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«Soft» avec les docteurs et «tough» avec les travailleurs municipaux

«Soft» avec les docteurs et «tough» avec les travailleurs municipaux
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La dureté à géométrie variable des politiciens

Vous le savez comme moi que les libéraux – pensons ici à Martin Coiteux, Gaétan Barrette, François Blais, Lise Thériault et Monique Jérôme-Forget - sont très courageux pour s’attaquer aux travailleurs, au monde ordinaire et à leurs services publics. En revanche, ils sont très doux, pour ne pas dire complaisants et même complices, avec les tout-puissants aux grosses poches qui vivent confortablement dans leur bulle et pour qui les problèmes vécus par la classe moyenne sont très théoriques et ne sont qu’une vue de l’esprit.

 

Les riches et les politiciens ne vivent pas dans le même monde que la populace. Ils envoient leurs enfants dans des garderies et des écoles privées très subventionnées par la plèbe; ils se font soigner dans des cliniques privées défrayées en partie par des fonds publics; ils n’habitent surtout pas les mêmes quartiers; ils ne vont pas du tout aux mêmes endroits pour leurs vacances et ont un accès direct et privilégié aux élus.

 

Mon parti, c’est le payeur de taxes

Sans le vouloir, Philippe Couillard est très drôle, comme quand il a dit : «Pacte fiscal (avec les villes) : "Mon seul parti pris, c’est le payeur de taxes"» (Radio-Canada, 12 mai 2016). En fait, ça dépend pour Philippe de quel type de payeurs de taxes il s’agit.

 

Tiens, pour les bonzes qui ont des gros cochons plein de bidous, là, il faut lui reconnaître sa grande sensibilité et sa compassion humaine comme quand il a décrété, avec l’argent encaissé grâce aux effets «bénéfiques» des mesures d’austérité, un beau geste humaniste afin de soulager le payeur de taxes : «Une baisse d’impôt pour les dirigeants d’entreprises» et aussi : «Une baisse d’impôt pour les plus riches décriée par l’opposition» (La Presse et Le Journal de Montréal, 21 février 2017). Très beau geste de solidarité du PLQ, un autre.

Quant aux autres payeurs de taxes issus du monde ordinaire, le PLQ et Couillard n’en ont rien à cirer et leur souci à leur égard est qu’ils doivent payer plus de taxes, ce qui ne les fera pas mourir comme dans : «Les coupes ont touché les plus vulnérables, admet Couillard» (Le Devoir, 23 septembre 2015). Bah, les plus vulnérables votent peu pour le PLQ, n’ont pas d’argent pour les financer et n’ont pas de compagnies pour les embaucher comme consultants et lobbyistes. Tout de même renversant que le premier ministre admette lui-même que ses mesures d’austérité ont affecté les plus vulnérables de la société, eux qui avaient déjà pas grand-chose.

Si monsieur Couillard dit vrai quand il affirme que son seul parti pris c’est le payeur de taxes, il a pourtant affirmé ce qui suit : «Québec (PLQ) admet que nous avons moins d’argent dans nos poches»»? (Le Journal de Québec, 30 mai 2015). Si vous comprenez sa logique, auriez-vous l’amabilité de me l’expliquer? Moi, je dirais qu’avec les politiques du PLQ, la majorité en a moins dans ses poches et une certaine minorité beaucoup plus, comme les médecins et les dirigeants et propriétaires d’entreprises.

 

Les travailleurs syndiqués gagnent toujours trop

Tout de même bizarre, le patronat et sa suite d’experts universitaires nous répètent tout le temps que les employés municipaux, des garderies publiques, de la SAQ et d’Hydro-Québec gagnent des salaires «astronomiques» et «scandaleux» par rapport aux autres. Pour faire de telles affirmations réductionnistes, ils comparent toujours les salaires de ces travailleurs issus du public avec d’autres qui sont au bas de l’échelle comme des employés de McDo’s, de Walmart, des pigistes, etc. C’est la comparaison et la normalisation vers le bas. Mais quand vient le temps de parler du salaire des patrons et des médecins, alors là, ces mêmes spécialistes de bonne compagnie nous disent effrontément qu’ils ne gagnent pas tant que ça et sont même sous-payés, en les comparant cette fois avec des gens qui gagnent plus qu’eux comme des artistes, des athlètes sportifs, des toubibs et des boss aux States, etc.

 

 

Libérer les villes

Vraiment ridicule, quand Couillard a voté une loi pour donner plus de pouvoir aux villes afin qu’elles réduisent le salaire de leurs employés. Couillard a réitéré ces propos : «Le PLQ va bel et bien rééquilibrer le rapport de force qui s’exerce en matière de relations de travail dans les municipalités afin qu’elles aient plus de pouvoir face à leurs employés municipaux» (Radio-Canada, 12 mai 2016). Pourquoi Couillard n’a-t-il pas «rééquilibré» le rapport de force entre son gouvernement et les médecins? Et avec les compagnies pharmaceutiques? Et pourquoi ne pas donner plus de pouvoir au monde ordinaire face aux pétrolières et aux banques? C’est facile de jouer les gros bras avec les travailleurs ordinaires. Et voilà que les chroniqueurs de La Presse, ces preux chevaliers défenseurs des tsars économiques opprimés par les gueux, comme Francis Vailles, qui a écrit le 28 septembre 2015 : «La révolution qui cassera les salaires municipaux». La même journée, Alain Dubuc d’écrire : «La révolution municipale». Pour eux, le PLQ, des «révolutionnaires». Des révolutionnaires qui s’en prennent aux travailleurs ordinaires. Allô révolutionnaires. Et des révolutionnaires qui donnent plein de notre argent aux médecins, aux dirigeants d’entreprises et à des compagnies comme Bombardier et Cimenterie McInnis. On n’a plus les révolutionnaires qu’on avait, hein!

 

 

Les payeurs de taxes doivent honorer les docteurs

Donner moins à certains et plus à d’autres qui vivent grassement à même l’argent pris directement dans les poches du monde ordinaire comme les médecins : «Les médecins québécois (23 000) ont gagné 7.7 milliards$ l’an passé (2016). Le revenu des spécialistes a bondi de pas moins de 46% en quatre années» (Le Journal de Montréal, 29 septembre 2017). Dans ces cas, monsieur Couillard et les autres libéraux, où leur parti pris pour les payeurs de taxes? Où est leur courage pour rééquilibrer le rapport de force?

 

Bande de lâches, va! «La vérificatrice générale découvre un dépassement de 800 millions de dollars en faveur des médecins.» (Le Devoir, 28 novembre 2015). Réponse du «révolutionnaire» Philippe Couillard : «Salaires. Québec (PLQ) ne demandera pas aux médecins de rembourser» (Le Devoir, 30 novembre 2015). Que dire de celle-ci : «Québec (PLQ) laxiste avec les médecins. Le gouvernement ne contrôle pas assez leur facturation, selon la vérificatrice générale» (La Presse, 28 novembre 2015). Bah, ça toujours été comme ça : bar ouvert pour les médecins et les compagnies et mesures d’austérité pour les autres. Les docteurs peuvent s’incorporer, mais pas les commis d’État. Autre petite faveur qui fait que : «Les médecins privent le fisc de 150M$ (l’an)» (Le Journal de Montréal, 26 février 2014). Quels payeurs de taxes vont payer pour cette largesse, monsieur Couillard? Et le mot pour rire : «Rémunération. De plus en plus de médecins s’estiment lésés» (Le Devoir, 27 juin 2016). Ça, c’est le boutte du boutte en termes d’effronterie.