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C’est plus fort que lui

Donald Trump a fait lundi une allusion à Pocahontas, surnom dont il a affublé la démocrate Elizabeth Warren, en recevant des anciens combattants amérindiens.
Photo AFP Donald Trump a fait lundi une allusion à Pocahontas, surnom dont il a affublé la démocrate Elizabeth Warren, en recevant des anciens combattants amérindiens.

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C’est dommage que les caméras soient interdites dans les couloirs de la West Wing. Dommage parce qu’il faut voir pour y croire. Voir, comme je l’ai fait tous les jours cette semaine, les membres de l’équipe de presse de la Maison-Blanche se courir d’un bureau à l’autre ou être crampés dans leur chaise, nous répondant qu’ils ne peuvent vraiment pas s’occuper de nous. « Something just came up. »

Sarah Huckabee Sanders, la secrétaire de presse du président Trump, m’inspire presque autant de sympathie que d’agacement. Elle traite les journalistes qui l’interrogent avec une arrogance d’autant plus mal placée que nous savons souvent très bien que la vraie réponse, elle ne la connaît pas.

Fréquemment aussi, elle affiche un « smirk », une sorte de petit sourire satisfait, comme si elle s’adressait à nous, chiens aux abois, d’une position moralement supérieure. Moyen de défense peut-être ; me semble plutôt y voir une déformation familiale, héritée de son pasteur de père.

Tel père, telle fille

Mike Huckabee, preacher baptiste, a tenté deux fois sa chance comme candidat à la présidence. Je l’ai suivi en 2008, lorsque John McCain l’avait battu pour l’investiture républicaine, puis l’année dernière, lorsque sa campagne a rapidement foiré. Un homme spontanément aimable qui cache, derrière sa bonhomie, un donneur de leçon au cube.

Sarah a certainement fait honneur à son père lundi de la semaine dernière, tout juste avant la Thanksgiving. Dans une extrapolation fantasque de l’esprit de l’Action de grâce, elle a exigé que les correspondants commencent leur question, en indiquant d’abord ce en quoi ils étaient reconnaissants. Pris au dépourvu, mes collègues s’y sont pliés tant bien que mal, mais hier encore, j’en entendais rager contre cette humiliation.

Difficile d’avoir de la pitié pour cette championne des demi-réponses, des faux-fuyants et des contre-vérités. Pourtant, j’ai de temps à autre des « pop-ups » de compassion. Prenez avant-hier, lorsque sans broncher, elle a défendu son patron qui venait de lancer un cliché, une insulte raciste à l’égard des Amérindiens en pleine cérémonie en hommage à d’anciens combattants... amérindiens.

Insulteur en-chef

Donald Trump aime distribuer des surnoms, c’est connu. Surtout à ses adversaires. Et généralement méchants. La sénatrice démocrate du Massachusetts, Elizabeth Warren, fait partie de ses victimes. Elle a évoqué, un jour, de vagues origines amérindiennes chez ses ancêtres, sans jamais les prouver.

Trump, depuis, se plaît à l’appeler Pocahontas, du nom de cette jeune Amérindienne des débuts de la colonisation, dont la vie a été romancée par Disney, entre autres. De très nombreux Américains grimacent chaque fois qu’ils entendent leur président utiliser un tel stéréotype pour la décrire.

Sa porte-parole, lundi, s’est évertuée à répéter qu’il ne s’agissait pas d’une insulte raciale, que ce n’était pas l’intention du président. Les journalistes continuaient d’avoir des doutes, jusqu’à ce que Kristen Welker, correspondante de NBC News, finisse par demander : « Dans quel contexte est-il approprié pour le président d’utiliser une insulte raciale ? »

Cette fois-là, c’est Sarah Sanders qui a fait la grimace : « Je ne crois pas qu’il soit approprié pour lui ou quelqu’un d’autre d’émettre une insulte raciale. » Elle-même a dû admettre qu’il y a des limites, même pour un président qui ne les respecte pas.

Donald Trump ne peut pas prendre sur lui : Hillary Clinton ? Malhonnête ! Les médias ? Corrompus ! Les démocrates ? Mous ! Ses adversaires ? Des menteurs ! Kim Jong-un ? Petit et gros ! Imaginez avoir à nettoyer derrière lui.