ne pas voir l’iniquité flagrante à vider leurs poches pour remplir celles des médecins spécialistes ? S’ils étaient autrefois sous-payés par rapport à leurs collègues du reste du Canada, ce n’est plus le cas aujourd’hui. L’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) a même suggéré de baisser le salaire des médecins québécois, estimant qu’ils étaient désormais trop payés. Certains spécialistes avouent être gênés de gagner autant. Dites-le à votre syndicat, alors ! C’est le moment de vous faire un peu de capital de sympathie.