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Un Québécois chez un géant du football

Benjamin St-Juste a fait sa place au sein des Wolverines de l’université du Michigan

À force de persévérance, Benjamin St-Juste a obtenu une bourse d’études de l’Université du Michigan.
Photo COURTOISIE Aaron Bills, Université du Michigan À force de persévérance, Benjamin St-Juste a obtenu une bourse d’études de l’Université du Michigan.

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Peu nombreux sont les joueurs de football québécois ayant atteint les plus hautes sphères du football universitaire américain. À force de labeur acharné, Benjamin St-Juste, de Rosemère, vient de prouver cet automne que malgré les coups durs, les rêves les plus fous ne sont jamais hors de portée. Le demi de coin vient de disputer une première saison avec les Wolverines de l’Université du Michigan, l’un des plus prestigieux programmes de football aux États-Unis.

À neuf ans, St-Juste découvrait sans le savoir sa future passion, le carburant de ses ambitions actuelles. Sur la scène civile avec les Wildcats de Laurentides-Lanaudière, celui qui était alors demi de sûreté a appris les rudiments de son sport de manière « récréative ».

En 2012, avec les Loups de l’école Curé Antoine-Labelle, il jouait toujours « pour le fun ».

Les premières aspirations un peu plus sérieuses se sont éveillées en lui lorsqu’il évoluait avec les Spartiates du Cégep du Vieux-Montréal. Déjà, depuis quelque temps, ses parents percevaient un potentiel certain et l’incitaient à se renseigner sur une éventuelle incursion de l’autre côté de la frontière. Mais les diverses incitations demeuraient vaines.

À force de persévérance, Benjamin St-Juste a obtenu une bourse d’études de l’Université du Michigan.
Photo COURTOISIE Aaron Bills, Université du Michigan

 

Déclic

À l’été 2014, un déclic s’est produit lorsqu’il a été retranché du camp d’Équipe Québec malgré son talent évident. St-Juste a redoublé d’ardeur, le gymnase et le terrain devenant ses résidences secondaires.

Un an plus tard, il participait à un premier camp aux États-Unis, ressortant même d’une toute première expérience à Albany avec le titre de joueur le plus utile du camp. Une graine venait d’être semée.

« Toutes les étapes d’entraînement pour en arriver à la NCAA, je les ai faites par moi-même, avec l’aide de ma famille. Il n’y a pas grand-monde au Québec qui décide d’aller jouer aux États-Unis et qui peut vraiment t’aider », a indiqué St-Juste dans un long entretien avec Le Journal de Québec, citant au passage Renaldo Sagesse, entraîneur des Spartiates et ancien joueur de ligne défensive des Wolverines.

À force de persévérance, Benjamin St-Juste a obtenu une bourse d’études de l’Université du Michigan.
Photo COURTOISIE Aaron Bills, Université du Michigan

 

Cap sur le Michigan

Plus tard dans le même été, celui qui n’avait alors que 17 ans a décidé de franchir une étape additionnelle. Pourquoi ne pas se rendre au Michigan pour prendre part à un camp des Wolverines ? Rien de moins !

Quelques jours plus tard, St-Juste se retrouvait dans le bureau de Jim Harbaugh. Le réputé entraîneur-chef lui a alors fait une offre qui a bouleversé sa vie : une bourse d’études complète qui en ferait un membre en règle des Wolverines.

Le 3 janvier dernier, St-Juste s’installait pour de bon sur le campus, à Ann Arbor. Le 2 septembre, il sortait du tunnel d’où surgissent habituellement les mythiques Cowboys de Dallas, au rutilant AT&T Stadium, pour disputer un premier match avec les Wolverines face aux Gators de la Floride. La folle aventure était bien lancée.

Trois mois plus tard, c’est avec le sentiment du devoir accompli qu’il vient de compléter sa première saison en jouant au sein des unités spéciales et en participant à deux fins de match en défensive.

« Ça me rend vraiment très fier. Il y en a peu qui sont choisis et c’est vraiment un honneur. Je suis content de pouvoir prouver à tous les joueurs de football québécois que quiconque y met les efforts nécessaires peut réussir. J’essaie de donner l’exemple parce qu’il y a encore trop de gens qui disent que c’est impossible d’y arriver », a-t-il lancé.

La route vers le rêve ultime de la NFL demeurera longue et parsemée d’embûches, mais les premiers jalons de la réussite sont posés.

À force de persévérance, Benjamin St-Juste a obtenu une bourse d’études de l’Université du Michigan.
Photo COURTOISIE Aaron Bills, Université du Michigan

 

Questions en rafale

Est-ce que cette première saison a été à la hauteur de tes attentes ?

C’est une belle expérience et j’ai vraiment commencé à réaliser ce qui m’arrivait à notre premier match de la saison. J’ai vraiment appris beaucoup tout au long de l’année et j’ai pu perfectionner ma technique, en plus de devenir plus rapide et plus lourd. Tout ça était nouveau, et c’est vraiment différent du football au Québec. Pour moi, ça a été une saison pour m’adapter et je n’ai pas connu trop de difficultés. Ça va être encore mieux l’an prochain parce que j’aurai eu l’occasion de travailler sur mes faiblesses.

Les Wolverines, c’est un programme mythique avec plus de 100 ans d’histoire. Y avait-il un côté intimidant au départ ?

