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Profite bien de la vie, Mario!

Retraite Mario Leclerc
Photo Martin Chevalier Assis à sa table de travail avec la satisfaction du devoir accompli, Mario Leclerc est entouré d’une partie de l’équipe de la section des sports soit Robert Amiot, François-David Rouleau, Daniel David, Denis Poissant, Jean-Claude Grenier, André Cyr et Yves Hamelin.

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Après une quinzaine d’années au service de la production, mon collègue Mario Leclerc a fermé son dernier numéro du Journal de Montréal, hier soir. Ce travail consiste à bâtir la maquette des pages que vous lisez quotidiennement et de respecter les heures de tombée.

Ce n’est pas un job physique, mais il faut avoir les nerfs solides. Le stress fait son œuvre à la longue. Vient un jour où on n’a plus la même résistance.

Mario en était là.

Ça fait partie du cycle de la vie de tout travailleur et toute travailleuse.

Un beau parcours

Dans sa jeunesse à Thetford Mines, Mario rêvait de suivre les traces de son idole Rogatien Vachon, qui jouait avec l’équipe junior de sa ville.

Il a bien tenté sa chance, évoluant jusqu’au niveau junior B, avant d’en arriver à la conclusion qu’il pourrait difficilement aller plus loin.

Un autre parcours tout aussi emballant l’attendait. Il est parti pour le Saguenay où il a fait ses études en journalisme au Cégep de Jonquière.

Une fois prêt pour la grande aventure, il a fait ses débuts aux Échos abitibiens à Val-d’Or où il s’est fait la main dans toutes les facettes du métier.

C’est là qu’il a notamment vu jouer pour la première fois un jeune joueur de hockey talentueux du nom de Pierre Turgeon, qu’il allait interviewer à maintes reprises plus tard dans la Ligue nationale.

Mario a ensuite déménagé à Québec, où un poste l’attendait à la Presse canadienne. À l’époque, les quelques journalistes qui travaillaient au bureau de la PC dans la Vieille Capitale faisaient un peu de tout. Un jour, il pouvait couvrir les activités parlementaires et le lendemain un match des Nordiques.

Les Bleus traversaient des heures sombres quand Mario a commencé sur le beat. Les histoires ne manquaient pas. C’est souvent comme ça avec une équipe perdante.

La coupe de 1993

En 1990, Mario est arrivé à Montréal.

Bernard Brisset, qui l’avait remarqué durant ses années à Québec comme vice-président aux communications des Nordiques, lui a fait une place au sein de la section sportive du Journal. Il a suivi notamment les activités de la Machine de Montréal durant ses deux années dans la Ligue mondiale de football.

Deux ans plus tard, il se retrouvait à mes côtés à la couverture du Canadien, succédant à Pierre Durocher qui était devenu adjoint au directeur de notre section.

À sa première année, le Tricolore a remporté la coupe Stanley.

Quelle année ce fut !

Cette conquête, personne ne l’avait vue venir, à part Jacques Demers qui avait dit à ses joueurs à son arrivée au poste d’entraîneur qu’une grande saison les attendait.

Mais l’équipe ne nous a pas fait de cadeau dans les séries. Onze matchs en prolongation, c’est dur pour les nerfs des journalistes qui doivent composer avec les heures de tombée. Mais ce printemps-là fut excitant aussi.

C’était grisant de couvrir la première finale de l’histoire du hockey sous les palmiers, à Los Angeles. Il régnait une ambiance unique. Il y avait plein de stars d’Hollywood aux matchs.

Adieu, Forum !

Le Canadien n’a plus gagné la coupe depuis.

Mario devrait peut-être revenir sur le beat. Mais il n’éprouverait pas le plaisir qu’on a eu dans le temps.

Les choses ont bien changé.

Son tempérament de pitbull referait peut-être surface !

À l’époque, le vestiaire du Canadien était un bar ouvert. Claude Mouton nous lançait, en ouvrant la porte du sanctuaire après un match, qu’on n’avait qu’à se servir.

Tous les joueurs étaient là. Serge Savard, Jacques Demers, Patrick Roy ou Guy Carbonneau nous donnaient de la copie chaque jour. Vincent Damphousse, Kirk Muller, Denis Savard, Stephan Lebeau et Lyle Odelein en étaient d’autres à qui on n’avait pas besoin de tirer l’oreille pour une entrevue.

On ne s’ennuyait pas.

Les années qui ont suivi ont été moins faciles pour le Canadien. Mario a eu l’impression de revivre à Montréal ce qu’il avait vécu à Québec.

Le temps d’un soir, la magie est revenue lors de la fermeture du Forum. On avait le motton dans la gorge sur la passerelle de presse durant la longue ovation au Rocket.

Les fantômes n’ont pas suivi au Centre Bell. Le Canadien n’était plus le Canadien qu’on avait connu.

Plus rien n’était pareil.

Belle complicité

Mario et moi avons été conjoints professionnels, comme se plaisent à le dire ceux qui partagent la couverture d’une équipe professionnelle durant une dizaine d’années.

On passait autant de temps ensemble durant la saison qu’avec nos familles. Il n’y a jamais eu de friction entre nous. Comme il n’y en a jamais eu non plus entre moi et Duro, qui a été mon partenaire durant une douzaine d’années.

Mario a son petit côté grognon, mais il jappe fort comme un chihuahua. On travaillait main dans la main. Lors des matchs à l’étranger, celui de nous deux qui était sur place appelait l’autre chez lui pour lui transmettre les citations qu’il avait recueillies dans les vestiaires parce qu’il devait prendre le vol nolisé de l’équipe pour aller dans une autre ville ou rentrer à Montréal.

C’est son nom qui paraissait dans Le Journal, mais personne ne voyait la différence. On avait sensiblement le même style d’écriture.

Mario sera toujours Mario pour moi, pas le pitbull.

Le voilà à la retraite.

Il aura tout son temps pour s’occuper de sa bien-aimée Linda, de ses trois enfants et de ses deux petits-enfants qu’il aime comme la prunelle de ses yeux.

Il compte profiter de sa première année de grande liberté pour travailler son golf, aller à la pêche sur le lac Aylmer, à Stratford, où il possède un chalet. Il suivra aussi des cours de guitare.

J’aimerais bien t’entendre chanter un jour, Mario.

Sois heureux, profite bien de la vie !