/sports/hockey/canadien
Navigation

«Personne ne m'a écouté»

Andreï Markov revient sur la fin de son association avec le Canadien

Coup d'oeil sur cet article

KAZAN | L’image est éloquente. Sur la patinoire secondaire de l’aréna Tatneft s’élancent une trentaine de petits joueurs de hockey. Deux d’entre eux détonnent du groupe.

Au contraire de tous leurs petits camarades de l’Académie AK Bars, Andrey et Mark Markov ne portent pas les couleurs de l’équipe locale. Ils ont plutôt choisi celles du Canadien de Montréal. Andrey, en bleu, et Mark, en rouge, effectuent des slaloms entre les bornes disposées devant eux, arborant un immense CH sur la poitrine.

« Ils ne veulent rien savoir du chandail vert. Ils tiennent absolument à porter des chandails du Canadien », lance Sonya Sonechka, l’épouse d’Andreï Markov, en prenant place dans les gradins en compagnie de l’auteur de ces lignes.

Ils ont du père dans le nez. La différence, c’est qu’à six ans, les jumeaux Markov ont encore le loisir de choisir quel chandail ils souhaitent revêtir lorsqu’ils sautent sur la surface de jeu.

Ce n’est plus le cas pour le paternel. Après 16 saisons et 990 matchs dans l’uniforme bleu-blanc-rouge, Andreï Markov a dû mettre un terme à son association avec l’équipe qui l’avait sélectionné au sixième tour du repêchage de 1998.

Le cœur à Montréal

Une fin de parcours qui a laissé plusieurs personnes amères, à commencer par la famille du défenseur. Une amertume facilement palpable dès qu’on prononce le nom de Marc Bergevin.

« Ne m’en parle pas. C’est un sujet très délicat pour moi. J’ai mon opinion là-dessus, mais je ferais mieux de me taire », fulmine Mme Sonechka, des fusils dans les yeux.

Après quelques secondes de réflexion, elle poursuit en pointant son cœur : « Le Canadien, c’était sa famille, et Montréal, sa maison. D’ailleurs, quand quelqu’un demande d’où il vient, il répond : “Je suis originaire de Voskresensk, mais mon chez-moi est Montréal”. »

« C’est le plus loin que je peux aller, le plus que je peux dire. Pour le reste, tu devras en parler avec Andreï », ajoute-t-elle, en se mordant les lèvres.

Si Mme Sonechka en a gros sur le cœur, c’est qu’elle a vu son homme déçu et triste de voir qu’après autant d’années de loyaux services, la direction du Canadien ne lui démontrait pas une plus grande reconnaissance.

Quelles négociations ?

Confortablement installé dans l’aire de repos du complexe où habite la grande majorité des joueurs du AK Bars, Andreï Markov confirme les sentiments évoqués par sa conjointe.

« En tant qu’athlète et en tant que personne qui a passé 16 ans de sa vie à Montréal, j’aurais aimé qu’on me respecte, c’est tout ce que je demandais à l’équipe », explique calmement Markov devant le représentant du Journal.

Ce qu’il n’a pas du tout ressenti lors des pourparlers avec Bergevin, même à partir du moment où il s’est montré ouvert à accepter une entente d’une seule saison au lieu des deux qu’il exigeait au départ.

« Je vais être honnête avec toi. Il n’y a pratiquement pas eu de pourparlers avec Montréal. J’ai reçu deux ou trois offres de leur part. Ils m’ont dit :

“Ou tu signes, ou tu ne signes pas.” Personne ne m’a écouté et personne n’a voulu m’entendre. Voilà ce qui s’est passé. Donc, j’avais le choix de signer selon leurs termes ou partir et trouver une nouvelle équipe. »

Des bonis, mais...

Au tournoi de golf lançant la saison du Canadien, Bergevin avait indiqué que des bonis liés à la performance auraient pu permettre à Markov de facilement combler le manque à gagner entre la proposition de l’équipe et ses exigences.

« Oui, il y avait des bonis », reconnaît le capitaine du AK Bars.

Alors, à combien se chiffrait l’écart entre les deux parties ? Était-il question de quelques centaines de milliers de dollars ? D’un million ?

