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Dans la ligne de mire des Américains pour 15 M$

Un couple de Québec mènerait la belle vie au détriment de dizaines de milliers de petits investisseurs

Dominic Lacroix et Sabrina Paradis-Royer sont décrits par les autorités américaines comme des «partenaires romantiques» à la tête d’une vaste arnaque sur internet.
Photo courtoisie Dominic Lacroix et Sabrina Paradis-Royer sont décrits par les autorités américaines comme des «partenaires romantiques» à la tête d’une vaste arnaque sur internet.

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Un financier de Québec et sa conjointe, ayant créé une fausse monnaie sur internet, sont maintenant dans la ligne de mire des autorités américaines, qui leur réclament au moins 15 millions $ US pour une fraude présumée.

La Securities and Exchange Commission (SEC) a entrepris lundi des recours judiciaires contre Dominic Lacroix, 35 ans, et Sabrina Paradis-Royer, 26 ans.

La SEC est la police des marchés financiers américains. Elle réclame notamment un gel d’actifs d’urgence et la confiscation de profits illégaux du couple.

La fraude présumée aurait fait des dizaines de milliers de victimes partout dans le monde, uniquement depuis le mois d’août.

Le couple faisait sur internet la promotion du plexcoin, une fausse cryptomonnaie censée prendre énormément de valeur. Le plexcoin était présenté comme une solution de rechange au bitcoin, dont la valeur a explosé récemment.

Des rendements de 1354 % en 29 jours seulement étaient promis aux acheteurs, selon la SEC. L’agence américaine parle de «dépenses extravagantes» faites par le couple avec des fonds soutirés aux victimes présumées.

«Plexcoin n’est rien d’autre qu’un stratagème frauduleux mené par Lacroix et ses acolytes, en grande partie depuis les bureaux de Lacroix à Québec», allègue la SEC dans des documents de cour déposés à New York. Plexcorps, la firme de Lacroix, prétendait faussement opérer de Singapour, en Asie, avec une équipe secrète d’experts financiers de haut niveau.

Amatrice de voitures de luxe, Sabrina Paradis-Royer pose ici à côté d’une Tesla. Elle s’est procuré une Mercedes GLA 2018 à la mi-octobre. 
Photo courtoisie
Amatrice de voitures de luxe, Sabrina Paradis-Royer pose ici à côté d’une Tesla. Elle s’est procuré une Mercedes GLA 2018 à la mi-octobre. 

 

Fonds détournés

Au Québec, Lacroix était déjà dans la ligne de mire de l’Autorité des marchés financiers (AMF) depuis juillet.

La SEC allègue que Lacroix s’est attaché à faire passer le plexcoin pour une cryptomonnaie sophistiquée «dans le but d’échapper aux obligations d’enregistrement des lois fédérales américaines sur les valeurs mobilières».

Sabrina Paradis-Royer «a elle-même dirigé le débours des fonds de comptes [d’argent recueilli], étant complètement au courant ou en faisant fi avec zèle des agissements de son partenaire Lacroix».

Selon les procédures, les investissements recueillis «n’étaient pas destinés à faire du développement d’affaires, mais plutôt à financer les dépenses de Lacroix et de Paradis-Royer, incluant des projets de décoration de maison».

Des dépenses reliées à la construction de cette mégamaison du couple dans l’arrondissement de Charlesbourg, à Québec, auraient été faites avec les fonds soutirés à des investisseurs, selon les autorités américaines.
Photo courtoisie
Des dépenses reliées à la construction de cette mégamaison du couple dans l’arrondissement de Charlesbourg, à Québec, auraient été faites avec les fonds soutirés à des investisseurs, selon les autorités américaines.

 

L’AMF narguée

Le couple se fait actuellement construire une maison évaluée à plusieurs millions de dollars à Québec.

Selon la SEC, Lacroix a montré à plus d’une reprise son mépris des autorités réglementaires. Un t-shirt a même été mis en vente sur un site lié à Plexcorps, où l'on voit un homme faire un «geste offensant» à l’endroit de l’AMF.

«Depuis au moins 2011, Lacroix a été l’objet de plusieurs recours judiciaires [au Québec] impliquant la [collecte] de fonds frauduleuse auprès d’investisseurs», selon la SEC. En 2013, lui et sa firme Micro-Prêts ont plaidé coupable à trois chefs d’accusation de nature pénale pour fausse représentation. Ils ont dû payer des pénalités de 25 000 $.

D’après la SEC, «plutôt que de cesser sa publicité du plexcoin [tel que demandé par l’AMF en juillet], Lacroix a multiplié les actes de défiance ouverte». Il aurait continué, avec de faux noms, à collecter de l’argent. En octobre, il a été reconnu coupable d’outrage au tribunal.

«Ce premier cas a toutes les caractéristiques d’une arnaque de grande ampleur», a commenté Robert Cohen, chef de la cyberunité de la SEC.

Nous avons tenté de contacter les défendeurs, mais ils n’ont pas répondu à nos messages.


Au Québec, un juge doit bientôt déterminer la sentence de Dominic Lacroix pour outrage au tribunal. L’AMF réclame qu'il soit condamné à six mois de prison.