/news/society
Navigation

Le DG de la SQ à la rescousse de la police de Montréal

Le rapport de Me Michel Bouchard mène à la suspension de Philippe Pichet

POL-CONFERENCE DE PRESSE-VALERIE PLANTE-MARTIN COITEUX
Photo Agence QMI, Toma Iczkovits Le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, et la mairesse de Montréal, Valérie Plante, se sont dits choqués par les révélations du rapport Bouchard sur les pratiques du Service de police de la Ville de Montréal dévoilées hier.

Coup d'oeil sur cet article

Le directeur général de la Sûreté du Québec prend la tête de la police de Montréal dans un geste sans précédent de la part du gouvernement, envoyant un message clair sur l’urgence de renverser le climat de suspicion au sein de l’organisation.

« Enquête bâclée », « informations délibérément soustraites de rapport » et « manque de confiance » envers le chef de police. Les constats du rapport Bouchard, commandé par le ministre de la Sécurité publique Martin Coiteux à la suite des révélations de notre Bureau d’enquête en février, ont poussé Québec à suspendre immédiatement Philippe Pichet, le chef du SPVM hier.

Dans son enquête administrative sur la Division des affaires internes du SPVM rendue publique hier, Me Michel Bouchard y remet aussi en question la capacité et la volonté réelle du chef Philippe Pichet de changer les méthodes du SPVM.

Martin Prud’homme troquera donc son uniforme kaki pour porter le traditionnel bleu du SPVM durant les 12 prochains mois. Il quittera temporairement ses fonctions à la SQ et retrouvera son poste une fois son intérim terminé à Montréal.

Philippe Pichet a été suspendu avec solde, lui qui gagnait 294 666 $ en 2016, selon nos informations.

<b>Martin Prud’homme</b></br>
<i>Directeur intérimaire du SPVM</i>
Photo Chantal Poirier
Martin Prud’homme
Directeur intérimaire du SPVM

Continuité

« [M.Prud’homme] a su mener une importante réorganisation au sein de la SQ. [...] Il a tout le leadership nécessaire pour implanter des changements d’envergure », a assuré le ministre Coiteux.

Mais Prud’homme pourrait faire face à de la résistance au sein du SPVM, lui dont l’organisation a procédé à une perquisition au siège social de la police de Montréal en octobre dernier.

« Mon mandat consistera à mettre en place des mesures visant à corriger les lacunes soulevées dans le rapport, et d’autre part, jusqu’à la nomination de votre nouveau directeur, à assurer la continuité des opérations courantes du SPVM », a dit Martin Prud’homme dans un message envoyé aux policiers de Montréal en soirée.

Année ardue

La Fraternité des policiers estime pour sa part qu’un « travail colossal » attend Martin Prud’homme et qu’un plan de redressement devra être mis en œuvre dans les meilleurs délais.

Mais la prochaine année au SPVM risque d’être particulièrement ardue pour Martin Prud’homme, car des policiers pourraient lui mener la vie dure.

« Les bleus (policiers du SPVM) et les verts (policiers de la SQ) ont toujours eu une bonne rivalité. Moi, je lui souhaite bonne chance », a lancé sans équivoque l’ancien enquêteur à la SQ Paul Laurier. « La grande différence de culture » fait en sorte que le SPVM et la SQ ont rarement été sur la même longueur d’onde, dit-il.

Dans le même sens, le député péquiste Pascal Bérubé rappelle les « rivalités historiques et actuelles » entre les deux corps de police. « C’est le pire scénario », a-t-il réagi, estimant qu’un civil aurait dû prendre les rênes de l’organisation, marquée par les « luttes de pouvoir ».

Le chef de l’opposition à l’hôtel de ville de Montréal, Lionel Perez, pense quant à lui que le prochain chef de police devrait être un civil. «Pour justement éviter qu’il soit dans un clan, du SPVM ou de la SQ. Il faut s’assurer que les Montréalais aient confiance en leur corps de police», dit-il, en ajoutant qu’il faut «vraiment donner un grand coup de barre au SPVM» pour défaire les problèmes systémiques qui durent depuis 2010.

