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Écarté pour sa gestion des Affaires internes

Commission Chamberland
Pierre-Paul Poulin / Le Journal

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Traitement de faveur aux cadres ou policiers expérimentés, classement « parallèle » des plaintes, tentative d’influence auprès d’enquêteurs : le manque de volonté de Philippe Pichet de détecter les abus et irrégularités aux enquêtes internes a mené à sa chute comme chef de police de Montréal.

Dans son rapport-choc rendu public mercredi, Me Michel Bouchard consacre plus de 63 pages sur 96 à la mauvaise gestion de la Division des affaires internes du Service de police de la Ville de Montréal.

Plusieurs policiers qui ont travaillé à cette section ont témoigné de leurs frustrations quant aux nombreuses irrégularités.

Me Bouchard a d’abord noté l’absence de système de repérage et de suivi de la progression des enquêtes, des boîtes de documents confidentiels traînant partout et le roulement de personnel. Mais il a aussi constaté un véritable classement « parallèle » des dossiers.

Traitement de faveur

Ainsi, des dossiers de plaintes visant des cadres auraient été ouverts sans qu’on inscrive les noms dans le tableau séquentiel. Aussi, des policiers ont pris l’habitude d’annoter plusieurs dossiers avec une cote (code INFO) attribuée aux dossiers pour lesquels il y avait insuffisance de preuves. Un classement qui n’obligeait pas les gestionnaires à signaler les dossiers au ministre de la Sécurité publique, comme le prévoit la Loi sur la police.

« Si tu ne veux pas enquêter ça, classe-le en INFO », se serait fait répondre une policière qui demandait des éclaircissements sur ce double classement.

Et les cadres du SPVM bénéficiaient bien souvent de « traitement de faveur », alors que leur dossier se retrouvait dans un « tiroir aux oubliettes ». Il n’était pas rare non plus qu’un officier se présente au bureau des Affaires internes afin de tenter d’influencer les gestionnaires quant au déroulement d’une enquête.

Mais à l’opposé, certains policiers auraient été ciblés par des enquêtes internes « sur la base de soupçons injustifiés, ou pire encore, pour des motifs obliques ou biaisés liés à la vengeance », indique le rapport.

Des policiers qui témoignent à cette enquête déplorent l’utilisation abusive de l’écoute électronique, un « outil d’enquête puissant et très intrusif », « mal utilisé ».

« Les Affaires internes était une gang de cowboys à 90 % », peut-on lire.

Témoignages troublants de policiers tirés du rapport

« Lorsqu’on ouvre un dossier [avec le classement officiel], ça risque d’entacher le dossier du policier. »

« Jamais les enquêteurs ne pouvaient enquêter sur une personne de rang supérieur. »

« Celui qui voulait que ça finisse de façon X ou Y gardait le dossier pour être enquêté par lui. »

« Pour les cadres, on tente de camoufler ou on les tasse jusqu’à ce qu’ils soient éligibles à la retraite. »

« Quand ce sont les bleus (agents) qui sont visés, l’abc des Affaires internes était bien respecté... mais quand on tombait sur des sergents-détectives, on avait beaucoup d’interventions externes. »

« Les Affaires internes présentent des projets et chaque fois on a l’impression qu’on peut attraper le Kingpin de la mafia. »