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Johnny, le préenregistrement et les 25-54 ans

Johnny, le préenregistrement et les 25-54 ans
Photo AFP

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En rentrant à la maison mardi soir, je cherchais une antenne où on me parlerait des circonstances du décès de Johnny Halliday. Vu l’heure, 22 h 15, je savais que le prochain bulletin d’infos serait, au mieux, dans trois quarts d’heure.


Johnny Hallyday 1943-2017


En fait, comme auditeur, un clin d’œil m’aurait probablement suffi. Un animateur qui n’aurait pas eu besoin de googler le nom de l’icône des Français aurait fait la job. J’aurais juste voulu avoir quelqu’un de suffisamment intéressé ou cultivé pour me dire pourquoi la nouvelle est importante... ou non.

Mais voilà: la plupart des émissions des radios musicales sont préenregistrées ou, quand elles sont en direct, sont faites dans un contexte si strict que l’animateur n’osera jamais prendre l’initiative de présenter un extrait ou pire encore, une chanson qui n’aurait pas été préalablement approuvée. Comme si une pièce musicale pouvait être toxique.

Personnellement, je ne suis pas un fan de Johnny Halliday. Je trouve surprenant que les Français se soient autant attachés à quelqu’un dont l’essentiel de la carrière a été de chanter des traductions de grands succès popularisés par les autres. Mais à l’époque, son rayonnement dans la francophonie était tel que pour le comprendre, il faudrait imaginer Roch Voisine, à son apogée... pendant 50 ans! Ne serait-ce que pour cela, je crois qu’une mention, même discrète, assortie d’un extrait musical aurait été de mise et nous aurait averti que dorénavant, Johnny sera très occupé à être mort.

La radio préenregistrée additionnée au carcan imposé aux animateurs musicaux qui travaillent en direct auquel on ajoute l’obsession de rejoindre le public de 25 à 54 ans, donc trop jeune pour avoir pu connaître ce chanteur, a fait en sorte que dans une très large mesure, la radio a dit à ses auditeurs: «Pour nous, la mort de Johnny Halliday n’est pas une priorité. Si vous voulez de l’info sur lui et entendre sa musique, allez sur internet.»

Devinez quoi? C’est exactement ce que j’ai fait. Et il y avait une foule d’informations, de textes intéressants, de liens qui m’ont conduit plus loin... En ne faisant pas sa job, la radio m’a envoyé vers le web. Quand les animateurs en parleront mercredi matin, vu que le web aura débordé d’information depuis la veille, le sujet sera déjà périmé. On aura déjà tout lu, vu et entendu ce qui nous intéressait.

Est-ce un bon moment pour souligner que dans les rencontres de stratégie radio, depuis 15 ans, un des principaux sujets est de trouver des façons de combattre l’invasion du web et un moyen de ramener les gens à la radio?

Peut-être que de ne pas les y envoyer au départ serait un bon début?