/news/health
Navigation

Une pharmacienne accro aux somnifères pigeait dans le bol

La Montréalaise dans la trentaine s’est procuré 7500 comprimés en quatre ans

GEN
Photo Martin Alarie Trong Thu-An Ngo
Pharmacienne

Coup d'oeil sur cet article

Une pharmacienne de Montréal dépendante des somnifères a reconnu s’être autoprescrit de fausses ordonnances et avoir acheté illégalement, en argent comptant, des pots de 500 comprimés sans prescription.

« C’est une grosse erreur de jugement de ma part, je regrette sincèrement », a témoigné la pharmacienne Trong Thu-An Ngo, devant l’Ordre des pharmaciens du Québec (OPQ), le mois dernier.

« Maintenant, je comprends l’ampleur du problème que j’avais », a-t-elle ajouté.

Professionnelle depuis 2005, cette dernière a plaidé coupable aux 13 chefs d’infraction déposés contre elle. Entre 2008 et 2016, elle a reconnu avoir eu un problème de consommation de zopiclone, un somnifère psychotrope qu’elle prenait pour dormir.

Plus de 7000 comprimés

Selon une compilation du syndic, Mme Ngo s’est procuré 7500 comprimés entre 2012 et 2016, soit une moyenne de cinq par jour. Or, la posologie maximale recommandée est d’une pilule par jour.

« Elle prenait deux comprimés de zopiclone au coucher. Quelques heures plus tard, elle en prenait deux autres, et encore deux autres si elle se réveillait », a expliqué le syndic Pierre-Marc Déziel.

À noter que Mme Ngo ne consommait pas lorsqu’elle travaillait. Selon la plainte, la pharmacienne dans la trentaine s’est autoprescrit de fausses ordonnances, et a fait de fausses réclamations à l’assureur.

Depuis 2010, Mme Ngo était embauchée par le pharmacien Spyridon Koutsouris, qui est radié de l’Ordre depuis décembre 2016. En octobre dernier, il a été reconnu coupable de 108 chefs d’infraction, notamment pour des réclamations illégales et de fausses inscriptions.

C’est dans le cadre de cette précédente enquête que le syndic a découvert des anomalies dans le dossier de Mme Ngo.

Achat de 1600 comprimés

En 2016, la pharmacienne a acheté illégalement trois pots de 500 comprimés (et un autre de 100 pilules) directement à M. Koutsouris. Elle a payé les médicaments en argent comptant, alors qu’elle n’avait pas de prescription.

Selon le syndic, Mme Ngo a eu recours à ce stratagème après le début de l’enquête de l’OPQ.

« Elle n’était plus à l’aise de faire des renouvellements dans son dossier [...] elle savait que j’enquêtais sur la situation », a expliqué M. Déziel.

Par ailleurs, elle a utilisé le numéro de prescripteur de M. Koutsouris dans son dossier personnel.

Rencontrée en janvier 2016, Mme Ngo a d’abord fourni de faux renseignements. Lors d’une troisième rencontre en décembre 2016, elle a « avoué avoir menti », et qu’elle avait un problème de consommation, a dit M. Déziel.

« Une fois que j’ai décidé de dire la vérité, ça s’est bien passé », a dit la pharmacienne.

« Ça a été comme un wake up call [...] J’ai appris beaucoup de choses. »

Depuis un an, Mme Ngo suit une thérapie, et ne consomme plus de somnifères.

Les deux parties ont recommandé une radiation temporaire d’un an. Sans emploi, la pharmacienne n’avait pas d’antécédents disciplinaires.