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Ce que François Legault ne dit pas

POL-CONSEIL GÉNÉRAL DE LA CAQ
Photo Agence QMI, Audré Kieffer

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La Coalition Avenir Québec fait parler d’elle depuis la fin de semaine. Pour son chef, François Legault, les Québécois devraient faire plus d’enfants. Pour procéder, la CAQ entend favoriser un allégement fiscal pour les familles voulant avoir un deuxième ou un troisième bébé. La promesse risque de faire mouche sur le plan politique, car l’image d’une baisse d’impôt de 1000 dollars a de quoi marquer les esprits.

Ce n’est pas la première fois qu’une politique de ce genre est mise en place. En 1988, le gouvernement de Robert Bourassa a instauré les « bébé-bonus ». Il s’agissait d’offrir 500 dollars à la naissance du premier enfant, 1000 dollars au deuxième, et 8000 dollars au troisième. En 1997, le gouvernement de Lucien Bouchard a aboli cette pratique pour mettre en place le réseau des CPE.

On saluera le fait que la CAQ (re)lance le débat sur la natalité. Depuis les années 1960, et malgré le baby-boom, le Québec est devenu l’un des États où le taux de natalité est parmi les plus faibles au monde. Il ne faudrait pas y voir une manifestation de xénophobie visant à repeupler le Canada français face à l’immigration : les premiers à profiter de la proposition de Legault seraient vraisemblablement les communautés issues de l’immigration, qui ont l’habitude de faire beaucoup d’enfants.

L’objectif de favoriser une hausse de la natalité au Québec est fort louable. Pour les moyens, on repassera.

Il existe principalement deux types de politiques pour favoriser les naissances. Une politique dite « nataliste », dans laquelle s’inscrit François Legault, et une politique dite « familialiste ». Dans le premier cas, il s’agit d’une incitation directe à enfanter, par des déductions d’impôts ou par des promesses de chèques. Dans le second cas, il s’agit plutôt d’agir sur le portrait global et de favoriser une plus grande réconciliation travail-famille. Or, les résultats des politiques familialistes –comme les congés parentaux et les garderies- sont beaucoup plus probants que ceux des politiques natalistes, en plus de favoriser une meilleure qualité de vie pour les parents.

Les études sur la fécondité en occident montrent que les politiques familiales réduisent les coûts économiques et sociaux auxquels font face les parents. Les mères parviennent ainsi également à rester plus facilement sur le marché du travail tout en élevant leur famille. À l’inverse, les politiques natalistes, dans le genre de ce que la CAQ propose, ont davantage un impact sur le calendrier des naissances que sur leur nombre. Cela signifie que les parents s’empressent de faire des bébés plus tôt qu’ils ne l’auraient voulu au départ, de par la crainte que ces politiques ne soient que temporaires. Autrement dit, on a toujours l’impression qu’un CPE sera là plus longtemps qu’un allègement fiscal qui pourrait être aboli du jour au lendemain. À l’inverse, l’absence de politiques familiales dignes de ce nom dissuaderait les femmes de se reproduire de par la peur de ne pas pouvoir concilier leur vie familiale avec leur travail. Il est aussi clair que, de tous les facteurs incitatifs, c’est l’assurance d’avoir un service de garde disponible qui présente le plus grand impact. 

Bien entendu, François Legault ne le dira jamais, car celui reviendrait à reconnaître les vertus de l’État social...