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Nilan sait ce que vit Ribeiro

«Tout entrera dans l’ordre s’il accepte qui il est et s’il veut vivre chaque jour de sa vie sans alcool ou drogue»

Chris Nilan
photo d’archives, martin chevalier Animateur au micro de TSN 690, Chris Nilan a vécu une forte dépendance aux médicaments avant de demander de l’aide. L’ancien dur à cuire du Canadien sait ce que traverse Mike Ribeiro par les temps qui courent.

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Mike Ribeiro a réintégré le programme de substances et de santé comportementale offert par la Ligue nationale de hockey et l’Association des joueurs. La reprise de ses traitements survient un mois après qu’il eut été arrêté pour intrusion de propriété en Floride. L’histoire dit qu’il n’était pas intoxiqué au moment des faits, mais son combat contre l’alcool n’est pas un secret.

Chris Nilan ne connaît pas Ribeiro personnellement, mais il sait très bien ce qu’il vit.

L’ancien redresseur de torts du Canadien est devenu accro aux médicaments qu’il prenait pour apaiser la douleur résultant des blessures subies dans l’exercice de ses dures fonctions pendant sa carrière de 13 saisons dans la LNH.

S’en sont suivis des épisodes de surconsommation d’alcool et de médicaments qui l’ont mené au fond de l’abîme. Son mariage n’a pas résisté. Il a fait des choses qu’il ne se rappelait plus le lendemain.

Nilan dit dans son autobiographie n’avoir jamais songé à s’enlever la vie, mais il n’en a pas moins flirté avec la mort. Derek Boogaard est décédé d’une surdose d’oxycodone, médicament contre la douleur.

Nilan a fait les efforts pour remonter la pente, mais la bataille se poursuit. Il se sent bien physiquement et mentalement, mais il doit bien faire attention de ne pas rechuter.

Le risque sera toujours présent.

Accepter qui il est

L’histoire de Ribeiro interpelle Nilan.

« Je sais ce qu’il ressent », dit-il.

« C’est bien qu’il soit allé chercher de l’aide. Tout entrera graduellement dans l’ordre s’il accepte qui il est et s’il veut vivre chaque jour de sa vie sans alcool ou drogue. Ce n’est pas facile à faire. »

Là-dessus, Nilan y va d’un message aux gens qui portent des jugements sur les victimes de ce fléau.

« Bien des gens croient qu’on a seulement à se dire d’arrêter pour s’en sortir, mais ça ne fonctionne pas comme ça », reprend-il.

« Ils pensent que c’est une question de faiblesse morale. Encore là, ça n’a rien à voir. Une fois que l’on devient accro à l’alcool, aux drogues ou aux médicaments, il faut demander de l’aide. Après la phase de désintoxication, on doit travailler sur notre mental. C’est une chose que l’on fait à chaque jour qui passe pour le restant de nos jours.

« Ça fait partie de ma vie, mais je me sens tellement mieux depuis que je suis passé à travers. »

Mike Ribeiro
photo d’archives, pierre-paul poulin
Mike Ribeiro

Il doit rester où il est

Nilan n’use pas d’un ton paternaliste en parlant du cas de Ribeiro. Il ne fait pas dans la fioriture non plus. Il dit les choses comme elles le sont et comme l’homme qu’il est.

« Une chose que je peux dire à Mike, c’est de rester là où il est en ce moment », continue-t-il.

« La plupart des joueurs de hockey ne demandent pas de l’aide. Ça fait partie de notre mentalité qui consiste à soutenir davantage nos coéquipiers que nous-mêmes. On grandit dans cet environnement à partir du moment où on fait partie d’une équipe. »

Reconnaître le problème

Comme c’est souvent le cas, Nilan ne reconnaissait pas qu’il avait un problème.

Un jour de décembre 2000, son ancien coéquipier Bob Gainey, sachant qu’il ne se portait pas bien, l’a appelé pour lui dire d’appeler Dan Cronin, qui était la personne responsable du programme de réadaptation de la LNH et de l’AJLNH.

