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Les trois singes de l’Alabama

En Alabama, les gens sont conservateurs, un point, c’est tout

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Photo AFP Roy Moore laisse derrière lui en se déplaçant un fumet nauséabond de malaise, mais comme pour tout ce qui pue de manière continue, on finit par s’y habituer.

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Dans une semaine, ce sera réglé : les électeurs de l’Alabama auront choisi leur nouveau sénateur. Ce sera un démocrate qui tombera vite dans l’oubli ou un républicain qui va mettre le Sénat américain sens dessus dessous. Un bon monsieur ou un raciste homophobe avec un faible pour les mineures. Préparez-vous au pire !

Oui, je m’attends à ce que Roy Moore, le controversé candidat républicain, remporte cette élection sénatoriale en Alabama. Pas qu’on ne croit pas les femmes – les filles de 14, 15, 16 ans à l’époque, les années 70 et 80 – qui racontent avoir été tripotées par « monsieur » Moore, procureur d’une trentaine d’années à ce moment-là.

C’est comme, en fait, quand Moore, en campagne pour l’investiture républicaine au printemps, parlait des « jaunes » pour les Asiatiques et des « rouges » pour les Amérindiens. Ou quand il faisait un lien entre la bestialité et l’homosexualité, jugeant que si un comportement était interdit, l’autre devrait aussi l’être.

Roy Moore laisse derrière lui en se déplaçant un fumet nauséabond de malaise, mais comme pour tout ce qui pue de manière continue, on finit par s’y habituer. Les gestes de plus qu’on pose en Alabama, ce sont ceux de ces fameux « singes de la sagesse », les mains sur les yeux, la bouche et les oreilles.

NE RIEN VOIR

Les électeurs de l’Alabama ont décidé de se fermer les yeux. Eux qui habitent, après le Mississippi, l’État le plus religieux au pays et qui, à 72 %, croient en l’enfer refusent de voir qu’ils ont perdu leurs repères moraux.

En fait, il fallait entendre hier matin Janet Porter, porte-parole de Roy Moore, féliciter une animatrice de CNN pour sa grossesse : « C’est la raison pour laquelle je parle au nom de Moore : parce qu’il va défendre les droits des bébés dans le ventre contre le vôtre, alors que son opposant est en faveur de les tuer jusqu’au moment de leur naissance. » C’en était hypnotisant.

NE RIEN DIRE

Les électeurs de l’Alabama ne s’en vantent pas à haute voix, mais le parti démocrate, c’est celui des Noirs. Hillary Clinton, l’année dernière, à l’élection présidentielle, a reçu 34 % des voix dans l’État. Sauf que les sondeurs estiment que son score auprès de l’électorat blanc n’a pas été de plus de 15 %.

Ajoutez à cela, cette fois-ci, que Roy Moore continue de récolter l’appui massif des femmes blanches sans diplôme universitaire, les « Walmart Moms », comme on les appelle. Dans cet État où le revenu médian des foyers, à 44 833 $ par année, est près de 11 000 $ plus bas que la moyenne nationale, des « Walmart Moms », on n’en manque pas.

En Alabama, les gens sont conservateurs, un point, c’est tout. C’est bien dommage pour les femmes qui sentent avoir été abusées, mais leurs histoires ne font pas le poids devant les conséquences de ne pas voter pour Moore.

NE RIEN ENTENDRE

« Je n’ai pas de raison de ne pas croire les femmes qui témoignent », a admis la gouverneure de l’Alabama, Kay Ivey, « mais je vais tout de même voter pour Moore, parce que nous avons besoin d’un républicain au Sénat pour approuver la nomination de juges conservateurs à la Cour suprême et prendre d’autres décisions dont le pays a besoin. » On entend ce que l’on veut bien entendre.

Roy Moore, si sa campagne fonctionne, risque de créer toute une génération d’aveugles, de muets et de sourds ailleurs au pays. Ce ne sera pas beau à voir.