/world/america
Navigation

Le Honduras toujours sans président, l’opposition dans la rue

Coup d'oeil sur cet article

Cinq jours après l’élection présidentielle, le Honduras n’avait toujours pas de vainqueur, l’autorité électorale ayant annoncé un recomptage de certains procès-verbaux litigieux, tandis que les manifestations contre une «fraude» supposée se multipliaient.

A l’inverse de la tendance initiale, le chef de l’Etat sortant, le conservateur Juan Orlando Hernandez, était vendredi en tête avec 42,92% des voix contre 41,42% pour son rival de gauche Salvador Nasralla, star de la télévision et novice en politique, selon des résultats partiels portant sur 94,31% des suffrages publiés par le Tribunal suprême électoral (TSE).

Les sympathisants de Salvador Nasralla, 64 ans, de l’Alliance de l’opposition contre la dictature --qui estime s’être fait voler la victoire et demande le recomptage de tous les votes--, sont descendus dans la rue dès mercredi soir et jeudi, à l’appel de l’opposant.

Vendredi, des milliers de partisans du présentateur de télévision ont bloqué la circulation dans le pays, suscitants des échauffourées avec la police.

«On l’entend, on le sent, Nasralla président», «JOH dehors» - en référence aux initiales du chef de l’Etat sortant -, scandaient des centaines de manifestants à proximité du TSE.

Ruée dans les magasins

Au moins deux policiers et une dizaine de manifestants ont été blessés au cours des affrontements, dont certains par balles. Des saccages de commerces ont été signalés.

Les avenues et les sorties de Tegucigalpa ont été obstruées par des manifestants, incendiant des barricades et jetant des pierres sur les forces de l’ordre, qui ont répondu par des gaz lacrymogènes.

La population s’est précipitée dans les stations-service et les magasins d’alimentation, dans la crainte de ne plus pouvoir sortir de chez elle pour se ravitailler en raison des désordres.

Beaucoup de magasins avaient préféré fermer et quelques vols internationaux ont été suspendus à l’aéroport de la capitale.

Sur les réseaux sociaux, les vidéos montrant les affrontements entre policiers et manifestants dans le reste du pays se propageaient de façon «virale».

Entre jeudi et vendredi, la police a procédé à une cinquantaine d’arrestations de personnes soupçonnées de pillage dans la capitale et à San Pedro Sula (nord).

Le président du TSE, David Matamoros, a annoncé qu’une fois le dépouillement terminé, l’autorité électorale commencerait une phase «spéciale» de recomptage de certains procès-verbaux litigieux, en présence de représentants des partis.

Il n’était pas encore clair si les observateurs internationaux pourraient y assister.

«Nous ne ferons plus d’annonce (de résultats) jusqu’à la fin du processus» de vérification, a-t-il ajouté sur Twitter.

Seule date butoir pour le TSE, l’obligation de proclamer un vainqueur au plus tard un mois après les élections du 26 novembre.

«Nous attendons le résultat au plus tard ce soir», a assuré vendredi le président Hernandez, du Parti national (droite).

Salvador Nasralla a, lui, demandé le recomptage de toutes les voix.

De son côté, le candidat arrivé en troisième position, le libéral Luis Zelaya (14,75%), a affirmé que Nasralla avait remporté les élections et l’a félicité.

«Vol de présidence»

Le président Juan Orlando Hernandez cherche à se faire réélire, mais sa candidature est contestée par l’opposition car elle se fonde sur un décision controversée de la Cour suprême l’autorisant à briguer un second mandat malgré l’interdiction de la Constitution.

«Si l’élection a été entachée d’une fraude évidente et que l’autoritarisme du président se renforce, cela va discréditer le processus (électoral)», a prévenu l’analyste Victor Meza.

Mercredi, le système informatique du TSE a subi une interruption de cinq heures et plusieurs autres incidents ponctuels, alimentant les soupçons.

Le dirigeant de l’opposition Juan Barahona a appelé à protester dans chaque quartier. «Jour et nuit, nous allons descendre dans la rue car c’est la seule façon de revenir sur ce vol de la présidence», a-t-il déclaré.

L’eurodéputée portugaise Marisa Matias, responsable de la mission des observateurs de l’Union européenne (UE), a condamné les violences et appelé «au calme et à attendre que les résultats puissent être vérifiés par tous les acteurs».

La représentation des Nations unies à Tegucigalpa a appelé les manifestants à exercer leur droit à la liberté d’expression «de manière appropriée» et les policiers à «remplir leurs fonctions dans le respect des droits de l’homme».