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Que sait-on sur l'affaire russe? Des mensonges et encore des mensonges

Que sait-on sur l'affaire russe? Des mensonges et encore des mensonges
AFP

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Michael Flynn a plaidé coupable d’avoir menti sous serment au FBI. C’est un crime passible de prison. D'autres membres de l’entourage immédiat de Trump pourraient aussi faire face à des accusations formelles du même genre. L’affaire avance à grands pas.

Il est de notoriété publique que Donald Trump est le champion toutes catégories du mensonge, des faussetés, des hyperboles et des «faits alternatifs» (voir notamment les dossiers de Politifact, du Washington Post et du Toronto Star). Il est donc intéressant de constater que les premiers dominos qui tombent dans l’affaire de l’ingérence russe dans la campagne de 2016 sont liés à des mensonges qui exposent plusieurs membres de son entourage à des accusations criminelles.

L’ex-conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, Michael Flynn, a plaidé coupable à une accusation d’avoir menti sous serment à des agents du FBI au sujet de ses contacts avec l’ambassadeur russe pendant la période de transition post-électorale. Comme il fait face à d’autres allégations aussi graves sur d’autres agissements qui n’ont pas encore donné lieu à des mises en accusation, il a sans doute conclu une entente avec le procureur spécial Robert Mueller pour atténuer le poids de ses mises en accusation en échange contre une collaboration étroite dans l’enquête sur l’ingérence russe dans la campagne présidentielle de 2016. Michael Flynn est une grosse prise. Il a joué un rôle clé dans la campagne de Donald Trump et il a brièvement occupé un poste stratégique à la Maison-Blanche. On se souviendra aussi avec une certaine ironie que c'est lui qui avait proclamé à la convention républicaine que s'il avait commis un dixième des infractions qu'il attribuait à Hillary Clinton, il mériterait la prison. Il est servi.

Connaît-on d’autres cas potentiels de mensonges semblables qui pourraient donner lieu à des mises en accusation ou aider les enquêteurs à faire le lien entre Donald Trump lui-même et l’ingérence russe? Oui.

Accusations et collaborations

On sait déjà depuis quelques semaines que le jeune conseiller en affaires étrangères de la campagne Trump, George Papadopoulos, a plaidé coupable à des accusations semblables d’avoir menti sous serment et collabore depuis activement à l’enquête. Parmi les nombreux chefs d’accusation contre Paul Manafort et Richard Gates, déposés le 30 octobre, il y avait aussi des mensonges aux agents fédéraux.

Dans tous les cas, ces individus ont opté de collaborer avec l’enquête du procureur Mueller. La collaboration de Flynn est particulièrement signifiante, car il était au cœur de la campagne et son lien avec le président était direct. Si Trump pouvait minimiser le rôle de Papadopoulos, il lui est impossible de prendre de telles distances face à son bras droit Flynn.

D’autres mensonges potentiellement criminels

Parmi les proches du président Trump, celui qui est le plus exposé à des accusations semblables est le gendre du président, Jared Kushner. En effet, au moment de remplir les formulaires de sécurité liés à son embauche à la Maison-Blanche, Kushner a systématiquement omis de mentionner les liens et rencontres qu’il avait eus lors des récentes années avec des Russes. À chaque fois que ces liens ont été rendus publics, Kushner a plaidé l’oubli et amendé ses formulaires. Ces «oublis» à répétition pourraient facilement être interprétés par le procureur spécial comme des tentatives de dissimuler ces contacts et seraient donc passibles de mises en accusation.

En ce qui concerne le fils de Donald Trump, Donald Junior, on sait qu’il a maintes fois pris des libertés avec la vérité au sujet de ses rencontres avec des agents russes pendant la campagne. Par contre, comme les déclarations sous serment qu’il a faites à ce jour l’ont été à huis-clos, seuls les procureurs savent s’il est exposé à des accusations de parjure. L’Attorney General Jeff Sessions, qui était aussi un des principaux lieutenants de la campagne Trump, s’est aussi exposé à des accusations de parjure lors de ses comparutions publiques devant les commissions du Sénat et de la Chambre des représentants, mais ses interventions alambiquées et sa forte propension aux pertes de mémoire lui accordent une certaine protection contre des accusations de parjure. Il n’en demeure pas moins que l’essentiel des interventions publiques de l’équipe Trump au sujet de leurs contacts avec des agents russes va dans le sens d’une volonté générale de cacher quelque chose. En fait, pendant toute la phase initiale de l’administration Trump, tous les membres de l’entourage du président et les anciens collaborateurs de la campagne niaient publiquement avoir eu des contacts avec des représentants russes. 

Et après?

Que penser de tous ces mensonges et des mises en accusation formelles qui les accompagnent? Ces mises en accusation donnent au procureur Mueller de puissants leviers pour inciter ces témoins privilégiés à décrire dans le menu détail les tenants et aboutissants de l’affaire et le degré d’implication du président lui-même dans ce qui pourrait s’avérer avoir été une collaboration avec des agents étrangers qui ont commis des actes illégaux en marge de la campagne de 2016 (voir ici).

Jusqu’à maintenant dans cette série nous avons vu que des agents russes sont bel et bien intervenus dans la campagne de 2016, que des contacts entre des membres de la campagne Trump et des agents du régime russe ont eu lieu, et que de nombreux mensonges ont été proférés par des membres importants de l’entourage de Trump. D’autres questions demeurent, dont celles qui portent sur les liens d’affaires et autres motivations possibles qui pourraient expliquer l’attitude de Donald Trump envers le régime de Vladimir Poutine et, surtout, ce qu’on sait déjà sur d’éventuelles accusations qui pourraient être formulées contre le président en marge de cette affaire. Finalement, est-ce qu'on pourrait envisager des procédures de destitution sur la base ce qu'on connaît déjà? C'est à suivre.

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Pierre Martin est professeur de science politique à l’Université de Montréal et directeur de la Chaire d’études politiques et économiques américaines au CÉRIUM. On peut le suivre sur Twitter: @PMartin_UdeM