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Le hockey, un sport encore accessible?

Un jeune joueur de la Structure Hockey Blizzard
Photo d'archives, Annie T Roussel Un jeune joueur de la Structure Hockey Blizzard

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Notre sport national, le hockey, possède ce qualificatif par l’unique fait qu’il soit pratiqué d’un bout à l’autre du Canada. Un vrai sport national, celui qui représente un pays tout entier, devrait être accessible à l’ensemble de ses habitants. La démocratisation d’un sport s’avère un élément indispensable à sa représentativité.

Avec le temps, à l’image de notre société, le hockey s’est individualisé. Il est maintenant l’apanage des gens qui ont suffisamment d’argent pour suivre le rythme imposé par le système. S’il fut une époque où un Canadien français issu d’une famille de la classe ouvrière pouvait rêver de jouer un jour pour «le grand club», l’embourgeoisement de ce sport rend la chose plutôt improbable aujourd’hui.

Voilà pourquoi, j’ai esquissé un sourire à la lecture du texte La structure du Blizzard scindée en deux? Dans le petit monde du grand hockey mineur de la région de Québec, cette nouvelle a enflammé les discussions d’arénas lors des dernières semaines. Une histoire qui représente d’une manière admirable la misère des riches.

Les associations de hockey mineur «du Centre et de l’Est, avec le souci de rendre la pratique du hockey d’élite plus accessible à leurs membres (à la fois géographiquement et monétairement), ont réclamé et obtenu de la Fédération la permission de créer une nouvelle entité distincte, qui regroupera leurs meilleurs joueurs dans un établissement scolaire situé à l’est de l’autoroute Henri-IV. Quant aux joueurs qui sont issus de l’Ouest de la Rive-Nord, ils continueront à fréquenter le Séminaire Saint-François.»

En ce qui concerne le nouvel établissement scolaire situé à l’est et pouvant accueillir les joueurs, il semble que quatre écoles aient levé la main afin d’obtenir le programme : Académie St-Louis (privée), École Saint-Jean-Eudes (privée), École Cardinal-Roy (publique) et École de La Seigneurie (publique).

La réplique des associations de l’Ouest est arrivée le 29 novembre : «La région Ouest travaille [...] afin d’arriver à un dénouement heureux pour les joueurs et leurs parents. Les présidents ne s’opposent pas à la mise en place de deux structures. Par contre, ils ne souhaitent pas voir imposer une ligne de territoire et désirent que les parents demeurent maîtres des choix en matière d’accessibilité scolaire et sportive de leurs enfants.»

Est-ce qu’il faut lire ici que leur position consiste à revenir au système du bon vieux temps? L’époque où il n’était pas nécessaire à un enfant d’âge pee-wee de parcourir des centaines de kilomètres afin d’affronter ses adversaires? Le temps où chacun fréquentait son école et retrouvait ses coéquipiers à l’aréna lorsqu’il y avait du hockey à l’horaire? À ce propos, j’ai encore le souvenir de mes saisons AA en compagnie de mes coéquipiers de Vanier ou encore de la Basse-Ville, moi qui arrivais de Montchâtel et qui fréquentais l’école privée.

Mais tout ça serait très surprenant. Compte tenu de la forte popularité du hockey scolaire, il s’agit d’une hypothèse fort douteuse. Bref, la position de la région Ouest est pour le moins bizarre... Pour ne pas dire «blizzard». Dans la situation actuelle, est-ce que les parents ont réellement le choix en matière d’accessibilité scolaire et sportive de leurs enfants? Et si par malheur, certains damnés devaient se retrouver dans une école publique?

Cette réaction m’a rappelé une scène du film Maurice Richard... Celle où l’on voit le beau-frère du Rocket, debout dans la section des pauvres. Si la mémoire vous fait défaut, je vous rappelle que cette section était délimitée par une grille qui empêchait les prolétaires de se «mixer» avec les riches.

À l’instar des dirigeants des Canadiens des années 40, c’est aussi un peu ça la philosophie du hockey élite et de notre système d’éducation au Québec. Il ne faudrait surtout pas briser les barrières qui séparent les classes sociales.


Note : en lien avec mon billet, je vous invite à lire les deux textes suivants :