/news/transports
Navigation

Une rencontre d’urgence sur le pont Champlain

Une rencontre d’urgence sur le pont Champlain
Photo d’archives

Coup d'oeil sur cet article

Le ministre des Infrastructures a convoqué une réunion d’urgence avec le principal syndicat présent sur le chantier du nouveau pont Champlain pour faire le point sur les travaux, son échéancier et la sécurité des travailleurs.

Amarjeet Sohi doit rencontrer la semaine prochaine le président du Conseil provincial du Québec des métiers de la construction (International), qui représente la majorité des 900 employés présents sur le chantier.

Le ministre a aussi l’intention de rencontrer le consortium responsable de la construction du pont, Signature sur le Saint-Laurent (SSSL).

« Nous avons entendu les préoccupations des syndicats (hier) matin et nous voulons les rencontrer pour mieux les comprendre, et voir comment nous pouvons travailler avec SSSL », a dit Amarjeet Sohi.

Le ministre dit vouloir s’assurer que le pont est construit « en temps opportun » et en respectant les normes de sécurité.

Cette annonce survient alors que l’International vient tout juste d’envoyer une lettre au ministre pour réclamer une telle rencontre. La centrale syndicale salue la rapidité d’action du ministre.

«Nous avions fait une demande de rencontre urgente aux ministres (des Transports) Marc Garneau et Amarjeet Sohi pour trouver une solution en mode collaboratif, dit le président de l’International, Michel Trépanier. Il faut mener le projet à bon port dans des délais raisonnables et dans de bonnes conditions, côté santé et sécurité.»

Selon lui, l’échéancier actuel est «déraisonnable» et représente «un gros problème pour les travailleurs». Le syndicaliste croit que le gouvernement fédéral devra sans doute revoir la date de livraison prévue du pont, le 1er décembre 2018.

La lettre de l’International au ministre affirme que «plusieurs procédures sembleraient être accélérées afin d’avancer les travaux», en raison de «délais de construction très courts».

«Il y a une pression indue pour entrer dans les paramètres, dit Michel Trépanier. Des fois, oui, il y a du monde qui peut tourner les coins ronds en santé et sécurité.»

Notre Bureau d’enquête rapportait mardi deux accidents de grue survenus en novembre. Dans un des deux cas, une mauvaise information a circulé sur la masse d’une charge à lever, qui faisait près de 20 tonnes, et non 13 tonnes, comme le mentionnait un plan préliminaire.

Sans demander de plan de levage précis, la direction a décidé d’utiliser une seule grue au lieu des deux qui auraient été nécessaires. Mauvaise idée: la machine a levé de 40 centimètres et le support horizontal qu’elle devait redescendre a percuté un échafaudage.

Selon un rapport de la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail, l’opération a été «improvisée» et l’organisme a imposé une inspection de la grue.

«En temps opportun»

Hier, le ministre Sohi n’a pas pu garantir que le nouveau pont Champlain soit bel et bien livré à la date prévue, après 42 mois de chantier.

Pressé de questions sur l’échéancier, le ministre s’est borné à dire que le pont sera inauguré «en temps opportun», sans plus.

Notre Bureau d’enquête révélait lundi que le chantier du nouveau pont Champlain souffre de nombreux défauts sur les énormes pièces qui composent sa structure. Les ouvriers ont jusqu’à présent effectué plus de 2000 réparations sur des pièces maîtresses provenant de la firme Tecade, en Espagne.

Selon le consortium, 2500 cas de non-conformité ont été répertoriés sur le projet, dont 74 % ont été réglés à ce jour.

Ces réparations prennent du temps, et sur place, peu de travailleurs croient que le chantier sera terminé à temps.

Interrogé à ce sujet, le directeur de la coordination de la construction à SSSL, Daniel Genest, maintient l’objectif du consortium.

«C’est clair qu’on vise à terminer en décembre 2018, dit-il. On n’est pas en retard.»

Le patron du chantier convient toutefois que pour y arriver, le consortium devra mettre les bouchées doubles.

«Il y a une énorme pression sur l’échéancier, de là la stratégie d’accélération, dit-il. Est-ce que l’année 2018 va être facile? Absolument pas.»

Le consortium aurait à payer des frais en cas de retard. Le contrat avec Ottawa prévoit une amende de 100 000 $ par jour de retard la première semaine, puis 400 000 $ par jour, jusqu’à concurrence de 150 M$.

– Avec Guillaume St-Pierre, Bureau parlementaire à Ottawa