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Prêts à tous les accommodements

Gabrielle Bouchard: Les Québécois ont peur d’être mal jugés et donc se taisent.
Photo courtoisie Gabrielle Bouchard: Les Québécois ont peur d’être mal jugés et donc se taisent.

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Les Québécois sont des gens tolérants, prêts à s’exposer à des points de vue, des opinions et des façons de vivre différents des leurs. Cependant, la peur d’être jugés du mauvais côté de la tendance du jour les incite à se taire.

Prenons le cas qui nous occupe cette semaine. Comment expliquer que l’élection d’une transgenre (seule candidate, précisons-le) à la présidence de la Fédération des femmes du Québec a semblé passer sous le radar dans l’opinion publique ? Seule ma consœur Lise Ravary avait osé faire mention de cette nomination pour le moins surprenante sinon déstabilisante.

Dans les quelques entrevues que la présidente Gabrielle Bouchard a accordées aux médias, les journalistes complaisants à son endroit n’ont pas osé aborder le problème de crédibilité qui se pose pour la FFQ d’avoir à sa tête un homme devenu femme à l’âge adulte.

En fait, les Québécois refusent d’être mal jugés, alors ils sont prêts à tous les accommodements, même les plus outranciers et insensés. Ils se désistent lorsqu’il s’agit de donner leur avis sur les minorités raciales, sexuelles ou religieuses qui se présentent comme les victimes de la majorité blanche de souche.

Crainte

Dans le cas de Gabrielle Bouchard, la crainte d’être accusés de transphobie en paralyse plusieurs. Si bien qu’aucun débat public n’est organisé dans les médias. Qu’une représentante des femmes regrette que l’abolition des sexes ne puisse se réaliser dans un avenir envisageable et déclare vouloir effacer les mots « mère » et « maternité » de la langue française ne leur délie pas la langue.

Ce refus d’affirmer des valeurs repose aussi sur la peur de passer pour réactionnaire et sur le risque d’être taxé de borné, encore sous l’influence d’un catholicisme arriéré.

Avant tout, nombre de Québécois sont facilement culpabilisés. Pourtant, ils n’ont conquis aucun peuple. Au contraire, ils se sont ressentis comme inférieurs devant le conquérant anglais et ils éprouvent encore une culpabilité quasi personnelle avec les victimes de toutes les tragédies de la planète.

Il est facile alors de les convaincre qu’ils sont un peuple intolérant, fermé sur lui-même alors qu’ils accueillent depuis un siècle des immigrants venus trouver la liberté, la prospérité et la paix chez eux.

Marginalités sexuelles

La peur d’être jugé repose aussi sur le refus de faire la morale aux autres, surtout en matière de sexualité. Les héritiers des générations noyées dans le péché mortel, celui du sexe avant tout, semblent déroutés devant les revendications de toutes les marginalités sexuelles.

Or, revendiquer la déconstruction des genres féminin et masculin et l’abolition du vocabulaire maternel est le fait d’une extrême minorité de transgenres. Par exemple, les homosexuels ne mènent pas ce combat, partageant en fait une vision semblable à celle des hétérosexuels sur ce sujet.

Personne ne devrait échapper à la critique, Blancs ou Noirs, gays ou hétéros, hommes ou femmes, autochtones ou transgenres.

Et personne ne devrait jouer l’indifférence ou se censurer par peur d’être étiqueté.