« Rendu là, ce n’était plus tant une question d’argent qu’une question de la façon que ça m’a été présenté ! On ne s’est même pas parlé, répète-t-il. Je n’ai pas aimé la manière dont ils m’ont fait l’offre. Il n’y a pas eu de discussions. Ils m’ont tendu l’offre et c’est tout. »

C’est ainsi que le Canadien a perdu les services de son général à la ligne bleue qui, malgré les 39 ans qu’il célébrera le 20 décembre, aurait pu lui être encore très utile.

À Kazan pour y rester

Pas question d’un retour à Montréal dans un avenir rapproché

 

La loyauté est une qualité très chère aux yeux d’Andreï Markov. Voilà pourquoi les partisans du Canadien qui souhaitent le revoir dans l’uniforme de leurs favoris devront faire une croix sur leurs espoirs.

Au cours de l’été, le défenseur a signé un pacte de deux saisons avec le AK Bars de Kazan. Une entente qu’il souhaite mener à terme.

« On m’a donné les deux ans que je voulais. Je ne veux pas revenir sur ma parole, explique Markov. Je ne voudrais pas mettre dans le pétrin des gens qui ont placé leur confiance en moi. Ils ont accepté de m’accorder un contrat de deux ans, je veux les remercier en le respectant. »

Sans compter que la saison se déroule bien. La campagne de 56 matchs de la KHL, qui se met en branle dans la dernière semaine du mois d’août, en est déjà à son deux tiers. Avec une récolte de 73 points en 39 rencontres (une victoire en temps régulier vaut trois points), le AK Bars trône au sommet de l’Association de l’Est.

Ayant mis fin à une léthargie de neuf matchs sans point, Markov produit avec un peu plus de régularité. Ses 19 points (4 buts, 15 passes) en 39 rencontres le placent au 11e rang des pointeurs chez les défenseurs du circuit.

Au match des étoiles

Au-delà de ses apparitions plus distancées sur la feuille de pointage, c’est la solidité de son jeu défensif qui retient l’attention. Lors des deux matchs auxquels a assisté le Journal de Montréal, jamais Markov ne s’est retrouvé dans le pétrin, ne s’est fait déborder ou n’a commis une bourde.

« Le secret, c’est de garder les choses le plus simples possible », lance l’arrière, sourire en coin, devant la remarque du journaliste.

Le calibre de la KHL est évidemment moins relevé que celui de la LNH, mais c’est à se demander s’il ne pourrait pas jouer jusqu’à 45 ans dans ce circuit, tellement sa vision du jeu semble au-dessus de la moyenne.

Une chose est certaine, les amateurs de la KHL semblent apprécier sa tenue puisque, le 1er décembre, ils ont voté massivement pour sa présence au week-end des étoiles, qui se tiendra à Astana les 13 et 14 janvier.

À 10 matchs d’un club sélect

Cela dit, Markov ne cache pas que le fait d’avoir quitté le circuit Bettman si près de la marque des 1000 matchs (990), plateau qu’il aurait atteint dans les trois premières semaines du calendrier, lui pèse un peu sur la conscience. Il aurait été le sixième joueur de l’histoire à disputer 1000 rencontres dans l’uniforme tricolore.

« C’est une étape que je désirais accomplir, mais je n’ai pas réussi à le faire à Montréal. Peut-être que ça arrivera un moment donné, mais pas pour l’instant », souligne Markov, insistant sur le fait qu’il honorera son pacte à Kazan jusqu’au bout.

Bref, ça ne risque pas de se produire dans l’uniforme du Tricolore. Car, si le Canadien n’a pas voulu des services du Russe à l’approche de ses 39 ans, il serait surprenant qu’il lui ouvre les portes du vestiaire du Centre Bell lorsqu’il en comptera tout près de 41.

« Malgré tout, je ne regrette pas ma décision. On a fait ce choix dans les meilleurs intérêts de ma famille. Présentement, c’est la chose la plus importante dans ma vie », soutient ce père de quatre enfants.

Les jumeaux Andrey et Mark, qui célébreront leur septième anniversaire de naissance au printemps, ainsi que la petite Vasilisa, qui aura bientôt deux ans, vivent sous son toit. Quant à Daniil, 16 ans, il vit à Moscou où il évolue dans l’équipe de développement du Dynamo.

Ils ont joué 1000 matchs dans l’uniforme du Canadien