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Ici Porno-Canada, la force du sexe !

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En même temps que RDI découvrait « la force du direct », le réseau français de Radio-Canada découvrait la force du sexe. Depuis, les écluses sont ouvertes et tout est permis sur les écrans de la grande maison.

Grâce au viol, à la masturbation, à la fellation, au cunnilingus et aux scènes de baise, le tout assaisonné de blasphèmes et de sacres, plusieurs sortant même de la bouche des personnages féminins, quelques-unes des émissions dramatiques de la SRC se retrouvent aux premiers échelons du palmarès de l’écoute.

Maniant désormais sans gêne la tartufferie, la direction de la SRC multiplie les avertissements aux téléspectateurs, les mettant en garde avec empressement contre les scènes difficiles. Comme si on ne savait pas que ces avis ne font qu’exciter la curiosité et constituent un véritable hameçon pour la clientèle la plus vulnérable, précisément celle qui devrait s’abstenir de regarder.

DES ARGUMENTS JÉSUITIQUES

Auteurs et producteurs ne sont pas en reste qui défendent leurs choix par les arguments les plus spécieux.

« Que voulez-vous, déclare Danielle Trottier, l’auteure d’Unité 9, le monde que je décris est dur ! » Est-il nécessaire pour autant de s’attarder durant 15 minutes sur le corps d’une femme autochtone (Natasha Kanapé Fontaine) en nous montrant les trois orifices corporels par lesquels on peut la pénétrer ? Est-ce essentiel que pendant les 15 autres minutes de la même émission, on assiste au viol d’une frêle détenue en permission (Ève Landry) par deux motards, costauds, grossiers à souhait et tatoués comme on imagine tous les Hells ?

Étonnamment, ces scènes quasi pornographiques, ces dialogues de bas étage sont « l’œuvre » de femmes. Fabienne Larouche produit Unité 9 et Danielle Trottier en est l’auteure. Les deux mêmes femmes nous affligent de la série Cheval-Serpent, des émissions qui font leurs choux gras de l’anatomie de l’homme.

Trop, une série qui se spécialise dans le langage ordurier, la baise et la masturbation, est « l’œuvre » de Marie-Andrée Labbé. Ce sont trois femmes qui la produisent. En cette ère où on alimente avec raison une campagne tous azimuts contre les machos et les agresseurs, un sociologue averti aurait intérêt à se pencher sur cette curieuse situation où des femmes se permettent ce qu’elles ont si longtemps reproché aux hommes.

AUCUN ÉTAT D’ÂME À LA SRC

À Radio-Canada, personne ne s’émeut qu’on transgresse ainsi les règles du CRTC et celles non écrites de tout diffuseur responsable. Les diffuseurs sont assujettis à un code voulant que des émissions aussi violentes qu’Unité 9 ne se retrouvent pas au petit écran avant 21 h. Une règle non écrite veut aussi que des émissions aussi permissives que Trop ne soient pas diffusées avant 21 h.

Mais Radio-Canada est au-dessus de ces banales considérations éthiques. « Que voulez-vous, répond Marc Pichette, l’ineffable directeur des relations publiques du réseau français, le milieu que décrit Unité 9 est dur et l’émission est précédée de plusieurs avertissements. »

Qu’on me comprenne bien, c’est sain qu’un diffuseur public, qui n’est pas soumis aux contraintes financières d’un diffuseur privé, présente des émissions difficiles et aptes à faire réfléchir l’auditoire. Mais c’est une honte qu’il profite de sa situation privilégiée pour avaliser des scènes qui n’ont d’autres fins que gonfler l’écoute en exploitant les bas instincts des spectateurs.

TÉLÉPENSÉE DU JOUR

Si le Tricolore maintient sa cadence, nous aurons un urgent besoin d’ailes de poulet – La Cage-Brasserie sportive.