/news/society
Navigation

90 policiers pour détecter le pot au volant

Certaines régions du Québec ne comportent pas d’agent formé pour évaluer les capacités des conducteurs

Alcool drogue
Courtoisie Dans la nuit du 16 au 17 novembre dernier, la police de Longueuil a mené une opération contre l’alcool et les drogues au volant. Cinq conducteurs ont été arrêtés sur les 387 véhicules interceptés.

Coup d'oeil sur cet article

À sept mois de la légalisation du cannabis, seulement 90 des 15 000 agents de police québécois sont en mesure de détecter les conducteurs qui ont consommé de la drogue. Et leur répartition sur le territoire est très inégale.

Dans le nord du Québec, soit le tiers du territoire, il n’y a aucun agent formé pour évaluer les facultés d’une personne sous l’influence de la drogue, révèle une compilation effectuée par notre Bureau d’enquête auprès de tous les corps de police de la province.

Cette situation est particulièrement préoccupante, car la consommation de cannabis est à la hausse dans le nord, explique le chef de police de Kativik Michel Martin. « La situation va juste s’aggraver avec la légalisation. »

La répartition est aussi inégale ailleurs au Québec. À Laval, il y a deux agents évaluateurs pour une population de plus de 400 000 personnes. Mais Longueuil, dont la taille de l’agglomération et du service de police est similaire, en compte cinq.

À Sherbrooke, on compte un seul agent pour 160 000 résidents (voir carte).

« Ce gars a des congés, il n’est pas toujours sur appel. Je ne sais pas comment ils font », se questionne le président de la Fédération des policiers municipaux du Québec, Robin Côté, qui croit que le nombre d’agents est « clairement insuffisant ».

Son organisation a dénoncé dernièrement le fait que les services de police ne seront pas prêts pour la légalisation du pot en juillet 2018.

Plusieurs services n’ont tout simplement pas les moyens de s’offrir la formation à 7000 $ par policier. M. Côté compte aborder ce problème avec le ministère de la Sécurité publique (MSP) au cours des prochaines semaines.

« Le ministère doit s’arranger pour former plus d’agents. Les services n’ont pas ça dans leur budget », insiste-t-il.

Le MSP affirme qu’il revient aux services de police de veiller à la formation de leurs agents. « C’est à eux de déterminer les ressources qu’ils lui allouent », explique le porte-parole du ministère, Olivier Cantin.

Moins d’interventions

La police de Laval estime avoir suffisamment d’agents, mais confirme avoir fait une demande pour pouvoir en former d’autres d’ici juillet.

Ses policiers ont réalisé deux fois moins d’interventions pour des facultés affaiblies par la drogue que ceux de Longueuil, en 2016, soit 19 contre 42.

« Nous estimons qu’un minimum de deux agents supplémentaires sera nécessaire après l’entrée en vigueur de la nouvelle législation », dit la porte-parole de la police de Laval Évelyne Boudreau.

Parmi les corps policiers complètement dépourvus d’agents d’évaluateurs, on compte celui du Nunavik, de Châteauguay, de la MRC des Collines, ainsi que les services de police autochtones comme celui de Mashteuiatsh. À Châteauguay et dans la MRC des Collines, on espère avoir deux experts pour leur service respectif d’ici la légalisation.

Les municipalités peuvent faire appel à la Sûreté du Québec qui compte 31 agents évaluateurs pour toute la province, précise le porte-parole Hugo Fournier. Il n’a toutefois pas pu révéler la répartition par région. En juillet, la SQ aura 16 agents de plus.

Nombre d’agents évaluateurs / nombre total de policiers

Montréal (SPVM) 10/4846

Sûreté du Québec 31/5525

Nunavik: 0/70

Eeyou Eenou (Baie-James): 0/75

Mascouche: 1/55

Laval: 2/565

Terrebonne: 1/150

Blainville: 2/76

Thérèse-de-Blainville: 1/132

L’Assomption: 2/35

Trois-Rivières: 2/186

Mont-Tremblant: 1/35

Saint-Jérôme: 2/130

Mashteuiatsh: 0/16

Saguenay: 2/225

MRC des Collines: 0/78

Mirabel: 1/69

Deux-Montagnes: 1/56

Saint-Eustache: 1/60

Gatineau: 5/450

Mercier: 0/19

Châteauguay: 0/120

Roussillon: 1/157

Saint-Jean-sur-Richelieu: 1/106

Richelieu-Saint-Laurent: 2/249

Longueuil: 5/656

Bromont: 1/27

Memphrémagog: 1/50

Sherbrooke: 1/220

Granby: 1/100

Repentigny: 2/125

Thetford Mines: 1/34

Lévis: 1/196

Québec: 8/809

Tous les services de police ont accepté de révéler le nombre d’agents évaluateurs lorsque contactés par Le Journal sauf Mercier et Thérèse-de-Blainville. Mais selon nos informations, Mercier n’en compte aucun et le second, un seul.

Comment détecter de la drogue

  • Un patrouilleur formé peut faire passer les épreuves de coordination de mouvements (marcher sur une ligne, par exemple)
  • S’il a des motifs de croire que le conducteur a les capacités affaiblies, il l’amène au poste
  • Un agent évaluateur fera alors une évaluation en reconnaissance de drogues. Au terme de l’évaluation, il peut ordonner un prélèvement d’urine qu’il envoie au Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale
  • Si les projets de loi d’Ottawa et Québec sont adoptés, les policiers pourront utiliser un appareil de détection salivaire au moment de faire les tests de coordination

Difficile d’en former plus

L’École nationale de police ne pourra former plus de 36 agents évaluateurs d’ici juillet. « On est au maximum de notre capacité organisationnelle pour 2017-2018 », souligne le directeur des communications, Pierre St-Antoine.

La formation se fait en deux temps, soit un cours théorique de 80 heures à 3000 $, suivi d’une formation pratique de 40 heures à 4000 $.

Aux États-Unis, les agents s’entraînent avec des détenus de prison intoxiqués. Depuis deux ans, l’École nationale a conclu une entente avec un centre de réadaptation en dépendance de Montréal.

« On a énormément de difficultés à trouver un nombre suffisant de personnes intoxiquées », explique M. St-Antoine. L’institution a donc aussi recours à des comédiens. Elle est à la recherche d’autres partenariats avec des centres de dépendance.