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Le New York Times aura son correspondant à Montréal

Le Québécois Dan Bilefsky rentre au bercail après près de 30 ans à l’étranger

Après 28 ans à l’étranger, le journaliste montréalais Dan Bilefsky va poser sa machine à écrire dans la métropole pour le New York Times.
Photo Courtoisie, Oscar Ortega Après 28 ans à l’étranger, le journaliste montréalais Dan Bilefsky va poser sa machine à écrire dans la métropole pour le New York Times.

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Pour la première fois en plus de 70 ans, le prestigieux New York Times aura un journaliste à Montréal, qui parlera autant de politique et de langue française que de Xavier Dolan et de bagels.

« J’étais un grand nerd au secondaire, toujours en train d’étudier [...] donc je reviens à Montréal avec un sens de l’aventure. C’est l’opportunité de découvrir mon pays et ma province », se réjouit Dan Bilefsky au téléphone, rejoint à Londres à sa dernière journée de travail à l’étranger, dans un français à peine cassé.

Après avoir travaillé à Paris, Bruxelles et Prague, entre autres, il sera dès lundi correspondant à Montréal pour le plus grand quotidien des États-Unis, le New York Times, le premier dans la Belle Province depuis 1940.

L’annonce a d’ailleurs été faite en français, quelques jours seulement après l’affaire Adidas, quand le gérant montréalais d’une nouvelle boutique n’a prononcé que quelques mots en français.

Dan Bilefsky a traversé l’Europe pour y couvrir des élections, la montée du nationalisme et des attentats terroristes. Il publiera aussi sous peu un livre sur des voleurs de diamants aînés de Londres.

Celui qui se décrit comme « le fils qui a fui » rentre au bercail, où vit encore toute sa famille. Son père, dit-il, est un néphrologue (spécialiste des reins) de 81 ans, qui pratique toujours. Sa sœur travaille dans les affaires.

Il est né à Montréal dans les années 1970 et a grandi dans le quartier Snowdon. Mais une fois ses études secondaires terminées, il est parti à la conquête du « rêve américain » en allant à l’université à Philadelphie, aux États-Unis. Il a ensuite étudié à Oxford, en Grande-Bretagne.

Montréal différent

Parti depuis 1989, M. Bilefsky n’est revenu que quelques fois à Montréal, mais il trépigne d’impatience à l’idée de retrouver la métropole, qui a beaucoup changé selon lui.

Il se rappelle avoir grandi dans un « climat social chargé », à l’époque des référendums. Il voit la jeune génération de Québécois plus confiante, une génération bilingue aux ambitions mondiales, explique le journaliste.

Il compte certainement s’intéresser aux questions identitaires, alors que la Catalogne en Espagne ou l’Écosse au Royaume-Uni parlent aussi de souveraineté.

Arrière-petit-fils d’un immigrant de l’Europe de l’Est, il entend aussi se pencher sur les politiques d’immigration. Le pays, dit-il, est un modèle progressif et il veut explorer comment cela se vit sur place.

M. Bilefsky parle d’ailleurs avec fierté de son arrière-grand-père venu à Montréal il y a plus d’un siècle comme marchand de fruits ambulant ou de la façon que son bisaïeul aux cheveux roux et à l’allure modeste a réussi à séduire une jolie et fière Québécoise dans une cour d’école, en lui lançant un bout de craie pour attirer son attention.

Un foodie

Ce foodie compte également faire rayonner la gastronomie montréalaise. Au-delà des bagels et du smoked meat qui font sa renommée, Montréal est une véritable « capitale de la nourriture », dit-il.

Mordu de culture, il veut aussi faire découvrir le vedettariat québécois aux lecteurs du New York Times. « Tout le monde connaît Céline [Dion], mais il y a d’autres artistes super intéressants et inconnus dès qu’on se rend en Ontario », souligne M. Bilefsky.

Il aime notamment les films de Xavier Dolan et écouter les rappers québécois.

Le plus gros marché hors des États-Unis

Le Canada est le plus gros marché hors des États-Unis pour le New York Times, qui connaît une forte croissance chez nous depuis un an.

« Nous avons 62 % de plus d’abonnés canadiens depuis un an. [...] Les Canadiens font partie de la croissance que nous observons », explique Jodi Roduren, la directrice de la rédaction de NYT Global, la branche mondiale du quotidien américain.

Elle refuse toutefois de chiffrer précisément le nombre d’abonnés. Elle souligne cependant que le New York Times a 3,5 millions d’abonnés, dont 2,5 millions uniquement sur le web, et que 14 % de ces abonnés sont situés à l’extérieur des États-Unis.

Mme Roduren mentionne que son quotidien veut devenir une référence mondiale et que l’intérêt pour le Canada n’est pas seulement une question de marketing.

L’effet Trudeau

Selon le journaliste Dan Bifelsky, l’intérêt du New York Times pour le Canada n’est pas non plus étranger à l’arrivée au pouvoir de Justin Trudeau et celle de Donald Trump à la Maison-Blanche.

« C’est un moment important pour le Canada, avec un premier ministre qui est très populaire [partout dans le monde]. Le pays est devenu un modèle de libéralisme et de progressisme dans le monde », explique-t-il, ajoutant que l’image contraste avec celle des États-Unis de Donald Trump.

L’arrivée de Dan Bilefsky fait de lui le premier correspondant à Montréal depuis la courte période de 1937 à 1940 durant laquelle le quotidien avait un bureau dans la métropole québécoise, fort probablement parce que c’est là que le journaliste avait choisi de vivre et de travailler à l’époque, selon Mme Roduren.

Équipe de quatre

Il se joint ainsi à l’équipe canadienne, qui compte un correspondant à Ottawa, une correspondante à Toronto et un autre journaliste basé à New York, qui surveille le pays de loin.

Même si le quotidien flirtait avec l’idée d’avoir un journaliste à Vancouver, Montréal est devenu une « évidence », selon Jodi Roduren, une fois que M. Bilefsky a été choisi, puisqu’il est montréalais et bilingue.

Même s’il sera basé à Montréal et qu’il compte suivre de près la politique québécoise, Dan Bilefsky soutient qu’il reste correspondant pour tout le pays et qu’il a de bonnes chances de voyager d’un océan à l’autre.