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Tornade électorale sur l’Amérique latine

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Sans le vouloir, une phrase célèbre de Barack Obama, prononcée il y a près d’une décennie, résume ce que traversent les États-Unis avec Donald Trump : « Les élections ont des conséquences et, à la fin de la journée, j’ai gagné. » L’Amérique latine, à son tour, vient d’entrer dans un spectaculaire cycle électoral. Ce n’est surtout pas à prendre à la légère.

Songez-y un moment : les États-Unis de fond en comble, mais aussi, à différents degrés, le reste du monde, subissent encore la secousse d’une seule journée en 2016, le 8 novembre, jour de l’élection présidentielle. Multipliez cette secousse par 14 et c’est ce que s’apprêtent à vivre nos compatriotes continentaux d’Amérique latine.

Commençant il y a quelques jours et jusqu’à la fin de 2019, 14 des 19 pays de la région vont tenir leur propre élection présidentielle. Plus qu’un rendez-vous politique aux résultats vaguement prévisibles, les électeurs laissent entendre qu’ils sont mécontents, très mécontents.

ENTRE VENT DE CHANGEMENT ET CYCLONE DE TOURMENTS

Le Chili, le 19 novembre, puis le Honduras, le 26, ont ouvert la marche électorale. Au Chili, un deuxième tour va se tenir dans deux semaines, mais les électeurs, c’est clair, tournent le dos aux politiques de centre gauche de Michelle Bachelet. Fabuleusement populaire lors de son premier mandat à la présidence, Bachelet quitte le palais de La Moneda, cette fois, avec la pire des cotes.

Si les Chiliens semblent vouloir compter sur Sebastian Pinera, richissime homme d’affaires et lui-même ancien président, pour relancer une économie stagnante, les Honduriens font face, dans l’immédiat, à une crise plus grave encore.

Des troubles ont éclaté après le scrutin de la semaine dernière, alors que le décompte initial des voix qui donnait la victoire au candidat de gauche s’est lentement mis à tourner en faveur du président sortant Juan Orlando Hernandez. Face aux protestataires dénonçant une manipulation des résultats, le gouvernement a décrété l’état d’urgence et donné des pouvoirs élargis à la police et à l’armée.

FINI LE STATU QUO !

On ne croise pas encore de candidats à la Donald Trump, frondeur, indépendant de fortune et prêt à surfer sur les émotions d’électeurs frustrés. Sauf qu’il s’est développé au cours des dernières années, comme en Asie et en Afrique, une classe moyenne, dont le niveau de vie et le pouvoir d’achat s’accroissent constamment.

Ces électeurs-là, plus sûrs d’eux-mêmes et certainement mieux branchés qu’à tout autre moment de l’histoire, ne se contentent plus d’une faible croissance économique.

Un vaste projet d’étude de l’opinion publique latino-américaine, sous l’acronyme LAPOP, nous apprend que le soutien à la démocratie a reculé dans la région au cours des trois dernières années (de 67 % à 56 %), les répondants exprimant de plus en plus de scepticisme envers, notamment, les partis politiques.

Des réponses en forme de flirt à demi-réfléchi avec le « modèle chinois » du libéralisme économique et du dirigisme politique : laissez-nous faire de l’argent, et vous, amusez-vous avec la politique ! Cela dit, impossible de prédire même approximativement ce qui s’annonce dans une région aux peuples et cultures politiques étonnamment variés.

Rappelez-vous seulement que les deux plus grandes économies, la brésilienne et la mexicaine, vont se retrouver avec de nouveaux leaders ; que les États-Unis verront déferler le rouleau compresseur des élections de mi-mandat et que Cuba va soudainement se retrouver, avec le départ de Raul, sans Castro à la tête du pays.

L’enchaînement de changements va prendre des allures de grand feu d’artifice. Gardez les yeux ouverts !