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À l’essai : le CrossFit

Chronique Oxygen  Crossfit Rosemont
Photo Ben Pelosse La formule CrossFit est une recette d’entraînement. Chaque centre est toutefois responsable de sa programmation et de son ambiance. À essayer !

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Tout au long du mois de décembre, notre chroniqueuse participera à des entraînements de certains clubs récréatifs afin d’en relater son expérience. Peut-être de l’inspiration à venir pour vos objectifs de la nouvelle année ? À l’essai cette semaine : le CrossFit.

Des appréhensions ? Bien entendu. Le mot CrossFit est chargé en perceptions. Il y a celle liée aux Jeux et à ses athlètes surhumains à l’esthétique parfaite (souvent à moitié nus), et il y a celle du cousin qui s’est encore blessé, de l’ami qu’on ne voit plus du tout tant il passe son temps au gym ou du collègue avec qui on ne pourrait pas partager une pointe de pizza même si sa vie en dépendait.

Et lundi dernier, à 20 h 30, devant mes yeux, une tout autre vision.

Le « Tout le monde » du CrossFit

Thierry est arrivé plus tôt pour réveiller son corps en douceur. Tête en bas, Valérie pratique ses pompes (headstand pushup), qu’elle maîtrise maintenant très bien après s’y être graduellement préparée pendant des mois, Julie et Julie s’étirent un peu plus loin, en jasant.

« À la blague, on appelait cette plage horaire celle des parents », me dit Louis-Pierre Lauzon, entraîneur à Crossfit Rosemont. Des parents qui, comme moi, se sont éclipsés au lieu de profiter du calme de la maison post « 5 à 8 » familial suivant le « 9 à 5 ». Des parents qui, contrairement à moi, en ont l’habitude en moyenne deux fois par semaine.

Il y a aussi Manouane, qui se qualifie de « retraité du Ultimate Frisbee » et qui retrouve dans le CrossFit l’esprit de jeu essentiel pour le motiver à une pratique sportive ; Charles, qui souhaitait se remettre en forme et qui se rend depuis au centre trois fois par semaine ; Guillaume et Jimmy, qui y voient une activité à partager plaisant autant au sportif modéré qu’à son conjoint ultramarathonien ; Caroline, qui décompresse de ses journées bien remplies comme avocate ici depuis plus de quatre ans ; et Valérie, qui s’entraîne pour l’épreuve physique de son DEC en techniques policières.

« On a 150 membres et j’évaluerais qu’il n’y en a que 10 qui s’intéressent à la compétition », explique Louis-Pierre. Dans notre groupe ce soir, le « sérieux » et le récréatif se mélangent, sans distinction. Tout le monde se retrouve devant le « WOD » (le Workout of the Day pondu par Louis-Pierre). L’entraîneur nous en fait la présentation, démontrant chaque exercice en portant une attention sérieuse à la technique.

« C’est mieux de bien bouger que de lever lourd », résume-t-il.

À l’essai !

Pendant l’échauffement, l’heure est à la rigolade. Tout le monde exécute les mouvements en se taquinant, heureux de se retrouver après le week-end. Je m’en faisais pour rien, tiens !

Puis s’impose le WOD, auquel la mention AMRAP donne le ton. Vous ne connaissez pas le jargon ? AMRAP, pour As Many Reps As Possible, soit le plus de répétitions possible dans un laps de temps prescrit. L’entraîneur me prévient : il s’agit d’un costaud, les WOD durent en moyenne entre 10 et 15 minutes... et on en a pour 20 minutes ce soir.

Vingt minutes à enchaîner cinq répétitions de soulevés de terre (deadlift), cinq burpees et cinq tractions (pull-ups). Toutes les cinq minutes, on augmente la charge au soulevé de terre. Outch !

Dans sa bulle

On prépare notre équipement dans le silence complet. Le volume de la musique s’intensifie : le décompte est lancé. Chaque athlète exécute ses répétitions dans sa bulle, sans se soucier des charges soulevées par les autres. On ne parle plus : on grogne ou soupire devant l’effort. On a tous à sa barre une charge qui nous met au défi et chacun adapte sa version de traction, en s’aidant au besoin par exemple par un élastique pour remonter le poids de son corps. J’enchaîne les répétitions dans une transe, les pensées arrêtées sur mon dos qui doit être droit, mes abdominaux, contractés, mes coudes, près de mon corps. Rien d’autre ne compte. Le temps file beaucoup plus rapidement qu’anticipé, et une alarme m’annonce bientôt que le compteur est à 0. Personne ne parle.

Chacun tente de reprendre son souffle, assis ou allongé au sol. La respiration encore sifflante, tous, sans exception, se lèvent ensuite pour aller féliciter ses coéquipiers de WOD. On s’est tous dépassés, selon nos capacités.

Je retrouve ma maison endormie, gagnée par une fatigue satisfaisante. Le lendemain, de légères courbatures me saluent au réveil. Je serais prête à recommencer... demain.

Envie d’essayer ?

Crossfit Rosemont offre des séances d’essai, à l’instar d’autres centres de CrossFit dans la région. Au-delà du type d’entraînement, on peut y tester l’ambiance et les compétences de l’entraîneur.

« Il est vrai que cela varie selon les centres, dit Louis-Pierre Lauzon. La réputation du CrossFit comme étant “dangereux” vient après tout de quelque part. »

Ce que l’on recherche ? Un endroit où on se sent bien comme débutant, qui fixe un nombre maximum d’athlètes par cours permettant un suivi adéquat et dont le programme et les entraînements sont encadrés par des professionnels ayant une formation complète (un kinésiologue spécialisé en CrossFit, par exemple).

« Ce qui distingue le CrossFit des autres formes d’entraînement, c’est vraiment son intensité », résume l’entraîneur.

J’ajouterais le côté social, étonnamment inclusif. On est loin de la « secte CrossFit ». Plutôt, une, deux ou trois fois par semaine, les membres du centre se rejoignent pour un entraînement surprise dont la seule certitude est d’en ressortir une heure plus tard en sueurs et le sourire aux lèvres.