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Le PQ et la tombe du «réalignement»

Hommage Bourassa
Photo d'archives En 2003 et en 2007, Mario Dumont et l’ADQ ont failli provoquer un « réalignement ».

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La prédiction du professeur Lemieux serait-elle en train de se réaliser ?

Je parle du politologue Vincent Lemieux de l’Université Laval, qui nous a quittés en 2014. Et de la possible disparition du Parti québécois...

Dans un texte, en 1986, M. Lemieux s’était risqué, non sans prudence, au sport extrême de la prédiction politique.

Nulle boule de cristal ici, mais une théorie du « réalignement » politique fondée sur des grandes tendances sociohistoriques du Québec.

Le réalignement, c’est au fond le remplacement d’un « parti générationnel » par un autre. Dans l’histoire du Québec, ce ne fut pas fréquent.

De l’ALN à l’UN et au PQ

Par exemple, l’Action libérale nationale fut fondée en 1934 par des libéraux profondément mécontents de l’ère, longue et corrompue, de Taschereau.

Deux ans plus tard, une partie des députés de l’ALN se joignent au Parti conservateur de Maurice Duplessis pour créer l’Union nationale. L’UN forma plusieurs gouvernements jusqu’à 1970.

Dans la décennie suivante, l’UN mourra à petit feu. Doublée à sa droite par de petits partis : Ralliement créditiste, Parti national populaire. Évidemment, le facteur dominant sera la montée du PQ.

En 1986, Vincent Lemieux prédisait pour le début du XXIe siècle une autre importante période de réalignement qui se bouclerait par l’élimination possible d’un des deux grands partis du Québec, probablement le PQ.

Longue, la citation en vaut la peine : « Selon l’approche générationnelle, le parti de la génération future se définirait [...] contre la formule de gouverne du parti de la génération précédente. Il serait donc non nationaliste et non interventionniste. À moins que, comme dans les années 1960, un des deux éléments de la formule soit récupéré, en l’occurrence le nationalisme, et que se forme une espèce de nouvelle Union nationale, combinant la foi nationaliste avec le parti pris pour le secteur privé. »

De l’ADQ à la CAQ

En octobre 2002, quand j’ai découvert ce texte, j’ai interviewé le professeur Lemieux.

À l’époque, le PQ au pouvoir depuis septembre 1994 battait de l’aile dans les sondages. L’Action démocratique, elle, menait solidement dans les intentions de vote (certes, elle avait déjà amorcé une descente qui la conduira aux quatre sièges d’avril 2003).

Il reste qu’à l’automne 2002, il semblait évident que l’élection de 2003 allait réaliser la prédiction de Lemieux de 1986 ! La suite prouva que non.

On entra toutefois alors dans ce qui s’apparente à ce que Lemieux appelait une « période de réalignement ». Plusieurs années de bouleversements politiques et partisans : gouvernement minoritaire en 2007, 2012, retour rapide au pouvoir des libéraux en 2014. Le PQ changera sept fois de chef (si on compte les intérimaires) !

Et 2018 ? Lemieux lui-même avait noté en 1986 que ses prédictions n’étaient « que des spéculations » probablement condamnées à être « contredites par les jeux toujours imprévisibles de la politique ».

À voir les sondages et leurs tendances lourdes – semblant plus profondes que celles de l’automne 2002 – on ne peut toutefois s’empêcher de penser que cette fois la prédiction a vraiment des chances de se réaliser.