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Combien d’immigrants voulons-nous?

Le Québec n’est pas capable de retenir tous les immigrants qu’il accueille.
Photo d'archives Le Québec n’est pas capable de retenir tous les immigrants qu’il accueille.

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S’il y a un débat qui refait surface de façon récurrente particulièrement à l’approche des élections, c’est bien celui des taux d’immigration. Il a encore surgi la semaine dernière.

Trop ou pas assez !

Le Québec accueille-t-il trop d’immigrants ou pas assez ? Cette question, nous ne sommes pas les seuls à nous la poser. C’est le défi du 21e siècle pour tous les pays occidentaux, Canada inclus, qui font face aux flux migratoires.

Depuis le début des années 1990, le gouvernement du Québec a défini ses attentes par rapport aux immigrants. Ils sont appelés à contribuer à la croissance démographique de la société québécoise, à sa prospérité économique et à la pérennité du fait français.

Alors quel est le seuil d’immigration annuel que la société québécoise est en mesure d’absorber compte tenu de sa capacité d’accueil ? À la lumière des trois dernières années, le nombre des nouveaux arrivants est demeuré relativement stable : 51 976 en 2013, 50 275 en 2014 et 49 024 en 2015.

Un consensus fragile s’est établi autour de l’objectif de 50 000 à 52 000 nouveaux arrivants pour 2017-2019. D’aucuns souhaiteraient le réduire à 40 000, d’autres l’augmenter à 60 000. Et plusieurs parmi les gens d’affaires estiment que 90 000 suffiraient à peine à compenser la dénatalité, le vieillissement de la population et la pénurie de main-d’œuvre.

Un chiffre théorique

Le hic, c’est que la cible de 50 000 nouveaux arrivants par année est plutôt théorique. En effet, le Québec n’est pas capable de retenir tous les immigrants qu’il accueille. Il en perd, chaque année, au profit de la migration internationale et vers les autres provinces canadiennes, avec le résul­tat que notre solde migratoire net avoisine plutôt 30 000. Le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI) l’admet. Entre 2003 et 2013, le Québec n’a retenu que 75 % de ses nouveaux arrivants.

Quand on sait que les travailleurs qualifiés sont très recherchés à l’échelle mondiale et que nous faisons face à une grave pénurie de main-d’œuvre qui nuit à l’expansion de nos entreprises, le débat devrait peut-être aller au-delà des chiffres.

Il faut s’interroger sérieusement sur les mesures à prendre pour améliorer notre capacité de rétention de ce capital humain dont nous avons grandement besoin. À commencer par la remise en question de notre modèle d’intégration.

Car il ne suffit pas d’accueillir, il faut intégrer et l’intégration pour les immigrants passe par deux leviers majeurs : l’accès à l’école pour les jeunes et l’accès au marché de travail pour les adultes.

Or, si de nombreux organismes communautaires accompagnent les nouveaux arrivants dans leurs premiers pas vers l’établissement au Québec, les problèmes commencent, et, dans bien des cas, perdurent sur le parcours de l’intégration.

C’est là où le gouvernement et le MIDI, qui doivent donner l’exemple, ont failli à leurs responsabilités. Pourtant, ce ne sont pas les ressources financières qui manquent. En vertu de l’Accord Canada-Québec relatif à l’immigration, le fédéral a versé près de 1,7 milliard de dollars au gouvernement du Québec de 2012 à 2017 pour faciliter l’intégration des nouveaux arrivants.

Force est de constater que le gouvernement du Québec a échoué lamentablement dans cette mission dont il est le seul maître d’œuvre, celle de la francisation et de la formation professionnelle, si essentielles à la rétention des immigrants.

Au-delà des seuils d’immigration, c’est là le défi que nous devons relever.