Ce n’est pas un élément qui m’a affecté. Tu n’as pas d’autre choix que de le remarquer parce que c’est vrai que c’est gros. Il y a beaucoup de pression sur nous de la part des partisans, des entraîneurs et de partout pour qu’on performe. Toutes les instances extérieures, on essaie de les bloquer pour se concentrer sur ce qu’on doit travailler. Quand ça va bien, les journalistes et les partisans sont autour de toi, ils te parlent, ils t’aiment. Quand ça va mal et que l’équipe perd, nous sommes les pires pas bons et on devrait mettre dehors coach Harbaugh. C’est soit que ça va super bien ou que ça va super mal. Tu dois trouver un juste milieu pour ne pas que les succès ni les échecs te montent trop à la tête. Les gens ici prennent le football à cœur. La culture du football est vraiment différente de celle au Québec.

Es-tu satisfait du rôle que tu as joué sur le terrain ?

J’ai pu jouer dans plusieurs situations. Sur les unités spéciales, j’ai été gunner lors des bottés de dégagement. J’ai aussi joué sur les retours de dégagement et j’ai évolué à quelques positions différentes sur les bottés d’envoi et les retours de bottés d’envoi. J’ai pris ça à cœur parce que c’est le moyen de devenir meilleur. À ma position de demi de coin, il y a des vétérans devant moi et c’est la façon de voir de l’action pour contribuer. Les entraîneurs aiment mes habiletés athlétiques et ils ne voulaient pas me laisser sur le banc. J’ai aussi joué comme demi de coin en défensive lors de deux matchs, en fin de quatrième quart, contre Minnesota et Rutgers. Pour les recrues comme moi, ce sera notre tour bientôt.

Comment as-tu vécu l’énorme rivalité avec Ohio State ?

Tu peux regarder des documentaires, aller à tous les matchs comme partisan et avoir ta perception... mais tu ne sauras jamais comment c’est gros tant que tu ne sautes pas sur le terrain. Quand tu joues, tu donnes tout ce que tu as. On ne s’aime vraiment pas. Il y a un genre de frustration, de haine qui s’installe, et tu ne peux pas comprendre si tu regardes ça de l’extérieur. Charles Woodson nous a parlé avant la partie et nous a expliqué à quel point ce n’est pas un match comme les autres. Il doit y avoir une couche d’agressivité de plus.

Plusieurs analystes décrient les résultats de l’équipe (8-4). Quelle est ton évaluation de la saison sur le plan collectif ?

On ne savait pas à quoi s’attendre. Plein de bons vétérans sont partis, il y avait plusieurs nouveaux gars et la situation au poste de quart n’était pas évidente. Ça a affecté toute l’équipe. La saison a donc été un peu difficile, avec plusieurs joueurs sans expérience. On a placé la barre haut avec l’objectif de faire les séries, mais on devrait revenir forts l’année prochaine.

Jim Harbaugh est très reconnu et il s’est forgé une solide réputation. Apprécies-tu de jouer sous ses ordres ?

C’est un entraîneur qui demande plus que la perfection dans tout ce que tu fais. Il faut constamment que tu sois le meilleur. C’est un coach assez dur parce qu’il est exigeant, mais il dirige très bien. C’est le genre d’entraîneur que certains joueurs n’apprécient pas sur le coup, mais qu’ils vont remercier par la suite. Il sait ce qu’il fait, il a beaucoup d’expérience. C’est dur de jouer pour lui, mais tu vas en récolter les bénéfices plus tard dans la NFL ou dans la vie de tous les jours.

Quel rôle envisages-tu la saison prochaine ?

Ça dépendra du genre de camp de printemps et d’été que je vais avoir, mais je devrais avoir plus de temps de jeu en défensive. Il y a encore des vétérans demis défensifs à qui il reste une ou deux années d’admissibilité, donc j’ai encore le temps de me développer, mais je devrais conserver le même rôle sur les unités spéciales et voir plus de terrain en défensive. Je ne pousse pas le processus. Je fais ce que j’ai à faire et quand mon temps viendra, je serai prêt.

Qu’est-ce que ça fait de voir des anciens joueurs vedettes du programme qui ont connu de belles carrières dans la NFL venir vous parler ?

C’est tellement spécial !

Michigan, c’est vraiment une grande famille et chaque année, plusieurs anciens reviennent, comme Tom Brady, Charles Woodson, Desmond Howard... Tous ces joueurs-là reviennent parce qu’ils sont attachés au programme. Le sentiment d’appartenance est important pour eux et ils seront toujours là. C’est motivant.

As-tu déjà un plan en tête pour ton admissibilité éventuelle au repêchage de la NFL ?

Puisque j’ai participé à tous les matchs cette saison, je n’ai pas une année redshirt. Alors j’ai quatre années d’admissibilité. Je vais donc monter en grade et me déclarer admissible pour le repêchage de la NFL. L’une des raisons pour lesquelles j’ai choisi Michigan est que la réussite scolaire est vraiment valorisée et je tiens à obtenir mon diplôme (en administration sportive). Ça ouvre plein de portes.

Qu’est-ce qui s’en vient pour toi dans les semaines à venir ?

On va continuer de s’entraîner pendant le mois et on devrait connaître très bientôt notre adversaire pour notre Bowl.

Ça devrait être une autre belle expérience (NDLR au moment de l’entrevue, le sort des Wolverines n’était pas connu. Michigan affrontera finalement South Carolina [8-4], le 1er janvier à Tampa, dans le cadre du Outback Bowl).

Wolverines en chiffres

  • Naissance du programme en 1879
  • Record de 943 victoires
  • Le Michigan Stadium a 90 ans
  • Plus grand stade en Amérique du Nord avec 107 601 places
  • 11 championnats nationaux
  • 36 joueurs actuels dans la NFL
  • 8 membres du Temple de la renommée (NFL)