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Un donateur sur cinq lié à la construction, dit Duchesneau

L’ex-chef de police s’est beaucoup intéressé au financement à l’ère de Jean Charest

Jacques Duchesneau
Photo d’archives Jacques Duchesneau

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La cagnotte de 62 millions $ amassée par le Parti libéral du Québec lors des huit premières années de l’ère Charest a été fournie en bonne partie par des ingénieurs et des entrepreneurs, calcule Jacques Duchesneau dans son fameux rapport confidentiel.

Ces firmes donnaient « en signe de reconnaissance » pour les contrats publics obtenus et « pour maintenir de bons liens avec le gouvernement », selon l’ex-chef de police.

Dans son rapport qui devait rester secret pendant 100 ans, dont des extraits ont été publiés hier par notre Bureau d’enquête, M. Duchesneau s’intéresse au financement des trois partis provinciaux majeurs, dont le Parti québécois et l’ADQ (maintenant la Coalition avenir Québec).

Mais il consacre une attention particulière au Parti libéral (PLQ). L’ex-policier montre un tableau des sommes amassées par la formation à partir de l’année où Jean Charest est devenu premier ministre, soit 2003.

« Les grands donateurs liés aux firmes de génie-conseil et aux entreprises du milieu de la construction ont démontré une belle stabilité d’appui à l’égard du Parti libéral, entre 2003 et 2009. Leurs dons, additionnés à ceux de tous les autres donateurs, ont permis de dégager des contributions qui, durant sept ans, ont oscillé autour de 8 M$ par année [voir le tableau] », peut-on lire dans le document.

« Ces grands donateurs ont eu une telle présence et importance qu’il nous a été possible de calculer qu’en 2008 et 2009, un grand donateur sur cinq [dons de 3000 $] du PLQ pouvait être considéré comme relié à l’industrie de la construction. C’est aussi considérable qu’inquiétant », poursuit l’enquêteur dans le document remis à la commission Charbonneau en 2012.

Prête-noms

Le rapport conclut que l’usage de prête-noms était répandu. « Sur les 9 millions $ ramassés par le Parti libéral en 2008, pas loin de 7 millions ont été cherchés comme ça, avec les prête-noms. Depuis que la loi a changé, ça doit être plus difficile, parce que c’est plus surveillé », affirme un ex-entrepreneur en construction dont Duchesneau préserve l’anonymat en lui donnant le nom de code OMERTA.

La contribution maximale annuelle que peut faire un électeur à un parti provincial est passée de 3000 à 1000 $ en 2010, puis à 100 $ en 2013.

« Gonflé à l’hélium »

Jean Charest a livré un discours fort médiatisé le week-end dernier à l’occasion du 150e anniversaire du Parti libéral du Québec.
Photo d’archives, ANNIE T. ROUSSEL
Jean Charest a livré un discours fort médiatisé le week-end dernier à l’occasion du 150e anniversaire du Parti libéral du Québec.

Conférencier-vedette le week-end dernier au congrès du PLQ, Jean Charest a blagué sur les reportages médiatiques à propos de l’enquête de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) dont il fait l’objet.

« C’est vraiment gonflé à l’hélium, on présente les affaires comme si c’était très grave », a-t-il affirmé lors d’une mêlée de presse.

L’ex-premier ministre, qui ne fait l’objet d’aucune accusation criminelle, a rappelé que « tout le monde jouit de la présomption d’innocence ». Il a mis fin à sa rencontre avec les journalistes lorsqu’une question concernant ses liens avec l’ex-argentier libéral Marc Bibeau lui a été posée.

Jacques Duchesneau n’a pas retourné l’appel de notre Bureau d’enquête, hier.

Dons au PLQ

2003 : 8 369 876 $

2004 : 8 848 021 $

2005 : 8 203 464 $

2006 : 8 351 270 $

2007 : 7 153 290 $

2008 : 9 262 672 $

2009 : 7 176 851 $

2010 : 4 916 788 $

Total  : 62 282 232 $

Source : Rapport de Jacques Duchesneau

Lu dans le rapport

« Une très large part de l’argent recueilli par les partis politiques provinciaux depuis 10 ans est de l’argent “invisible” et non comptabilisé officiellement, qui aurait été versé par le génie-conseil. »

« Nous sommes fortement convaincus que certaines entreprises versent des contributions “par la porte d’en arrière”, c’est-à-dire de façon secrète et illégale au moyen d’enveloppes d’argent comptant, de dessous-de-table et de valises opportunes. »

« En 2008 et 2009, un grand donateur sur cinq (dons de 3000 $) du Parti libéral pouvait être considéré comme relié à l’industrie de la construction. C’est aussi considérable qu’inquiétant. »

– Jacques Duchesneau

« Avant que le DGE [directeur général des élections] ne change la loi, les prête-noms marchaient fort. Les gens donnaient sous pression. La logique était que si on faisait un don de 3000 $ et qu’on recevait un contrat de 100 000 $ en échange, ça valait la peine. »

– Témoin à l’identité protégée