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Les excuses rêvées de Justin Trudeau

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Photo d'archives, Joël Lemay

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Les excuses offertes publiquement par le premier ministre canadien font couler beaucoup d’encre.

Ses larmes aussi. Pourtant, un homme, même premier ministre, a bien le droit de pleurer s'il est ému.

Ces excuses officielles faites au nom du Canada, y compris la plupart du temps avec des compensations financières, se listent ainsi depuis sa victoire électorale en 2015:

Aux communautés LGBT+ pour les injustices graves que de nombreuses personnes ont subies dans les institutions fédérales pour leur orientation sexuelle.

À l’ex-enfant soldat Omar Khadr pour les abus dont il a soufferts pendant qu’il était emprisonné pendant des années pour terrorisme à Guantanamo.

Pour le refoulement par le Canada en 1914 d’un navire sur lequel se trouvaient des centaines d’Indiens, dont la plupart étaient sikhs.

À «tous les enfants innus, inuits et du NunatuKavut de Terre-Neuve-et-Labrador qui ont subi de la discrimination, des mauvais traitements, des abus et de la négligence dans les pensionnats». 

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D’autres premiers ministres canadiens avant Justin Trudeau ont également présenté des excuses officielles à d’autres groupes lésés.

En soi, le geste de présenter des excuses officielles pour de graves injustices, suivies d’une compensation financière offerte par l’État, n’a donc rien d’inhabituel. Bien au contraire.

Le problème n’est donc pas dans le fait d’offrir de telles excuses, mais dans la sélection par le gouvernement du jour de ceux et celles qui les reçoivent.

Plus récemment, plusieurs au Québec se demandent pourquoi Justin Trudeau ne s’excuse pas officiellement au nom du Canada pour la décision de son père, Pierre Elliott Trudeau, de promulguer la Loi sur les mesures de guerre au Québec, le 16 octobre 1970.

Après tout, pendant la Crise d’octobre, le gouvernement fédéral avait suspendu les libertés fondamentales au Québec.

Ce qui avait permis aux forces policières d’arrêter et d’emprisonner près de 500 Québécois et Québécoises sans mandat et sans le moindre motif sérieux.

La demande est tentante, c'est certain. Or, dans les faits, la requête faite au gouvernement fédéral pour l’envoi de l'armée canadienne et l'application de la Loi sur les mesures de guerre avait été signée de la main du premier ministre québécois Robert Bourassa et de celle du maire de Montréal, Jean Drapeau.

Le 30 octobre 1970, dans une entrevue très serrée, le premier ministre Robert Bourassa le dit sans le moindre équivoque: «Le Québec a pris des décisions. Le Québec a démontré clairement que c'est lui qui avait pris des décisions. C'est moi qui a décidé, avec le conseil des ministres, de faire appel à l'armée. C'est moi qui a décidé, avec le conseil des ministres, de faire appel aux mesures de guerre.»

Bref, on a beau penser, peut-être même avec raison, qui sait, que le tout jeune premier ministre Robert Bourassa de l'époque se serait laissé persuader de le faire par le gouvernement Trudeau lui-même, il n’en reste pas moins que la responsabilité politique pour la promulgation de la Loi sur les mesures de guerre était tout au moins «partagée» entre Québec et Ottawa.

***

Là où, par contre, des excuses formelles seraient dues de la part du gouvernement canadien pour un geste qu’il a posé lui-même est le rapatriement de la constitution canadienne en 1981-82 sans le consentement de l’Assemblée nationale.

Un rapatriement retors, manigancé par Pierre Elliott Trudeau dans le but de faire aussi adopter une nouvelle constitution et charte des droits canadiennes non seulement sans l’approbation de l’Assemblée nationale du Québec, mais qui en plus, auraient comme effet de diminuer certains pouvoirs du Québec comme province du Canada.

Au sein de la fédération canadienne, ce rapatriement constitue un bris gravissime de contrat politique entre ce qu'on appelait jadis les «deux peuples fondateurs».

Évidemment, vous me direz que Justin Trudeau ne reniera jamais l’œuvre «fondatrice» de son père en présentant des excuses officielles pour cet événement. Et vous aurez parfaitement raison de le dire.

Sur cette question, il restera muet.

Après tout, même les fédéralistes du Québec ne s’en préoccupent même plus eux-mêmes...