Nilan l’a remercié pour sa sollicitude, mais il lui a dit que tout allait bien. En mars 2001, il a communiqué avec Gainey pour lui avouer que sa vie était devenue un merdier et qu’il avait besoin d’aide.

« Je ne savais pas comment m’en sortir, j’ignorais en quoi consistaient les traitements », relate-t-il.

« Les bienfaits se sont fait sentir pendant environ trois ans. Puis j’ai recommencé à boire. Je ne faisais pas ce que je devais faire. Je suis retourné en cure en 2009. »

Un rôle de conseiller lui plairait

Nilan a vécu deux ans en Oregon, où il a rencontré sa bouée de sauvetage, Jamie Holtz, femme native d’Hawaii, avec laquelle il vit à Montréal depuis 2011. Il a trouvé la sérénité et la joie de vivre.

On peut l’entendre en semaine à la radio de TSN 690. Il prononce des conférences sur les dangers de l’alcool et de la drogue dans les écoles.

Un rôle de conseiller dans le programme de réadaptation de la LNH et de l’AJLNH lui plairait bien.

Il a étudié dans ce but tout ce qu’il y a à savoir sur le problème après son premier séjour en maison de traitements au début des années 2000. Il a passé un examen qu’il a malheureusement coulé par deux petits points.

Il pourrait toujours se soumettre à un autre examen, mais on peut se demander si ce serait vraiment nécessaire avec son bagage d’expérience.

L’après-hockey de la LNH aurait besoin d’hommes comme lui.

La peur de la retraite

Selon ce qu’en pense son agent de longue date Bob Perno, Mike Ribeiro appréhendait grandement la fin de sa carrière dans le hockey. Cette affirmation ne surprend pas Chris Nilan.

« Tous les joueurs de hockey, peu importe combien d’argent ils ont gagné, craignent ce jour », affirme-t-il.

« On sait que ça va se produire un jour, mais on se bat pour ne pas y penser. On a beau savoir qu’on n’y échappera pas, on ressent un choc quand ça survient.

« On se pose beaucoup de questions. On se demande ce qu’on va faire, si on va être capable de se trouver un travail et d’exceller dans un domaine autre que dans celui on a passé toute notre vie jusque-là. On se demande si on va vivre heureux sans hockey.

« Pour certains joueurs, cette transition paraît excitante et intéressante, mais c’est un défi pour d’autres.

« L’aspect le plus difficile n’est pas tant l’absence de la compétition que la perte de la camaraderie qui règne dans une équipe. C’est comme une famille.

« On retrouve évidemment cette ambiance à la maison, mais l’ambiance dans laquelle on trempe en tant que joueur de hockey nous manque. »

Pas fait pour les assurances

Nilan a disputé son dernier match dans la Ligue nationale en 1992. À son grand bonheur, il s’est retiré comme membre du Canadien, qui l’avait rapatrié à Montréal en le réclamant au ballottage des Bruins de Boston.

Il s’est joint ensuite à la compagnie d’assurances John Hancock, où il a travaillé comme consultant aux relations communautaires. Il ne cache pas qu’il a détesté ces trois années.

En 1995, il a retrouvé le sourire lorsque Jacques Lemaire lui a fait une place au sein de son personnel d’entraîneurs adjoints avec les Devils du New Jersey. Lemaire l’avait aidé grandement à s’améliorer quand il est devenu lui-même entraîneur adjoint avec le Canadien avant de succéder à Bob Berry comme entraîneur en chef.

Nilan a connu ses meilleurs moments sous la direction de Lemaire, qui l’utilisait au sein de son trio défensif aux côtés de Bob Gainey et Guy Carbonneau.

Après une saison au New Jersey, Nilan est devenu entraîneur en chef des Icebreakers de Chesapeake, méritant le titre d’entraîneur de l’année de la East Coast League à sa première année. Il n’a toutefois pas suivi lors de son déménagement dans le Mississippi l’année suivante.