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Je n'achèterai pas de lutins de Noël

Je n'achèterai pas de lutins de Noël

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Je vais faire un billet paresseux. Je n’irai même pas chercher d’où ça vient, ces lutins-là, ni trouver quand précisément c’est arrivé, ni pourquoi.

Je vais vous parler des sentiments que j’ai ressentis devant un étalage de lutins au magasin.

D’abord : l’urgence. Il faut que j’en achète un ou deux, que j’aille voir sur internet c’est quoi exactement la patente, que je sois une mère tripante, que les enfants aient l’impression qu’il y a de la magie dans la maison.

Tout de suite après : une claire absence de motivation pour cette idée. Si j’avais tripé fort sur les lutins dans mon enfance, avec une grande personne aimée qui m’aurait fait rêver, imaginer, capoter là-dessus, je ne dis pas. Mais là, rien de tout ça, je n’ai aucun rapport affectif aux lutins.

Mais bon, merde, la mode est définitivement là et mes enfants parlent de lutins et je sens qu’il faut, qu'il faut.

J’empoigne l'un des lutins assis sur une étagère à l’entrée du magasin. Je le taponne. Je le trouve laid, mais bon. J’en considère le prix. Je tourne et retourne l’objet, made in China évidemment. Mon regard se pose sur l’étagère pleine de ces objets fabriqués en série à l’autre bout du monde pour nos petits enfants nord-américains. Je remets le lutin sur l’étagère. Le lutin d’à côté a eu sa face de porcelaire écrapoutie puis ramanchée à la colle. Ma fille me dit : "oui maman prends-le j’aimerais ça en avoir un autre!", mais sans beaucoup d’espoir parce que je suis comme ma mère, je ne lui achète jamais rien, je repousse au maximum le moment où je devrai l'initier à cette drogue d’acheter sans cesse des objets inutiles pour ensuite s’en désintéresser et finalement les détester d’être là dans notre maison à nous rappeler l’absurdité de ce moment où nous avons décidé de les acheter. Comme pour toute autre drogue, je veux que mes enfants en soient tenus le plus loin possible, en tous cas, tant qu'ils n'auront pas la solidité psychologique nécessaire pour ne pas tomber dedans à pieds joints sans possibilité de retour.

Aaahrf. Pis non, de la marde, j’achète pas ça.

Si je veux créer de la magie, je n’ai pas besoin d’un guidi à 20$ qu’on ne saura plus où ranger après et qui va faire grossir le tas de bébelles qui surchargent déjà les garde-robe et racoins de l’appartement. Je n'ai qu'à inventer à mesure. Regarde, chérie, un lutin est passé et a mangé une toast!! Regarde, chérie, un lutin a fait un dessin avec tes crayons et il te l’a laissé sur la table.

Pourquoi faudrait-il faire apparaître la guedi à 20$ à la fin de l’exercice? Pourquoi ne pas laisser aux enfants le soin d’imaginer des créatures infiniment plus hots que ce pauvre objet made in China qui fait pitié à regarder? Les lutins sont passés, mes amours, ils ont laissé des traces, mais les vrais lutins, on ne les voit jamais. Comme la fée des dents, tiens.

Il existe autant de fées des dents que d’enfants, parce que chaque enfant l’imagine comme il veut avec toute la puissance de sa petite tête hyper-fertile.

Ceci dit, si ça vous fait triper, les lutins, c'est là votre meilleur argument pour embarquer dans la danse. Parce que trouver quelque chose tripant, c’est quand même vraiment pas pire, dans la vie. Ça fait que... pas de jugement, là.

Quant à moi, ça va en rester là.

À bas la culpabilité devant les étagères de lutins! Bon mois de décembre, tout le monde.