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La facture scolaire

CSDM
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Les cinq commissions scolaires de l’Île de Montréal demandent au ministre de l’Éducation de baliser la gratuité scolaire afin qu’elles puissent demander des frais plus élevés aux parents pour certaines activités éducatives qu’elles n’ont pas les moyens d’assumer à même leur budget actuel. C’est un véritable scandale que ces organismes publics osent solliciter le ministre en ce sens afin de maintenir des écoles ou des classes à projet particulier sélectif avec  facture salée pour les parents sous prétexte de concurrencer les institutions privées. Au lieu de combattre la ségrégation scolaire et d’oeuvrer à une école pour tous, elles préfèrent pervertir leur mission et accroître la discrimination dans leur propre enceinte.

Nous avons tôt fait de comprendre que ce ne sont pas des frais pour des sorties éducatives locales, comme les visites de musée, du parlement ou de sites de conservation de la faune et de la flore, qui font problème. Les frais en découlant sont généralement raisonnables et pourraient être inclus dans les paramètres budgétaires de l’État parce que ces activités s’inscrivent dans le cursus scolaire. C’est du côté des projets particuliers que le bât blesse avec des frais exorbitants dans certains programmes, tels les voyages à l’étranger, les heures de plateaux extérieurs ou les frais d’entretien d’équipement et d’animaux. C’est parfois des milliers de dollars qui doivent être facturés aux parents pour leur enfant inscrit dans un projet particulier.

Pendant que des voix s’élèvent de toutes parts pour mettre un terme à la ségrégation scolaire, des commissions scolaires demandent au ministre la permission d’accroître cette ségrégation en faisant peser une pression économique insoutenable pour certains parents, éliminant du coup leurs enfants de ces programmes particuliers. Le Conseil supérieur de l’éducation (CSE) avait titré son rapport 2016, Cap sur l’égalité, et le mouvement, l’École ensemble, initié par des parents inquiets des effets de la ségrégation scolaire révèle le drame d’une école québécoise qui creuse de plus en plus les inégalités intellectuelles et sociales entre ses usagers.

Nous aurions pu nous attendre à ce que ces cinq commissions scolaires soient en phase avec le rapport du CSE et joignent leur voix au mouvement, l’École ensemble, en exigeant du ministre qu’il mette fin au financement des établissements privés, entrainant du coup la disparition d’une concurrence déloyale et de la sélection des élèves pour des projets particuliers dans les écoles publiques. Au contraire, elles ont décidé d’emprunter le chemin contraire et d’ainsi contribuer à l’exclusion d’un plus grand nombre d’élèves de certains programmes qui pourraient les intéresser tout en continuant d’alourdir la classe ordinaire avec un trop grand nombre d’enfants aux besoins particuliers.

Qui défendra une école publique accessible, gratuite et tendant vers l’égalité des chances, si les commissions scolaires favorisent la privatisation de certaines de leurs composantes?