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Le feu dans les yeux

Carey Price avait des choses à prouver et il a bien réagi.
Photo Pierre-Paul Poulin Carey Price avait des choses à prouver et il a bien réagi.

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Ça se confirme ! Le Carey Price des beaux jours est de retour et il entraîne tout le monde dans son sillon, mais vous savez quoi ? Je crois que Price vient d’apprendre, à 30 ans, quelque chose qu’il aurait dû apprendre à 22 ou 23 ans. Il a appris à se battre et à ne rien tenir pour acquis.

Arrêter des rondelles, on savait que ça reviendrait. Ce n’est pas un hasard si Price est le joueur le mieux payé chez le Canadien. Toutefois, il y a quelque chose qui m’agaçait chez lui et bien que ce soit une qualité, c’est aussi un défaut. Je ne voyais pas où était son bouton de panique. Il y a des limites à se montrer imperturbable et à laisser entendre que perdre, ce n’est pas si grave, qu’il ne faut pas s’énerver.

Je crois qu’on a vu où était le bouton de panique de Price. Il s’est passé des choses dans les dernières semaines qui l’ont forcé à réagir et à provoquer un changement chez lui, tant dans son jeu que dans son attitude. Il a fallu qu’il atteigne le fond du baril pour que ce changement s’opère.

Price a souvent faussé les données dans l’évaluation du Canadien. Habituellement, l’équipe paraissait mieux qu’elle ne l’était en réalité à cause de lui, mais en début de saison, il a faussé les données dans l’autre sens. Cette fois, l’équipe paraissait pire qu’elle ne l’était à cause de lui.

Dès son retour contre les Sabres de Buffalo, j’ai vu une nouvelle détermination. Il y avait du feu dans ses yeux. C’est comme si tout à coup, celui qui a été étiqueté le meilleur gardien du monde avait des choses à prouver.

Et il se devait de réagir. Après son horrible début de saison suivi d’une blessure mystérieuse, puis des succès de Charlie Lindgren et des doutes du public, je ne voulais plus voir ce côté nonchalant et prima donna de Price. L’équipe avait besoin de lui en cette semaine critique. Price a même joué deux matchs en deux soirs. Il a aussi battu le gagnant du trophée Vézina, Sergei Bobrovsky. C’est comme s’il voulait dire à tout le monde : « C’est encore moi le meilleur ! »

Son mauvais début de saison est peut-être la meilleure chose qui pouvait lui arriver, tant pour lui que pour l’équipe. Le Canadien est sorti des blocs tellement fort dans les dernières années qu’il n’y avait jamais ce sentiment d’urgence dans leur jeu.

Comparaisons avec Roy

Le plus beau cadeau que j’ai reçu dans ma carrière, c’est que j’ai eu à me battre pour mon poste dans mes premières années. J’ai eu dans les pattes Jocelyn Thibault, Mathieu Garon, puis Jeff Hackett. Je n’avais rien d’acquis, mais Price a été développé différemment. Il n’a jamais été poussé. Au contraire, on lui a enlevé Cristobal Huet, puis Jaroslav Halak.

Lorsque Price a gagné la coupe Calder à 19 ans avec les Bulldogs d’Hamilton, on l’a immédiatement comparé à Patrick Roy, qui avait réussi le même exploit avec les Canadiens de Sherbrooke en 1985.

Le directeur général de l’époque, Serge Savard, ne voulait pas que son jeune gardien se sente trop confortable. Il a donc acquis Brian Hayward, pour lui pousser dans le dos. Même avec une bague de la coupe Stanley, Roy a appris tôt que dans le hockey, il n’y avait jamais rien d’acquis et ça a fait de lui un meilleur gardien.

Price n’a pas été formé de cette façon et aujourd’hui, à 30 ans, il apprend à se battre et qu’il ne faut jamais rien tenir pour acquis. Il aurait dû apprendre ça à 22 ou 23 ans, mais il n’est jamais trop tard.

-Propos recueillis par Gilles Moffet

Entrefilets

Ah oui, les statistiques !

Carey Price avait beau dire qu’il ne regardait pas ses statistiques, quand un gardien affiche une moyenne de 3,77 et un taux d’efficacité de 0,880, il ne fait pas le travail, point à la ligne. La preuve, c’est qu’avec les mêmes joueurs devant lui, et en l’absence du meilleur défenseur, Shea Weber, les statistiques de Price ont maintenant franchi les seuils de respectabilité, soit une moyenne de buts alloués en bas de 3,00 (2,94) et un taux d’efficacité supérieur à 0,900 (0,905). Ça lui enlève un peu de pression. Avant sa blessure, Price avait accordé 13 buts sur 80 tirs à ses trois derniers matchs. Depuis son retour, dans une séquence de cinq matchs en huit jours, il n’a alloué que six buts sur 156 tirs.

De l’action en masse

Le Canadien n’est pas encore sorti du bois, mais ce que j’aime, c’est que les joueurs semblent vouloir suivre Carey Price. L’esprit d’équipe est meilleur que ce que l’on croyait et c’est encourageant. Les joueurs ont du plaisir à jouer et on ne se contente pas de gagner 1 à 0. Price semble vouloir assumer son leadership. Il est sur une lancée et j’aimerais le voir jouer presque tous les matchs dans les prochaines semaines. Le Canadien est dans une meilleure position, mais il n’a pas le luxe d’échapper trop de points. Il n’y a aucune loi qui dit qu’un gardien ne peut pas jouer deux matchs en deux soirs ou dix à 15 matchs d’affilée.

Price peut tout faire

Lorsqu’on parle de grands joueurs comme Sidney Crosby, par exemple, ils peuvent tout faire sur une patinoire. Carey Price à son mieux peut tout faire dans les limites de sa position de gardien de but. Lorsqu’il est en confiance, il manie la rondelle plus souvent et il est tellement bon dans cet aspect que ça facilite le travail de tout le monde et, surtout, des défenseurs. Les sorties de zone sont beaucoup plus fluides avec Price en contrôle. C’est évident que l’équipe joue avec plus de confiance.

Plus mental que technique

Le gros changement dans le jeu de Carey Price est plus son attitude que sa technique. On voit qu’il veut la rondelle et qu’il va l’arrêter avec ses dents s’il le faut. Ce n’est pas juste une machine qui est devant le filet. Il veut être dans la meilleure position possible pour faire l’arrêt. Sa tête est bien sortie et il joue un peu plus accroupi. Lorsqu’un gardien est plus accroupi, il est plus dynamique. Price défie un peu plus ses adversaires qu’avant sa blessure.