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Des tomates de Chine dans votre ketchup

Un documentaire traite des conditions des travailleurs et de la difficulté de retracer la provenance

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Votre ketchup sur vos frites ou votre sauce sur vos pâtes pourraient avoir été faits avec des tomates venues de Chine, sans que vous le sachiez.

« On retrouve de la tomate chinoise partout, le marché est totalement globalisé. Si vous achetez une boîte de tomates pelées d’Italie, la tomate entière peut être italienne, mais le jus vient d’un concentré chinois dilué avec de l’eau pour réduire les coûts », explique Jean-Baptiste Malet, auteur du livre et réalisateur du documentaire L’empire de l’or rouge diffusé sur TV5.

De grandes compagnies comme Heinz achèteraient également énormément de concentré de tomates chinoises pour confectionner ses ketchups, soutient-on dans le documentaire.

« Toutes les grandes multinationales qui font des plats préparés, tel que des pizzas congelées achètent sur le marché mondial du concentré de tomates et ce premier exportateur mondial qu’est la Chine approvisionne ces grandes entreprises agroalimentaires », mentionne M. Malet.

Heinz a cependant certifié au Journal que toutes les tomates qui servent à la préparation de ces produits de ketchup que l’on retrouve au Canada sont produites en Amérique du Nord.

« Nous ne nous approvisionnons pas en Chine », a assuré le porte-parole, Av Maharaj.

La Chine n’a pas les mêmes normes qu’en Europe ou qu’en Amérique du Nord pour la production de tomates, ajoute le journaliste.

2 sous le kilo

« En Chine, c’est un peu le Far West, il n’y a pas les mêmes normes environnementales et phytosanitaires que chez nous. Il y a des milliers de producteurs qui fournissent les usines qui font le concentré, c’est impossible de savoir d’où ça vient », insiste M. Malet.

De plus, comme on le constate dans le documentaire, des travailleurs dans les champs en Chine sont payés l’équivalent de 2 sous par kilo de tomates amassées. On y voit également des enfants y travailler.

« ll faut se demander jusqu’où on va dans le libre-échange, le capitalisme. Faire faire à une tomate le tour du monde c’est absurde, ça coûte cher pour l’environnement, d’un point de vue social c’est un problème, en plus ça détruit les emplois des Canadiens, ce n’est pas soutenable comme modèle », dénonce-t-il.

Mais les Canadiens mangeaient jusqu’en 2014 des tomates ontariennes dans leur ketchup Heinz. Une des plus grandes usines de transformation de la tomate au monde située à Leamington en Ontario a fermé ses portes à la suite de la vente de la compagnie au milliardaire américain Warren Buffett, rappelle-t-on également dans l’enquête.

Pas écrit

« J’ai parlé avec des ouvriers canadiens de Heinz et ils me disaient qu’ils ont vu du concentré chinois arrivé dans leurs usines », raconte M. Malet.

Depuis ce temps, la compagnie French’s, connue pour sa moutarde, produit son ketchup avec des tomates canadiennes.

Il faut dire que les Canadiens ne mangent pas tous les jours de la tomate chinoise. Le premier producteur de concentré au monde est la Californie. Les gens en Amérique du Nord mangent donc beaucoup de tomates californiennes. Le problème est qu’il est parfois impossible de savoir d’où proviennent réellement les tomates contenues dans notre conserve ou sauce à spaghetti commerciale.

« En général lorsqu’on parle de produit haut de gamme la provenance est affichée. Il arrive parfois que sur des produits, on voie un petit drapeau italien avec une mention “Produit transformé en Italie”, ça ne veut pas dire que les ingrédients sont italiens. Il n’y a rien qui contraint les industriels pour les obliger à nous dire d’où viennent les ingrédients dans leur produit », déplore M. Malet.