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Rangez pas vos guitares trop vite!

Rangez pas vos guitares trop vite!
Philippe Melbourne Dufour

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La semaine dernière, mon collègue Cédric Bélanger décourageait plusieurs jeunes guitaristes tentés par une carrière de rock star avec un article qui est devenu viral depuis.

Étant moi-même un (pas si) jeune guitariste, je lui réponds aujourd'hui.

Ainsi, «le rock vit des heures sombres» et il disparaîtra de la surface du mainstream en moins de temps qu’il ne faut pour crier Hey! Ho! Let’s go!

Ne nous affolons pas trop vite. Fermons pas nos amplis tout de suite. 

Tout d’abord, ce n’est pas la première «mort du rock» qu’on annonce.

Dès 1959, on a déjà sonné le glas du rock ‘n’ roll quand le King faisait son service militaire.  Des commentateurs patentés avaient déjà creusé la tombe du rock quand Buddy Holly, Eddie Cochrane et Ritchie Valens reposaient au fond de la leur. Toujours en 1959. 

«Et pourtant», comme dirait Aznavour, un certain son sorti d’une certaine guitare s’est frayé un chemin dans les oreilles des mélomanes.

Le rock s’est réinventé à chaque vague successive de sons dérivés jusqu’à devenir un grand arbre aux milles branches résonant dans milles directions.

Dans les années 70, le rock s’est complexifié avec des arrangements à n’en plus finir et des solos interminables qui l’éloignaient de son esprit originel. Mais, toujours, le rock a su se réinventer. Il ne porte pas toujours le même nom mais il réapparaît sous divers vocables pour le grand bien des nouvelles générations.

C’est souvent les jeunes eux-mêmes d’ailleurs qui s’activent à découvrir les pépites enfouies au fond de la mine de l’histoire du rock.

Bien sûr, le rock a été parfois dilué par des enregistrements feutrés au cours de certaines décennies.

Mais des aficionados de partout dans le monde le répandent. Son volume n’est pas toujours à 11 comme dans Spinal Tap mais il n’est jamais complètement éteint. 

Peut-être mon collègue s’adresse-t-il davantage à ceux qui rêvent de faire fortune avec le rock. Mais les vrais mordus se fichent d’un star-system suranné. 

Et... fuck les Grammys! Sérieux!

Ce haut lieu de la culture de masse aseptisée n’est pas une référence. Cette cérémonie a toujours été plutôt portée sur la pop consensuelle.

Je partage tout de même le point de vue de Cédric quand il dit que le rock ne représente plus la culture de masse. C’est grave docteur? Pas tant, non.

Le terme «rock» en lui-même est sans doute devenu un fourre-tout générique. Il englobe tout et son contraire et demeure difficile à définir par le fait même. Pas de quoi entonner ses oraisons funèbres pour autant.

Et si le rock n’était pas un phénomène de masse pour une génération ou deux, il ne s’en porterait peut-être que mieux. Il est né dans la dissidence, le scandale, la marginalité. Et c’est au milieu de ce tintamarre qu’il a toujours été le plus authentique.

Bref, pas besoin s’affoler sur la 317e supposée mort du rock. Les zigneux de guitare ont encore de beaux soirs devant eux. Rien ne sert de se garrocher sur Kijiji pour vous débarrasser de votre Fender ou votre ampli Marshall.

Mais si vous voulez vraiment vous en débarrasser pour pas cher, vous savez où me trouver.