Selon nos sources, M. Prud’homme souhaite travailler avec les gens en place et voudra s’assurer que son arrivée ne soit pas perçue comme une prise de pouvoir de la SQ sur le SPVM.

– Avec Sarah Daoust-Braun, Antoine Lacroix, Kathryne Lamontagne et Jean-Louis Fortin

Le rapport accablant en 10 points

Le rapport de Me Michel Bouchard a mis en lumière des guerres de clan au sein du SPVM.
Photo Martin Alarie
Le rapport de Me Michel Bouchard a mis en lumière des guerres de clan au sein du SPVM.

Malaise profond

1. Les pratiques d’enquête adoptées par la Division des affaires internes du SPVM ont besoin « d’être revues en profondeur ». Le rapport de Michel Bouchard affirme que « le malaise est profond et la confiance du personnel civil et policier à l’égard de la direction à un niveau extrêmement préoccupant. »

Climat de suspicion

2. Un climat de tension et de suspicion s’est établi au sein du SPVM. Il y a plusieurs frictions entre le « monde de la gendarmerie et celui des enquêtes ». Les deux groupes sont constamment en compétition, notamment lors de « course à la chefferie alors que chacun des groupes voudrait que le prochain directeur provienne de leur monde ».

Système de promotion déficient

3. Un système de promotion déficient et peu démocratique a été décrié par plusieurs policiers. L’ancien chef Marc Parent a d’ailleurs reconnu son existence lors de la commission Chamberland. « Ce climat tendu s’est aussi installé en raison du système de promotion qui permet de favoriser, selon le clan de la gendarmerie ou des enquêtes qui dirige l’organisation, un groupe au détriment de l’autre. »

Pas de volonté de changer

4. Le chef suspendu Philippe Pichet n’a pas démontré lors de son témoignage devant la commission Chamberland sur la protection des sources journalistiques la volonté de changer la dynamique « dans les rapports entre la haute direction du service de police et les affaires internes ».

Enquêtes bâclées

5. Le rapport fait état d’enquêtes bâclées par le SPVM, dont une allégation à l’endroit d’un policier soupçonné d’avoir frappé une jeune fille à la sortie d’un métro. Aucune personne sur les lieux n’a été interrogée, les bandes vidéo de l’incident sont introuvables et le dossier a été fermé trois mois après le dépôt de la plainte.

Traitement préférentiel

6. Des policiers visés par des allégations criminelles, dont des cadres, ont reçu un traitement préférentiel. « En conséquence, beaucoup de plaintes visant des policiers n’auraient pas été communiquées aux autorités du DPCP ou à celles du ministère de la Sécurité publique comme le prévoit la Loi sur la police. »

Pas de formation

7. Des policiers qui se sont joints à la Division des affaires internes se sont fait confier des enquêtes sans recevoir de formation « sur les mécanismes particuliers entourant le traitement des allégations criminelles visant les policiers ». Un enquêteur, préoccupé par le traitement de ces allégations, s’est fait répondre par ses supérieurs que « les gens du DPCP sont trop rigoureux et qu’ils en font trop ».

Revoir la Loi sur la police

8. Le commissaire Michel Bouchard recommande de réviser la Loi sur la police pour confier au Bureau des enquêtes indépendantes le pouvoir exclusif de recevoir les plaintes et d’enquêter sur les policiers soupçonnés d’acte criminel.

Important défi

9. Le rapport Bouchard conclut en disant que le défi sera grand pour regagner la confiance des troupes et celle de la population.

Manque de contrôle

10. Le rapport souligne le manque de contrôle et de supervision de la part des dirigeants. L’absence de supervision des gestionnaires pouvait se « transformer en un contrôle inapproprié de certains des dirigeants de la Division des affaires internes à l’égard d’une enquête confiée à un de leurs subalternes ».