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C'est compliqué construire un pont en 2017

C'est compliqué construire un pont en 2017

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À La joute hier, Luc Lavoie parlait d’un pont en Espagne qui a été construit à l’époque romaine et qui sert toujours, 2 000 ans plus tard.

Je doute que le nouveau pont Champlain soit encore en usage dans 200 ans. 

Les révélations de notre bureau d’enquête sur les milliers de défauts repérés sur des pièces manufacturées en Espagne donnent froid dans le dos.

Boulons qui ne rencontrent pas les normes canadiennes, soudures mal faites, caissons défectueux, trous mal alignés, ce qui nous enrage quand on monte un meuble IKEA. Imaginez un pont !

Au final, le nouveau pont Champlain va coûter au bas mot 4,2 milliards $ Pas mal plus cher que des bibliothèques Billy.

Tout va bien

On nous dit que c’est normal pour un ouvrage de cette envergure, que tout sera réparé à temps.

Réparé ? Encore une fois, pour 4,2 milliards $ est-ce trop demander que d’avoir des composantes qui n’ont pas été raboudinées ?

Et puis, j’ai consulté le site de la firme espagnole Tecade qui a fabriqué ces composantes : il faut voir leur engagement au niveau de la qualité. La perfection, quoi. Va-t-on leur envoyer une facture ? Seront ils sanctionnés parce qu’ils n’ont pas respecté leurs propres normes ?

Ou avons-nous toléré que le travail soit fait à moitié pour gagner du temps ?

Nous n'avons pas beaucoup de réponses claires dans ce dossier.

Vieille histoire

Même s'il s'agit d'un ouvrage fédéral  en PPP,  il est construit ici. Or, le Québec semble avoir une relation tordue avec la construction et la réfection de ses infrastructures routières. Les nids-de-poule, partout, tout le temps. Les ponceaux qui s’effondrent, quand ce n’est pas la rue principale de petites villes tranquilles. Sans oublier les ponts qui nous tombent sur la tête, avec des conséquences parfois tragiques.

Notre feuille de route – pardonnez-moi le jeu de mots – n’est pas reluisante.

Dans le cas du pont Champlain, nos ingénieurs, nos ouvriers et nos matériaux ne sont pas en cause. Heureusement qu’ils ont repéré et réglé les problèmes. Tout le monde est unanime, le pont Champlain sera sécuritaire.

C’est la moindre des choses.

La vie d’un pont

Mais ce qu’il ne sera pas, c’est éternel. Oubliez les ponts romains chers à Luc Lavoie. Oubliez même l'exemple du pont Jacques-Cartier qui porte fièrement ses 86 années et le pont Victoria, laid mais solide. Il est là depuis 1860.

Aujourd’hui, on construit pour jeter. Parce que c’est plus payant de refaire souvent. Après nous, le déluge, surtout que le Saint- Laurent va couler longtemps.

Ponts, avions, automobiles, électroménagers et j’en passe ne sont plus que des assemblages de pièces fabriquées un peu partout dans le monde. Plus personne n’a le contrôle sur la totalité des composantes.

Chacun développe une fierté pour ‘son’ étape de la fabrication mais qu’en est-il de l’ouvrage au complet ?

Mieux et moins cher ?

Les employés de la firme espagnole qui ont fabriqué les milliers de boulons défectueux sont-ils émotionnellement engagés envers le pont Champlain ?

Mais il parait que c’est moins cher ainsi.

Les experts psychologie du travail croient que employés qui ne sont responsables que d’une petite partie d’un ouvrage, qui ignorent ce qui se fait avant et après eux, qui sont déconnectés du produit fini, qui ne comprennent pas leur rôle dans le 'big picture', sont plus à risque de faire un burnout.

En conclusion

Il sera beau, il sera sécuritaire ce pont mais il ne sera peut-être pas livré dans un an comme prévu. Je préfère attendre que d’avoir un pont bourrés de défauts, de soudures mal faites, de béton qui éclate. Mais en attendant son inauguration, est-ce que le vieux pont Champlain sera, lui, encore sécuritaire ?

C’est compliqué, des ponts. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas nous expliquer clairement ce qui se passe et ce qui va se passer.

 

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