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La fin d'une époque chez les Giants

New York Giants v San Francisco 49ers
AFP

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Les Giants ont pris la décision de poursuivre leur saison sans Eli Manning au poste de quart-arrière. C'est Geno Smith, croyez-le ou non, qui prenddra le relais face aux Raiders, dimanche.

Il n'y a qu'une seule façon d'interpréter cette décision louche de la part des Giants. C'est la fin de l'ère Eli Manning à New York. Une ère qui a débuté en 2004 et lors de laquelle le numéro 10 a joué 210 matchs de suite, la deuxième plus longue séquence dans l'histoire chez les quarts-arrières après Brett Favre (297). Voici ce que ça vaut, donc, de donner son corps et son sang à une franchise, de contribuer à la couvrir de gloire avec deux titres du Super Bowl. D'ailleurs, Manning est l'un des cinq quarts-arrières dans l'histoire à avoir remporté à au moins deux reprises le titre de joueur le plus utile au Super Bowl, avec Tom Brady (4), Joe Montana (3), Terry Bradshaw (2) et Bart Starr (2).

Évidemment, un quart-arrière, comme tout autre joueur, ne peut s'asseoir sur ses exploits du passé et aspirer à une sécurité éternelle. Les postes de partants sont attribués au mérite et quand les choses cessent de tourner rondement, des décisions difficiles doivent être prises. D'accord, mais les déboires des Giants ne sont certainement pas de la faute de Manning cette saison. Les Giants ont 19 joueurs sur la liste des blessés. Les trois principaux receveurs de l'équipe, Odell Beckham Jr, Sterling Shepard et Brandon Marshall sont tous tombés au combat. Comme c'est devenu la tradition, le jeu au sol est une véritable farce. La ligne offensive n'est pas au niveau. Et que dire de la défensive, dont la liste de paye est infiniment plus éloquente que ce qu'elle rapporte sur le terrain cette saison?

Dans ce contexte, avec 14 passes de touchés et 7 interceptions, Eli Manning n'a pas fait le nécessaire pour recevoir des accolades, mais ce n'est pas lui non plus qui a coulé le club. La vérité, c'est que l'entraîneur-chef Ben McAdoo ne sait plus où donner de la tête. Depuis 27 matchs, les Giants n'ont pas inscrit 30 points une seule fois. À ce chapitre, seuls les Bears (34 matchs) et les Browns (38 matchs) ont fait pire, selon ESPN Stats & Info. Et durant ces mêmes 27 matchs, c'est justement McAdoo, un spécialiste de l'offensive, qui était à la barre de l'équipe. Sous sa férule, la saison en cours a été marquée par la controverse, les suspensions à l'interne de deux joueurs défensifs et différentes prises de bec. S'il est vrai que le rôle de Manning est de rendre les joueurs autour de lui meilleur à titre de quart-arrière, il ne peut tout de même pas faire de miracles dans un tel environnement sclérosé.

Selon l'annonce officielle des Giants, McAdoo a offert à Manning d'amorcer les derniers matchs de la saison pour maintenir sa séquence de départs artificiellement en vie. Une fois le match amorcé, il aurait ensuite refilé le ballon à Geno Smith et/ou Davis Webb. La honte, quoi! Manning, en fier vétéran, a bien fait de rejeter cette offre du revers de la main. On fait jouer un joueur et on lui fait confiance pas en y allant de demi-mesures pour préserver des apparences. Manning ne le dira probablement jamais, mais cette séquence d'homme de fer devait lui tenir à coeur. Pas de là à continuer juste pour continuer, toutefois.

Pourquoi Geno?

Ce qu'il y a de plus incompréhensible dans la décision des Giants, c'est qu'ils confient le ballon à Geno Smith plutôt qu'à Davis Webb. Dans le cas d'un changement de quart-arrière, une organisation décide habituellement de voir les jeunes qu'elle a sous la main afin de se décider à savoir si le développement en vaut la chandelle où s'il faut amorcer une nouvelle ère via le repêchage. Or, Smith est un vétéran de cinq saisons avec une fiche en carrière de 12-18, avec 28 touchés et 36 interceptions. Il n'a obtenu qu'un seul départ en trois ans, un match lors duquel les Jets lui vouaient une confiance si aveugle qu'il n'a tenté que huit passes... Avec les Jets, dans sa première vie, il n'a jamais été constant et fiable. Ses bourdes ont maintes fois scié les jambes de son équipe. Dans le meilleur des cas, il se ressaisira et connaîtra de bons moments pour démontrer qu'il peut encore servir de réserviste.

Si au moins les Giants avaient remis les clés à Webb, ils pourraient prétexter le besoin de voir à l'oeuvre le quart-arrière qu'ils ont eux-mêmes repêché en troisième ronde du dernier encan. À Texas Tech et Cal, Webb a toutefois été reconnu avant tout comme un quart-arrière de système qui n'a rien de professionnel, dont les passes franchissent plutôt rarement de longues distances. Mais peu importe, les Giants pourraient à la limite justifier leur décision ingrate à l'endroit de Manning en lançant leur jeune poulin dans la mêlée. Envoyer Smith à la place, c'est une double baffe au visage! Il est possible que les Giants ne donnent qu'un départ à Smith, tout en augmentant de manière significative les répétitions de Webb avec les partants à l'entraînement, pour mieux l'intégrer ensuite. Peut-être... N'empêche que dans tout ça, Manning mériterait définitivement davantage de considération qu'un simple quidam pour une organisation pour laquelle il s'est dévoué corps et âme depuis maintenant 13 ans. Et ce n'est pas comme si les options de premier plan pleuvent pour le remplacer.

La suite pour Manning

Pour Eli Manning, un avenir est-il possible chez les Giants? Je ne miserais pas cher là-dessus. Dans l'éventualité où les Giants décideraient de remercier Ben McAdoo et le directeur général Jerry Reese, peut-être que Manning pourrait demeurer en place. Les Giants ne sont toutefois pas reconnus pour y aller de changements expéditifs avec leur personnel et McAdoo n'en est qu'à sa deuxième saison. Et même si l'entraîneur est viré, Manning pourrait logiquement se sentir invité à aller voir ailleurs par le biais d'un échange ou s'il est libéré de son contrat encore valide pour deux ans.

Il y a fort à parier que Manning tentera de relancer sa carrière, même à un stade avancé, comme l'a fait son frère Peyton en passant des Colts aux Broncos. Eli Manning a 36 ans et ses belles années semblent derrière, mais avec une équipe bien construite prête à gagner maintenant, mais à la recherche d'un quart-arrière, il peut encore rendre de fiers services sans être la pièce maîtresse de l'attaque. Une réunion avec Tom Coughlin chez les Jaguars? Suivre les traces du frangin à Denver? Rester à New York, mais changer de vestiaire, avec les Jets? Un petit séjour à Buffalo? Que les rumeurs commencent!