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Nombrilinguisme

Bonjour Montréal
Photo Courtoisie

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Je suis né et ai grandi à Montréal. J’y ai passé les 17 premières années de ma vie. Je me souviens clairement du début des années 80, quand j’allais chez Sam the Record Man tâter du vinyle (yep, sorry hipsters, you didn’t invent that either) sur Ste-Catherine, je me faisais parler en anglais 75% du temps. Je me faisais même accueillir par un « Hi » avec pas tellement de « Bonjour ».

 

Je n’étais pas offensé. Entre nous, je trouvais même ça plutôt cool. À Repentigny (rive nord de Montréal), on ne m’accueillait qu’en français. Pour moi, dès le plus jeune âge auquel j’ai pu commencer à aller « en ville », Montréal était une ville cosmopolite, au minimum bilingue. Et c’est ce qui me plaisait d’elle. L’impression d’être ailleurs mais à la même place.

 

Est-ce que c’est pire, une trentaine d’années après que je sois devenu un gars de Québec? Je laisse à d’autres le soin de qualifier le changement ou l’absence de celui-ci.

 

Ce qui m’agace, c’est la montée aux barricades pour des conneries. C’est grimper dans les rideaux par pur électoralisme alors qu’on ne sait enseigner le français ni à nos étudiants, ni à nos profs, ni à nos immigrants. Et on se permet de péter les plombs parce que ça nous dit un « Hi » international dans notre métropole la plus internationale?

 

On va perdre du temps à s’offusquer de mots comme « patrimoine » ou « magie noire » alors qu’on perd le sens de tous nos mots?  Parce que oui, nous perdons rapidement le sens des mots et de leurs nuances.

 

Un scandale n’est plus un scandale. Un scandale est maintenant une blague qui a dépassé nos bornes personnelles.

 

L’austérité n’est plus l’austérité. C’est simplement limiter l’augmentation des dépenses.

 

Les films ne sont plus critiqués, décortiqués, analysés. Ils sont « poches » ou ils sont « écoeurants ».

 

On n’apprécie plus un artiste. On l’aime d’amour! Ah oui? Si tu passes ton amour précieux sur Pierre Lapointe, il te reste quoi pour tes enfants et ton partenaire?

 

Si tu passes ta colère sur une blague dans un show que tu n’as même pas vu, il te reste quoi devant une véritable injustice?

 

C’est d’une tristesse innommable, qu’on perde ainsi collectivement le sens des mots. Ils sont si précieux.

 

Les mots sont en fait la chose la plus puissante au monde. La personne qui sait habilement les manier ira toujours plus loin que celle qui ne les maîtrise pas.

 

Ils ouvrent des cœurs, ou les brisent.

Ils lancent des guerres, ou y mettent fin.

Ils inspirent ou offusquent.

Ils influencent.

Ils survivent aux morts.

Ils créent des amitiés et des rivalités.

Ils font rires, bien agencés dans le bon ordre.
Ils ennuient, mal agencés et dans le désordre.

Ils peuvent même te permettre de communiquer avec les animaux.

 

Mais on se fiche d’eux, maintenant.

 

« T’as compris ce que je voulais dire ». Oui, mais ce fut laborieux, madame.

 

Bonjour, hi, sa va? Non, mec, ça ne va pas.