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Une question de crédibilité

La dégringolade du PQ dans son « moment » Lisée est telle que ses adversaires ne l’attaquent même plus.
Photo agence QMI, Joël Lemay La dégringolade du PQ dans son « moment » Lisée est telle que ses adversaires ne l’attaquent même plus.

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En politique, la confiance et la crédibilité sont des denrées précieuses à ne pas dilapider par des virages trop fréquents. Pour le Parti québécois, la propension légendaire de son chef à multiplier les changements de cap pose en effet problème.

Depuis l’élection de Jean-François Lisée à la tête du PQ, la chute de son parti est vertigineuse. Selon le dernier sondage Léger-Le Devoir, le PQ ne récolte plus que 19 % d’appui à travers le Québec et 23 % seulement chez les francophones.

La dégringolade du PQ dans son « moment » Lisée est telle que ses adversaires ne se donnent même plus la peine de l’attaquer. La gifle préélectorale est musclée.

Optimiste, M. Lisée prédit un dégonflement de la popularité croissante de la CAQ comme alternative aux libéraux. La chose est certes possible, mais à dix mois des élections, elle commanderait un miracle digne du Frère André.

Aux antipodes

C’est pourtant les yeux grands ouverts que les membres du PQ ont choisi un chef dont l’engagement principal était de repousser l’option souverainiste jusqu’à 2022. Bref, dans le cadre d’un hypothétique deuxième mandat suivant un tout aussi hypothétique retour au pouvoir en 2018.

Ce choix était d’autant plus étonnant que leur chef précédent, Pierre Karl Péladeau, logeait clairement aux antipodes. Jacques Parizeau en disait lui-même ceci : « Il ne craint pas l’indépendance, au contraire, il veut participer à sa réalisation. »

Sous PKP, les appuis au PQ et à son option montaient d’ailleurs pour la première fois depuis des années. Confronté durement à la réalité, M. Lisée semble maintenant vouloir s’en inspirer.

Cette fois-ci, promet-il, le PQ redeviendrait la locomotive de l’indépendance dès 2018. À minuit moins une, que feront tous ces électeurs souverainistes « libérés » de butiner ailleurs par la promesse initiale du chef péquiste de mettre son option en veilleuse jusqu’en 2022 ?

De boulet à bouée

Que verront-ils dans ce nouveau cri de ralliement indépendantiste ? Un appel sincère ou une bouée de sauvetage sortie in extremis ? Au fond, le vrai problème du PQ ne date pas d’hier. Depuis le dernier référendum, sauf à de rares exceptions, il s’est affaibli lui-même en minimisant son option par crainte d’effrayer l’électorat.

La souveraineté, croyaient ses grands penseurs, serait devenue un « boulet » électoral empêchant le PQ de prendre le pouvoir. Résultat : sauf pour 18 mois à peine sous Pauline Marois, il croupit à l’opposition depuis presque 15 ans.

Que son chef se voit obligé aujourd’hui de se réclamer de l’option souverainiste dans l’espoir de récolter des votes est une ironie sans nom. Cette ironie confirme toutefois que la force du PQ a toujours reposé sur son option. D’où son lent déclin depuis qu’il l’a mise de côté.

En changeant soudainement de cap sur la souveraineté, M. Lisée prend néanmoins un énorme risque. Ou les électeurs qu’il vise le croiront malgré l’ampleur du virage. Ou ils ne le croiront pas et sa crédibilité en sortira encore plus amochée.